Lutte Ouvrière c'est un peu le cousin
fatigant de la famille. Celui qui n'a jamais baisé mais qui a un
avis sur tout et qui a toujours raison. Les camarades de LO, ils ont
toujours raisons. Impossible de leur faire rentrer quelque chose dans
la tête qui ne soit pas marxiste-léninismement pur.
Ils conservent encore un culte du
secret qui fait sourire. Ils fonctionnent en effet en se nommant
chacun par des pseudos, alors que leurs noms sont inscrit en
préfecture dès la moindre manif déclarée ou lors de candidature
aux élections. Ce culte nourrit seulement de nombreux fantasmes qui
meublent de temps en temps les colonnes de la presse bourgeoise.
Cette presse bourgeoise, ou pour
employer un terme un peu plus technique cette presse de merde, les
appelle souvent les moines-soldats ou la secte LO. Terme hélas
souvent repris par des militants de gauche qui n'ont pas fait
d'effort pour se renseigner. D'ailleurs dire que LO est une secte est
tellement galvaudé que des gens croient vraiment que c'est une secte
religieuse qui avance masquée sous la forme d'un parti politique.
Non. Par secte, on peut entendre que LO
suit une ligne idéologique et n'en varie pas d'un poil de la
barbiche à Trotsky. Et cela fait envie à certains de nos curés
rouges du NPA (ce n'est pas notre cas mais c'est sans doute parce
qu'on est des branleurs). Plutôt que moines-soldats, nous les
appellerons moines-copistes. C'est un peu le rôle qu'ils semblent se
donner. Les héros révolutionnaires des âges glorieux ayant disparu
durant les nuits du moyen-age stalinien, les militants de Lutte
Ouvrière conservent et transmettent inlassablement les textes des
grands anciens. Il est dit qu'un jour, un héros au visage multiple,
celui-ci des travailleuses-travailleurs invoqué à chaque allocution
des moines copistes, un héros donc reviendra sur Terre et nous
libérera du capitalisme. Nous supputons que c'est à ce moment là
seulement que de nombreux moines-copistes mettrons fin à leur vœux
de chasteté.
On ricane, on ricane, mais ayons
l'honnêteté de reconnaître que l'ensemble des militants de Lutte
Ouvrière rencontré font tous preuve d'une grande culture et pas
seulement politique. La fête de LO au château de Presle accueille
des stands et des conférences sur des thèmes littéraires ou
scientifiques. Et nous on dit bravo et on est à fond pour.
Il en est également ainsi de la
formation politique des militants. Lutte Ouvrière conseille bien
d'étudier des classiques du marxisme, certains facilement
accessibles, d'autres plus ardus, mais l'idée géniale est de
découvrir des grands thèmes politiques à travers des romans. Qui
croirait que ces bolchéviques vintages sauraient joindre l'utile à
l'agréable ?
Voici, après discussion avec des
anciens militants de LO, la bibliographie - incomplète – suggérée
pour une bonne culture politique et littéraire :
sur le marxisme illustré, on lira Le
Talon de Fer de Jack London qui se voulait d'après son auteur
une adaptation littéraire du Capital de Marx. Dédié à
Lénine, préfacé dans certaines éditions par Trotsky , c'est très
bien fait;
pour connaître la classe ouvrière
lire les romans de Zola, ou plus près de nous L'établi de
Robert Linhart ou encore Les 325 000 francs de Roger Vaillant
à propos de l'aliénation à la machine;
toujours sur la classe ouvrière mais
plus précisément celle plongée dans la crise de 1929 aux
États-Unis, il faut évidement lire Les raisins de la colère de
Steinbeck qui est un roman extraordinaire qui vous prendra aux tripes
dès les premières pages;
pour connaître la mentalité de la
bourgeoisie, lire les romans de Balzac;
sur la guerre de 14-18, on découvrira
l'état d'esprit des soldats français en lisant Jules Matrat
d'Exbrayat, celui des soldats allemands dans A l'ouest rien de
nouveau d'E.M Remarque et celui
des civils allemands dans Classe 22 d'Ernst
Glaeser;
sur le stalinisme on nous conseille
S'il est minuit dans le siècle de
Victor Serge, auteur dont on a déjà parlé, ou Vie et
destin de Vassili Grossman,
celui là on ne l'a pas lu, mais on sait qu'il est épais;
à
propos de la guerre d'Espagne on lira bien sûr Hommage à
la Catalogne de George Orwell;
pour
comprendre le système de la Shoah, lire l'excellent Treblinka
de J.F Steiner qui explique les
mécanismes de manipulations mentales employées pour envoyer les
populations juives à l'abattoir sans qu'elles bronchent et les
résistances à l'intérieur même des camps d'exterminations;
la
guerre d'Algérie sera illustrée par Élise ou la vrai vie
d'Etchereli ou La
question d'Henri Alleg;
Black Boy
de Richard Wright évoque la question des Noirs aux USA, tandis que
Une saison blanche et sèche d'André
Brink évoque l'apartheid en Afrique du Sud (il y a un article plus
complet à ce propos
sur ce site là);
enfin
les révolutions et les militants révolutionnaires sont décrits
dans des livres tels que Les Conquérants et
La condition humaine de
Malraux ( il s'agit de la Chine et de militants de la IIIème
Internationale), Les 10 jours qui ébranlèrent le monde du
journaliste américain John Reed, véritable reportage au jour le
jour de la prise du pouvoir des bolchéviques en octobre 1917, Ma
Vie l'autobiographie de Trotsky
ou Mémoires d'un révolutionnaire de
Victor Serge.
Tous ces romans ne
sont certes que des fictions ou des récits, mais ils permettrons de
découvrir des thèmes politiques et donnerons l'envie aux lecteurs
d'approfondir ces sujets avec des ouvrages historiques ou théoriques
plus complets.
Pour
ceux qui voudraient mieux connaître Lutte Ouvrière, sans avoir à
se farcir trois heures de leçons avec un de leur militant, nous vous
conseillons de lire La véritable histoire de Lutte
Ouvrière livre d'entretien
entre Christophe Boursellier et Hardy, le chef ''secret'' de LO, ou
le petit roman très sympathique de Thierry Jonquet Rouge
c'est la vie.
Enfin, si on
souscrit complétement à cette méthode de formation militante
enrichissante, on pourrait aussi l'adapter avec le cinéma. Ce sera
l'objet du prochain billet. D'ici là n'hésitez pas à nous suggérer
d'autres œuvres.



