dimanche 13 juillet 2014

La médiocrité n'aidera pas les palestiniens

Ça fait deux ans que j'ai en projet d'écrire un article sur les équivalents curés rouges qui sévissent dans les milieux pro-palestiniens. J'aurai intitulé cet article "Ces salauds qui prétendent défendre la Palestine" ou un truc dans ce genre.Car c'est moi ou il y a une proportion de tarés plus élevés que dans d'autres milieux militants ? En tout cas, c'est en fréquentant ce milieu que j'ai rencontré pour la première fois des conspirationnistes. Outre des antisémites plus ou moins assumés, des allumés du coran et des dieudo-soraliens, on peut aussi y trouver des frustrés qui reportent tout leur manque d'affection sur les palestiniens ( "les palestiniens c'est le peuple le plus intelligent de la Terre, ça a été prouvé scientifiquement...")* et toute leur aigreur sur les israéliens ("les sionistes, faudrait tous les tuer à partir de l'âge de cinq ans")*. 

La gauche n'a pas le monopole de la cause palestinienne, c'est le contraste entre les différents profils militants qui doit me choquer.
Je n'écrirai pas cet article cette fois-ci, mais en découvrant des publications dont vous pourrez apprécier quelques exemples à la fin du billet, j'ai pondu ce communiqué que je fais circuler là où je peux :

 La médiocrité n'aidera pas les palestiniens


Aux premiers jours de la disparition des trois jeunes israéliens, j'ai vu passer sur les réseaux sociaux des ricanements de la part de certains groupes ou personnes engagés dans le mouvement pro-palestinien qui remplaçaient le mot kidnapping par celui de détention administrative. Puis lorsque les corps des adolescents ont été retrouvés, les moqueries ont laissé place au cynisme, disant que ces meurtres étaient peu de choses comparés aux nombreux morts palestiniens. Certains ont même mis en doute la sincérité des deuils des mères israéliennes.

Il n' y a pourtant qu'une seule symétrie dans ce conflit inégal: la douleur de ceux qui ont perdu des êtres chers.
Ce genre de comportements minables, que je qualifie par euphémisme de médiocrité, s'ajoutent aux démonstrations de joies lors des tirs de roquettes sur Israël, aux ambiguïtés fleurant l'antisémitisme, aux tentatives de faire culpabiliser la Terre entière sur ce qui se passe à Gaza ou encore aux soutiens à des régimes autoritaires (Syrie, Iran, Russie...) sous prétexte d'antisionisme et d'anti-USA. Ces comportements sont minoritaires dans le mouvement pro-palestinien bien-sûr, mais c'est comme un étron au milieu d'un tapis, c'est ce qui se remarque en premier.

Chacune de ces manifestations, outre le fait d'atteindre le degré zéro de la politique, est une brèche dans laquelle s'engouffrent les sionistes et tous les défenseurs de la politique meurtrière de l’État Israélien. Cela leur permet de se poser en victimes, de crier à l'antisémitisme, d'occulter les responsabilités d'Israël derrière des polémiques qui ne devraient pas avoir lieu, bref de ne pas répondre sur le fond.
Cette médiocrité freine le mouvement de solidarité avec la Palestine, nous décrédibilise et nous fait perdre des partisans. Dans un souci d'efficacité, le mouvement pro-palestinien se doit d'être intransigeant et doit écarter toute manifestation de lâcheté, de bassesse et d'intolérance. Il en va de notre responsabilité vis à vis du peuple palestinien.

* ce sont évidement des propos que j'ai pu entendre...

dimanche 25 mai 2014

Pandas et porte-à-porte.

Je me souviens d'une passionnante discussion que j'avais eu avec feu mon camarade Romain. Nous étions assis au bord du fleuve Jinsha Jiang, dans la province du Sichuan en Chine. Nous sirotions du thé au Jasmin en attendant que notre guide-interprète, la délicieuse Pan Shuang, nous prépare des pipes d'opium.

C'était l'époque où Romain et moi chassions le panda dans la réserve naturelle de Wolong. Ne prenez pas ces airs offusqués : des sentiments éco-humanistes nous habitaient. Le panda est un animal très intelligent, nous en convenons. Il est si brillant qu'il a compris que notre planète était foutue. Le pire étant devant nous, il refuse de voir une de ses descendances potentielles subir la lente agonie qui attend les autres espèces vivantes. Sage animal qui a fait le choix courageux de refuser de se reproduire. Or des scientifiques sans âmes et des écologistes aux vues courtes s'acharnent au mépris de l'avis des intéressés à perpétuer cette espèce. Il était de notre devoir d'aider ce noble plantigrade ursidé à s'éteindre le plus vite possible. Si vous émettez encore quelques réserves parce que, selon votre petite sœur, ''le panda il est cromignon'', je vous garantie qu'un panda se trainant sur le sol avec deux décharges de chevrotines dans le bas-ventre a perdu cet aspect peluche en même temps que toute dignité...

Ici commence le vrai article :

Mais ce n'est pas de panda que je souhaitais vous parler. Romain évoquait ce soir là un changement de paradigme provoqué une fois de plus par l'évolution des pratiques sociales liées à internet. La sphère intime de chaque individu, affirmait mon vieux compagnon, se barricaderait de plus en plus : l'espace abandonné aux réseaux sociaux serait compensé par une ostracisation accrue de son espace physique privé. Ainsi il deviendrait plus difficile dans le domaine politique d'intervenir directement auprès d'un individu lambda, que ce soit lors de distribution de tracts sur la voie publique ou en porte-à-porte. Pour faire plus simple, Lambda ne voudrait pas être dérangé dans sa bulle, pire, il ne comprendrait plus qu'on puisse le déranger dans sa bulle.

Il se trouve que je sors d'une période de porte-à-porte assez intense durant la campagne municipale. Je n'ai pas ressenti ce choc de cultures entre militants old school et concitoyens 2.0. Peut-être est-ce dû au fait de vivre et militer dans une petite ville de province ?

Je n'avais pas fait de porte-à-porte depuis la fac. Et encore, à cette époque, nous autres gauchistes étudiants le pratiquions uniquement en cités universitaires, c'est à dire auprès de nos pairs, auprès de jeunes avec qui nous partagions une culture commune. On rencontrait des potes d'amphi, on s'arrêtait à boire un ou deux ou trois apéro puis on se disait que le porte-à-porte pouvait être remis à plus tard et on roulait un truc dans des feuilles OCB merci bonsoir... Pas de ça dans la vrai vie. Le porte-à-porte en ville et en quartier populaire c'est le corps à corps du militant politique, l'électeur à convaincre on lui voit le blanc des yeux.

Je n'aime pas ça, mais alors absolument pas. Je suis un garçon timide. Pourtant je l'ai fait. Et mon esprit tordu d'anarcho-droitier n'a pu s'empêcher de prendre des notes en regardant faire mes camarades.

Quand bien même mon pote Romain (que le grand Karl parfume sa mémoire) aurait raison, ce n'est pas parce que le porte-à-porte serait une pratique en déclin qu'il faudrait l'abandonner complétement. Comme toute pratique en déclin il faut redéfinir son objectif et resegmenter son marché. Cette opération ne doit se faire que très ponctuellement, pour ne pas saouler Lambda, d'autant plus que c'est une pratique extrêmement chronophage et épuisante. Mais elle doit être pratiquée régulièrement (tous les deux ans, trois ans?) pour s'inscrire comme une pratique normale bien qu'exceptionnelle.

Voici donc quelques conseils et remarques :

● Le porte à porte est une activité fatigante, je viens de le dire. C'est un travail à la chaine où l'on répète sans cesse le même discours. J'ai remarqué en ce qui me concerne, et certains camarades m'ont dit ressentir la même chose, que cette action répétée finissait par avoir un effet euphorisant : on rigole et on finit par cabotiner. Aussi ne faites jamais plus de deux heures de porte-à-porte d'affilée, on est moins productif et je ne suis pas partisan du militantisme sacerdotale.

● Habillez-vous correctement. Pas de veste militaire, de T-Shirt Anarchie en Chiraquie, pas de badges, pas de look hippie ou surfeur... « correctement » veux dire ici « neutre ». Nous ne sommes pas là pour choquer qui que ce soit. Certains camarades pensent que la chemise-cravate permet une écoute plus facile et respectabiliserait les idées présentées. Je ne suis pas convaincu, j'ai peur que cela dresse une barrière entre militant et résident.

● Ne faites jamais, évidement, du porte-à-porte seul. On a l'air d'un looser qui n'a pas d'amis. Ne le faites pas à trois non plus, le résident interpellé se sentirait envahi et se bloquerait d'office à toute écoute. Donc le faire à deux. L'un et l'autre peuvent se relayer à chaque porte et chacun s'économise.

● L'idéal est d'avoir un duo mixte, en sexe et en âge. Le résident a plus de chance de reconnaître un pair dans l'un de ses interlocuteurs. Un autre avantage de faire du porte-à-porte avec un ou une camarade retraité, c'est que les gens ouvrent plus facilement, surtout les personnes âgées.

● Frappez à la porte (ou sonnez) et faites un pas en arrière afin que le résident, en ouvrant ne se retrouve pas nez à nez avec vous et soit surpris et intimidé. De plus, vous devez rester dans sa sphère sociale (entre 1,2 et 3,5m voir schéma) et ne pas rentrer dans sa sphère intime. Ceci serait considéré comme agressif venant d'un inconnu.

● Souriez et présentez-vous (au moins un prénom)

● Ne vous excusez jamais pour le dérangement. On ne dérange pas, on vient présenter des idées politiques géniales (dans les faits, bien sûr qu'on les dérange, mais c'est inutile de le faire remarquer, ce serait se présenter sous un angle négatif)

● Ne soyez pas intrusif, pas de question du genre pour qui votez-vous? Le résident n'a pas à se justifier, il est chez lui.

● Ne venez pas les mains vides, ayez un tract à donner et un rendez-vous à proposer (meeting, manif, date du vote...) c'est votre prétexte pour avoir sonné à la porte.

● Vous avez une chose à dire, pas mille. Faites des phrases simples et courtes. L'entretien doit prendre cinq minutes maximum. Ce n'est pas parce qu'un résident est poli avec vous et qu'il vous écoute avec le sourire qu'il a envie que vous restiez à développer tout votre programme politique.

● Il est inutile d'engager un débat avec un résident aux idées opposées aux vôtres mais ouvert à la discussion. Vous ne le convaincrez pas et vous perdrez du temps. De même si vous tombez sur un papy ou une mamie qui a envie de vous raconter sa vie, fuyez !

● Le ou les candidats doivent évidement participer le plus possible à ces porte-à-porte.

● enfin, le plus important, choisissez les quartiers que vous allez prospecter en fonction des scores électoraux précédents. Choisissez en priorité ceux qui vous sont le plus favorable. Ignorez les quartiers de droite même s'il y a beaucoup d'abstention. Les abstentionnistes se découplent comme le quartier, il y a autant d'abstentionnistes de droite que de gauche (c'est une idée-reçue de gauchistes de croire que si les gens ne votent pas c'est qu'ils attendent la révolution).

Le but d'un porte-à-porte est de mobiliser son électorat. Il sert à envoyer voter ceux qui sont déjà susceptible de voter pour vous. Il faut les motiver en leur montrant qu'il existe déjà des militants motivés : des militants qui leurs ressemblent, qui ne les effraient pas et qui ne les embêtent pas (trop). Votre entretien est donc là pour laisser une bonne impression. Le porte-à-porte se fait au moment de campagnes, et les campagnes électorales locales s'y prêtent bien. On pourrait cependant expérimenter aussi du porte-à-porte lors de mouvements sociaux pour rassembler des habitants pour des manifestations...mais point trop n'en faut.



Post-scriptum : évidement, si c'est un panda qui vous ouvre sa porte, ne perdez pas de temps à vous interroger sur l’incongruité de cette situation, tuez-le !

samedi 24 mai 2014

Encéphalogramme

Dans le sous-sol du Fight Club. Rien n'a changé depuis le sinistre dernier billet du blog. Meubles brisés, dossiers éventrés et ordinateurs HS sont recouverts de poussière. Des toiles d'araignées obscurcissent le passage. Seul le clapotis d'une canalisation percée trouble le silence sépulcrale de ce qui fut jadis le blog de gauche le plus cool. Trois silhouettes descendent prudemment l'escalier.

Le premier individu : j'vous dit que j'ai entendu quelque chose et j'ai encore rien fumé aujourd'hui !

Le second individu : putain Léandre tu deviens parano ! Ça devait être un spam, plus personne n'est venu ici depuis huit mois.

Léandre : tu commences à me gonfler, Bébert, avec ta dialectique matérialiste... et toi Jean-Paul t'as rien entendu ?

Jean-Paul : j'ai rien entendu, j'ai rien vu et je ne suis pas mandaté pour descendre dans cet ancien repère de droitiers petits-bourg...

Gros Bébert l'attrape par le col et le force à le suivre.

Gros Bébert : tout le monde descend ! On récupère quelques vieux billets, on fait des copier-coller, on remonte et c'est marre !

Les trois camarades s'avancent à la lumière de lampes torches. Ils fouillent du bout des pieds dans les cendres froides d'un passé glorieux. L'un ramasse des vinyles de la BO du courant anarcho-droitier; l'autre feuillette des revues difficilement compatibles avec des principes antisexistes; le dernier secoue de vieilles bouteilles dans l'espoir hypothétique d'y déceler un fond de liquide.

Gros Bébert : Cognac de la maison Gautier ? Ils ne se refusaient rien les anarcho-droit...

[bruit d'un truc métallique qui tombe, cliché des films d'angoisse, certes, mais toujours aussi efficace]

Léandre pâle: là j'suis pas conspirationniste, vous avez entendu comme moi ?

Jean-Paul livide: alors c'est peut-être pas très orthodoxe mais je soumet là maintenant une motion pour quitter sans délai cet endroit. J'ai une boule au ventre comme avant de faire cours aux 4ème B. Moi j'ai pas honte de le dire, j'ai peur.

Gros Bébert nerveux : et dire que ça se dit prêt à se lancer dans la lutte armée ! Paie tes bolchéviques ! S'adressant aux ténèbres Y a quelqu'un ? Guillaume ? Romain ? Vous êtes là ?

Léandre : ça peut pas être eux, ils ont disparu depuis septembre dernier !

Gros Bébert : et à ton avis qu'est-ce que c'est ? Des spectres ?

Léandre : fantômes, extra-terrestres, voyage dans le temps... tout était possible sur ce blog. Je vote pour la motion de JP, donc on remonte ?

Jean-Paul pleurnichant: … et j'aimerai rajouter une clause de confidentialité rapport à mon pantalon qui s’humidifie.

Gros Bébert : non mais je rêve ! Regarde-toi Léandre ! Tu te prends pour le Che parce que t'as la barbe mais t'es juste un hipster avec un keffieh !

Léandre perfide : ben et toi alors ? Tu te la racontes en fier guerrier skinhead mais tu t'es surtout rasé le crâne pour cacher ta calvitie... comme Soral.

Gros Bébert : répète un peu pour voir !

Léandre : parfaitement !

[un rire sarcastique se répand en échos contre les parois du blog]

Jean-Paul paniqué : y a de l'activité ici ! Par pitié raccompagnez moi en haut !

[des bruits de pas résonnent et se rapprochent du groupe]

Léandre : je...je tiens à rappeler à l'auditoire encore sceptique ici présent, que les militants comme nous étaient les principales victimes du Fight Club. Libre à chacun de rester ici et de se faire à nouveau déchiqueter mais moi je raccompagne le trotsko incontinent !

Gros Bébert paniqué : on se barre... rendez-vous sur le forum marxiste !




mercredi 11 septembre 2013

Clap de fin

Quelque part au-dessus de la France, à bord d'un Douglas ''Dakota'' C47 aux ailes siglées de l'étoile bleue et noire des anarcho-droitiers.

Le fan-club du courant – très agité - est rassemblé dans l'appareil pour sa première et dernière réunion aéroportée. Par la magie propre à la fiction, les personnages du blog sont également là : Léandre le-petit-anachiste-casse-couille-pour-vieux, Gros Bébert l'aristocrate de gauche, Jean-Kévin le primo-militant, La Petite Demoiselle, la militante systématiquement draguée en réunion, Hodor, le responsable de tous les SO, Krystel, la militante LGBTI toulousain(e)... Comme dans les films qui se terminent bien, tous ont fini par adhérer aux principes de l'anarcho-droitisme. Même Jean-Paul, le curé rouge de Charleville-Mézières, est présent, seulement à titre d'observateur non-mandé certes, mais c'est déjà un grand pas pour lui. Seul Patrick, le neuneu conspirationniste, a refusé de monter dans l'avion, prétendant avoir démasqué les anarcho-droitiers : ce seraient des trotsko-reptiliens chargés de bombarder de la Syrie.

La voix d'une hôtesse retenti dans les hauts-parleurs :

La voix : chers camarades, bienvenue sur Anarcho-droitier Airline. Des chopes de bières se trouvent sous vos sièges, les tireuses se situent à l'avant et à l'arrière de l'appareil...

Soudain, venant de la cabine de pilotage apparaît Guillaume. Tout en s'adressant aux passagers, il s'enroule d'un Keffieh bleu, met du scotch sur ses lunettes, ajuste un casque, et enfile une combinaison.

Guillaume : chers camarades bonsoir !

Le public répond en cœur : bonsoir ! ou salut ! ou Yo ! ou Wesh Gros ! ou Weeeeh ! on note même un ou deux A poil !

Guillaume : Chers camarades, l'heure est grave !

Le public inquiet : oh ?

Guillaume : non, je déconne, j'adore commencer mes discours de cette façon.

Le public rassuré : ah !

Guillaume : camarades, si je vous ai réunis ce soir, c'est d'abord pour vous remercier d'avoir suivi le Fight Club anarcho-droitier pendant ces deux ans. Son audience est montée crescendo, c'est grâce à vous. Merci de l'avoir lu, merci de l'avoir commenté, merci de l'avoir cité et partagé, merci enfin aux plus crispés d'entre vous, vous êtes sortis du bois dans les commentaires, et vous avez prouvé que le curé rouge n'était pas qu'un fantasme de notre part.

Il fait une pause en avalant une gorgée de bière qu'une main anonyme lui tend.

Guillaume : l'auto-critique des pratiques militantes de gauche par l'auto-dérision était un créneau à prendre. Avec mes camarades anarcho-droitiers nous l'avons pris. Cela a fait du bien à beaucoup de monde, à commencer par nous. Cependant... il fait une nouvelle pause, le public retient son souffle... cependant continuer à taper sur les militants de notre camp, même s'il y en a beaucoup qui nous énervent, serait de l'acharnement. De plus, les camarades qui m'accompagnaient dans cette épopée ne sont plus. Plekszy-Gladz a ...euh... mystérieusement disparu, et Romain est tombé criblé de balles dans un billet-traquenard le mois dernier. Ainsi, après le coup d’État de Pinochet au Chili et les attentats sur les Twin Towers, le 11 septembre sera à nouveau la date d'un sombre anniversaire. J'ai en effet pris la décision d'arrêter le Fight Club dès ce soir.

A ces mots, les passagers hurlent, pleurent, bavent, se griffent le visage.

Guillaume : sachez que ça me fait de la peine à moi aussi, mais il faut aller de l'avant. Oh bien sûr je ne dis pas que de temps en temps, je ne mettrai pas un petit billet sur le blog, surtout si les curés rouges tendent le bâton pour se faire battre, et à mon avis ils vont le tendre à deux mains pendant les municipales. Mais la période Fight Club est désormais révolue.

La voix de l'hôtesse : Guillaume, objectif en vue, zone de largage dans deux minutes.

Guillaume : Ok, faut que j'me dépêche !

Il prend un sac qu'il s'accroche avec précaution sur le dos.

Guillaume : Ceci dit la lutte continue, mes louloutes. Je vais, dans un premier temps, me reconcentrer sur le militantisme local. C'est important aussi d'être sur le terrain, d'être au contact des vrais gens de la vrai vie. Je vais investir d'autres blogs et faire de la radio. Et puis... vous n'avez pas fini d'entendre parler de moi. Je reviendrai. Avec d'autres moyens de communication. Avec une nouvelle équipe. Pour faire mieux, plus fort et pour le grand public. En attendant, éclatez-vous, ne vous faites pas bouffer la tête par la politique, et dites merde à tous les curés qu'ils soient rouges, noirs, verts ou arc-en-ciel.

Une alarme retentit.

La voix de l'hôtesse : zone de largage atteinte ! Je répète, zone de largage atteinte !

Une trappe s'ouvre devant Guillaume.

Guillaume : je ne vous dis donc pas revoir, mais à bientôt !

Il saute

Guillaume en criant : KOWABUNGAAAAAA !!!!!!!

Les Toten Hosen, installés au fond de l'appareil, se mettent à jouer :



Léandre : eh ben Jean-Paul ? T'en fait une tête ! C'est la fin du blog qui te met dans cet état ?

Jean-Paul : Non, je me suis fait braquer mon ordinateur portable.

Léandre : t'es sûr ?

Jean-Paul : mais oui. Je l'avais rangé dans un sac comme celui-là. Mais dans celui-là il n'y a que de la toile.

Léandre : c'est fou ça ! On peut faire confiance à personne en politique !


dimanche 8 septembre 2013

Les vidéos militantes

On vous a parlé de tracts, d'autocollants, de radio et d'internet, il était temps, avant qu'on vous laisse tomber comme de vieilles chaussettes, de parler vidéos. La vidéo en ligne, de celles que l'on regarde à la chaine en glandant pendant la pause au bureau, ou en rentrant chez soi, ou pendant qu'on mange affalé dans son canapé devant son ordinateur portable. La vidéo en ligne, d'une à vingt minutes, qu'on ouvre d'un clic de souris parce qu'on a pas envie d'entreprendre quelque chose de plus exigeant intellectuellement. Il y a ici un potentiel énorme de communication, soyons-en certain.

Avant de développer quoi que ce soit d'autre, commencez par regarder ça, jusqu'au bout, c'est un ordre, vous êtes obligés :



et maintenant regardez ça, au moins les trente premières secondes :



Voilà... le contraste fait mal n'est-ce pas ? Et encore, êtes-vous bien sûr d'avoir vu le nombre fois où ces deux vidéos ont été regardées ? 578 587 visites pour le gros beauf anti-syndicats, 8 648 visites pour le petit prince marxiste-léniniste. Et encore, ce dernier chiffre est aussi bien inespéré qu'inexplicable, on craint que ce soit un effet Rebecca Black, car cette vidéo est loin d'être une exception à gauche. Les vidéos ''point d'actualités'' du NPA reçoivent autour de... 400 visites.

Une vidéo de Dieudonné tourne autour de 400 000 vues, une de Soral autour de 50 000.

Pleurez, criez fort, cassez des meubles, mangez du chocolat, et une fois calmés reprenez la lecture de ce billet. Prenez votre temps.

Revenons donc sur les vidéos citées plus haut. Loin de nous, tout d'abord, de se moquer de Christine Poupin ou du jeune camarade du NPA. Ce qu'ils font est bien plus courageux que de faire la fine bouche derrière un blog anonyme. S'exposer ainsi, pour sa cause, fait courir le risque de s'attirer des attaques et des critiques très violentes de la part de trolls en tout genre. Ceci dit, pour qui veut utiliser ce registre de communication, il existe des pratiques permettant d'éviter dans un premier temps certains ricanements blessants, et dans un second de susciter l'intérêt.

Faisons d'abord des comparaisons. Dieudonné est assis à une table, Soral dans un canapé. Les angles changent, les discours sont entrecoupés d'extraits vidéos, les jeux de mots et les blagues ponctuent la démonstration. Le spectateur a l'impression de faire partie d'une discussion entre potes, à la table d'un café ou dans le salon d'un appart.

Nos camarades du NPA – mais ce ne sont pas les seuls bien sûr – sont face à la caméra, et récitent leurs textes. Nous n'avons droit qu'à un plan fixe et un générique minimaliste. L'image animée n'est ici absolument pas exploitée, c'est à se demander l'utilité d'une telle vidéo par rapport à un article, si ce n'est pour les aveugles.

Ailleurs à gauche, d'autres expériences de communications vidéos sont tentées, sans jamais atteindre à notre connaissance les scores des crapules du camp d'en face. Le parti de gauche a lancé ''la télé de gauche'', portail de vidéos qui rassemble les apparitions télé des cadres du PG et des créations originales d'éducation populaire et d'agit' prop. A noter l'expérience d'une web série autour de la campagne présidentielle de Mélenchon. Les codes de la web série sont respectés : générique, previously, extraits de l'épisode suivant. Le fil des épisodes se partage entre illustration de la campagne, présentation d'un angle positif de Méluche (normal c'est pour les présidentielles) et extraits de ses discours. Nous dirons que c'est... sympa. 20 000 vues pour le premier épisode sur Dailymotion.

On peut citer aussi Fakir TV. Ce sont des entretiens filmés, intéressants mais pointus. L'entretien avec Emmanuel Todd a recueilli 9000 vues, l'enquête de François Ruffin sur Bernard Arnault 16000.

Là nous où nous devons puiser de l'inspiration, c'est dans le milieu geek.

Un des plus célèbres vidéo-bloggeur, Norman réunit entre trois et onze millions de vues suivant ses sketchs (http://normanfaitdesvideos.com/) . Cet étudiant en cinéma tisse un réseau entre Dailymotion, Youtube, son blog, Facebook, Twiter. Peu de moyen lui sont nécessaire, il tourne chez lui avec une caméra numérique (on reviendra plus tard sur le matos) et assure le montage.

Les sujets quotidiens n'empêchent pas des sujets de débats importants (teen vs milf: 212 235 vues). Faites un tour sur la plate-forme frenchnerd. Là-bas, les gars sont déjà plus professionnels, même s'ils conservent un côté bricolage attachant.

Carrément professionnel, mais dans un format on ne peut plus simple, nous trouvons l'équipe d'AlloCiné dans l'émission Merci Qui ?En deux minutes cinquante, Le Coach et Grégou présentent un film. Un mini-sketch encadre les informations données : la première partie en introduction, la second en conclusion. Les deux acteurs reproduisent un duo comique efficace et vieux comme le théâtre, le Clown Blanc (le sérieux) et l'Auguste (le naïf). Les visites pour ces vidéos tournaient autour de 30 000. Extrait : http://www.allocine.fr/videokast/video-18899335/

Retournons enfin vers un amateur, le joueur du grenier, testeur de jeux vidéos obsolètes. Son avant-dernière vidéo a été vue 1 949 234 fois. Pourtant il y n'a rien de bien compliqué : un canapé, une chemise à fleurs, une bande de potes et un copain qui s'y connait en montage. N'y a-t-il aucun gauchiste capable de réunir ces conditions ? « Mais on sait pas faire ! » nous diront plus d'un. « Eh bien vous apprenez, bande de moules ! »

Encore un secteur où nous avons donc une guerre de retard. Mais tout n'est pas perdu. Comme nous le disions en conclusion du billet sur les radios et internet, « débarrassés de nos bondieuseries folkloriques, les rockers c'est nous ! C'est nous les gauchistes qui sommes les plus classes et les plus cools. ». Rendons justice aussi au NPA qui a été capable une fois de produire le meilleur clip politique du monde de tous les temps : info, revendication, parodie, humour et audace. Il reste donc de l'espoir.



Pour terminer, nous ne sommes pas des pro de la communication vidéo, mais quelques règles semblent évidentes pour les militants pas trop constipés qui voudraient se lancer :
  • faire des vidéos plutôt brèves, entre 3 minutes et un quart d'heure
  • faire un générique facilement identifiable, avec une bande-son
  • utiliser l'humour pour faire passer ses messages, mais ne pas mélanger sérieux et dérision, plutôt alterner l'un et l'autre pour marquer ainsi des pauses
  • de la joie, de la bonne humeur, de la niaque
  • utiliser des couleurs vives, réfléchir au ''dress-code'' et au décor, cela fait partie du message à transmettre
  • ne pas faire qu'un seul plan fixe ( = suicide médiatique)
  • ne pas réciter son texte (putaintagueule!)
  • penser à indexer correctement ses vidéos pour les retrouver facilement sur le net
  • s'entrainer en faisant des stages de théâtre, ou embaucher des potes comédiens
  • faire des références grand public, geek, cinéma, série télé pour faciliter l'adhésion du spectateur
  • trouver un titre accrocheur et qui situe politiquement la vidéo (Minutes Hebdo, désolé mais nous ça nous fait penser au journal d'extrême-droite)
  • citer ses sources dans le générique de fin.
  • Pour le matériel, une caméra numérique n'est pas forcement nécessaire, des appareils photos numériques peuvent faire l'affaire, du type Canon EOS 5D mark II, 2900 € neuf, démerdez-vous pour en négocier un d'occasion.
  • Ne négligez pas le son et l'éclairage. On n'a pas de conseil de micro à vous donner, pour la lumière, un éclairage de jardin peut faire l'affaire.
  • Pour le logiciel de montage, le premier qui nous vient à l'esprit est Windows Movie Maker, fourni avec Windows, simple mais limité dans ses fonctions.On peut citer également Adobe Premiere, très complet et pas si compliqué que ça. Il est hors de pris comme tous les softs Adobe mais... il paraît que certains d'entre vous savent télécharger des films... you know what I mean, nous, on veut rien savoir...

Voilà ce qu'on pouvait dire sur les vidéos militantes. Ce texte peut aussi vous donner une idée de ce que pourrait être la suite du Fight Club Anarcho-droitier, allez savoir...




mardi 27 août 2013

Very Bad Trip Anticapitaliste

A Port-Leucate, au village-vacances des Carrats, dans un bungalow, 12h du matin.

Nous découvrons une pièce ravagée. Une poule se promène au milieu de bouteilles vides de bières, Red Bull et Vodka. Des drapeaux rouges pendent, lacérés. Un buste de Karl Marx repeint en rose est abandonné dans un fauteuil qui se consume lentement, victime de mégots mal éteints.

Un homme gît à même le sol. Il est en train de se réveiller. Tout semble tourner autour de lui. Il se redresse péniblement, fait quelques pas dans la pièce et s'écroule dans un lit, l'air hébété.

Une main surgit de derrière une table, elle s'y agrippe, puis apparaît un autre homme, les cheveux en bataille. Il tente de se relever trop rapidement, titube et retombe au milieu de gobelets en plastique et de canettes écrasées.

Le premier homme : ça va Alain ? Tu veux de l'aide ?

Alain se relève en grimaçant. Il n'est vêtu que d'un simple T-shirt, à l'effigie de Che Guevarra, et d'une paire de chaussettes.

Alain : merci Philippe, ça va aller. Il faut que j'aille aux toilettes tout de suite ! Il s'y précipite en courant.

Philippe : Qu'est-ce que j'ai mal au crâne ! Je ne me rappelle plus de rien... ça me fait penser à une scène de film... mais lequel ?

Soudain on entend un hurlement venant de la salle de bain. Alain réapparaît en sautant à cloche-pied. Il bute contre le corps d'un troisième homme recroquevillé dans un sac de couchage et s'étale à nouveau par terre.

Philippe : qu'est-ce qu'il y a ? Me dit pas qu'il y a un tigre dans la salle de bain ?

Alain hurle de douleur en se tenant la jambe. Le troisième homme sort de son couchage.

Le troisième homme : bordel Alain, contrôle toi un peu ! Et puis va mettre un pantalon !

Philippe : ah ? T'es là Olivier ? On dirait qu'Alain a vu un tigre, comme dans...

Alain : en hurlant Mais lâche nous avec ton tigre ! Puis montrant sa cheville Regardez ce que j'ai pris en allant simplement pisser.

Une mâchoire en fer enserre la cheville d'Alain.

Olivier : oh la vache ! Un piège à loup ! Il entre à son tour dans la salle de bain.

Alain : comment ce truc a pu arriver là ? Si je tenais le stalinien qui a fait ça...

Philippe : j'arrive à me rappeler de rien, j'ai la tête comme un mégaphone...

Olivier revient dans la pièce

Olivier : ça va, y a pas d'autres pièges. Par contre sur le miroir c'est écrit ''salut bande de nazes'' au rouge à lèvres et c'est signé ''Myriam''. Ça m'évoque absolument rien, on a dû se prendre une sacrée muflée hier soir !

Philippe : hier soir...hier soir ? Aucun souvenir non plus...

Olivier : j'avoue que moi non plus...pas plus que les jours précédents...

Alain : sinon pour ma jambe vous attendez quoi ? Qu'on vote une motion ?

Olivier : on attend que tu mette un pantalon ! Sans déconner Alain, la camaraderie a ses limites !

Philippe : t'as un tatouage d'Alain Bashung sur la fesse droite ? Tu ne t'en rappelle pas non plus j'imagine ?

Alain il s'enroule la taille d'un drapeau du NPA euh...non...enfin si, c'est un tatouage de Rosa Luxembourg... un pari à la con à la Sorbonne en 68...mais c'est pas le sujet !il s'énerve Auriez-vous l'amabilité chers camarades de m'aider à enlever ce putain de piège à la con !

Tout en s'activant à desserrer les mâchoires du piège à loup à l'aide de hampes de drapeaux, les trois camarades tentent de reprendre leurs esprits.

Olivier : bon, les copains, procédons avec méthode. Quels sont vos derniers souvenirs ?

Philippe : euh...voyons voir... février 2009...le congrès de fondation du NPA.

Alain : moi pareil !

Olivier : moi aussi, on a dix mille adhérents, Le Monde fait un sondage qui nous donne 10 % aux Européennes contre 2 pour le Front de Gauche, on va tout péter, c'est la gloire !

Philippe : du coup, à la fin du congrès, on t'as fait une de ces bringues, et après...

Alain : … et après le trou noir !

Soudain, venant d'un placard, on entend une voix au débit rapide :

La voix : ...il y a encore des relents de tentations électoralistes social-réformistes au sein du parti. Nous avons proposé en toute honnêteté révolutionnaire de modestes amendements à la motion Plonx de la tendance P22 pour le 4ème Congrès. Or si les amendements 478 et 479 n'étaient pas soumis à mandat impératif car non vertébré à la centralité prolétarienne...

Les trois camarades se regardent, inquiets.

Olivier : pas de panique ! Philippe tu vas voir ce que c'est, pendant ce temps moi je vais faire un tour sur internet pour nous rafraichir la mémoire.

Philippe : ok !

L'un et l'autre partent de leur côté en abandonnant leurs leviers. Bien entendu les mâchoires du piège à loup se referme sur la jambe d'Alain, qui hurle.
Philippe ouvre le placard d'où provient le discours ininterrompu . Un nain portant une chapka soviétique est en train de relire une motion sur un ordinateur portable. Il s'interrompt et se retourne vers Philippe.

Le nain : salut les papas ! Enfin réveillés ?

Philippe referme la porte, paniqué.

Alain : t'en fais une tête !

Philippe : je me demande si on aurait pas des enfants non désirés.

Alain : ça les enfants c'est des soucis... moi tu vois en ce moment c'est un piège à loup mon souci, mais je crois que tout le monde s'en branle !

Les deux compères se remettent à desserrer les mâchoires. Quelques instants plus tard Olivier revient dans la pièce, peut-être un peu pâle.

Alain et Philippe anxieux : alors ?

Olivier : alors je crois qu'on a bien chargé la mule... depuis quatre ans. Je vous résume : les deux tiers des militants se sont barrés; les européennes, branlée; les régionales, branlée; les législatives, branlée...

Philippe : et les présidentielles ? T'as fait combien ?

Olivier : euh... comment te dire Philippe ? Tiens regarde plutôt cette vidéo, t'es complétement défoncé dans une émission de Ruquier, je crois que tu pourras deviner la suite...

Philippe : et à part ça ?

Olivier : sans doute toujours ivres on est allé foutre le bordel à Henin-Beaumont, on a aussi ramené une nana voilée et on a dit des horreurs à Mélenchon et au Front de Gauche...

Philippe : plus jamais je fais des excès.

Olivier : c'est ce qu'on dit. N'empêche, on devrait pas s'interroger ? On continue dans ce délire ou pas ?

La suite ne dépend pas de nous...


jeudi 22 août 2013

Post-it 2 : militer avec des connards

Il y en a encore quelques-uns qui confondent ''organisation politique'' et ''bande de potes''. Écrire cela peut donner l'impression de défoncer une porte ouverte, sauf que cette porte a tendance à se refermer rapidement (c'est aussi vrai pour le post-it précédent).

Qu'un parti politique ou un syndicat soit un lieu de socialisation est une évidence. On s'y regroupe par affinité politique, on partage des valeurs communes, tout ceci aide à fraterniser....

Sauf que cela n'est absolument pas une obligation. On peut partager des idéaux communs et ne pas pouvoir blairer le militant ou la militante d'à côté. C'est humain, on ne peut pas plaire à tout le monde. Bien sûr c'est plus compliqué pour s'organiser sereinement mais cela reste possible. Des militants plus responsables que d'autres doivent savoir gérer les relations humaines du groupe.

L'ensemble des militants doit surtout savoir faire la distinction entre ce qui relève de l'affectif et ce qui relève du politique. A chacun de se poser la question suivante : « est-ce que je m'oppose à cette personne parce que ses positions politiques me heurtent ou parce que son caractère m'insupporte ? » En d'autres termes, les relations entre militants ne doivent pas interférer dans le fonctionnement de l'orga.

Prenons un exemple au hasard : Jean-Luc Mélenchon. On en voit sourire certain derrière leur écran, on a pourtant dit ''au hasard''. Loin de nous l'idée de considérer Méluche comme un connard, ni comme un saint homme intouchable non plus. Cependant il est extrêmement agaçant d'entendre des critiques à propos du personnage relevant seulement de l'affectif et non du politique : « non mais tu vois, Mélenchon j'le trouve trop arrogant, il m'énerve avec ses postures de tribun-troisième république, il ne m'inspire pas confiance... » ne manquera pas de nous dire le petit anarchiste casse-couille pour vieux ou le dépolitisé qui n'a pas fait l'effort de lire un résumé du programme du Front de Gauche.

On est ici dans le même registre que ceux qui appréciaient Sarkozy parce qu'il était ''dynamique''.

Des critiques sur Méluche, il y en a évidement à faire, nous en avons nous-même une pleine brouette rangée quelque part, et nous sommes prêt à en entendre, mais que cela soit politique et non affectif. On s'en fout qu'il gueule trop fort ou qu'il soit impoli avec les journalistes. Que dit-il ? Que défend-il ?

A ce moment là de l'article, les plus assidus de nos lecteurs sont déjà prêt à nous sauter dessus dans les commentaires pour nous exhiber triomphalement ce qu'ils croient être une contradiction. Cela fait deux ans que l'on se casse le cul sur ce blog à défendre des formes de communication politique innovantes, et l'on dirait maintenant que la forme ne serait pas importante ? Bien sûr que si. Seulement, on revient au postulat de départ, on ne peut pas plaire à tout. Donc quelque soit la forme utilisée, elle ne séduira pas tout le monde. Premièrement, ceci remet en question le fait d'avoir un porte-parole unique, et deuxièmement, la différence se fait alors sur le fond, sur le contenu politique.
Ce qui est valable pour un militant porte-parole national est valable pour les autres militants et militantes. Condamner l'un d'eux sur des questions affectives est un exemple de dépolitisation du discours et des pratiques politiques. Bien sûr, il est plus facile et plus agréable de militer dans une ambiance de bonne camaraderie plutôt que de côtoyer des connards et des connasses (même à gauche il y en a, si si!). Si cet inconvénient vous arrive, n'abandonnez pas votre groupe militant, faites du yoga. 

faites du Yoga

samedi 17 août 2013

Post-it 1 : militer avec des ''pas comme nous''

Fermeture des locaux début septembre. D'ici là on range les bureaux, on vide le frigo, on enterre deux trois cadavres et on joue encore un peu avec le blog.

Léandre (Petit anarchiste casse-couille pour vieux) : Non mais tu l'as vu le nouveau à la réunion ?

Jean-Paul : Le gros ''jacky'' ? On pouvait pas le rater ! Non mais tu le crois ? Il avait un tatouage de Johnny, de Johnny !

Léandre : et t'as pas vu sa caisse quand il est reparti ? Un tuning, j'te jure ! Il ricane.

Jean-Paul : la totale ! A mon avis il va se lasser vite, on ne le verra pas longtemps...et au fait ta diff' de tracts cet après-midi dans la rue commerçante, ça a donné quoi ?

Léandre : ouais pas mal, j'ai eu quelques bonnes discussions. Il y a un couple qui m'a tenu la jambe un bout de temps. Ils avaient l'air intéressé mais... qu'est-ce qu'ils étaient prétentieux !

Jean-Paul : tu leur as pas proposé de venir à la réunion ce soir ?

Léandre : Nan, je les ai tout de suite cerné. Des sacs du commerce équitable, des airs de prof, chèches et lunettes carrées, des bobos en somme, j'peux pas les blairer !

…................................................

Non ne niez pas, lecteurs et lectrices militants, si vous n'avez jamais eu ce genre de discussion, bravo pour vous, mais ne dites pas que vous n'en avez jamais entendu. Voici une plaie du milieu militant : imaginer que tous les adhérents d'une orga se ressemblent. Imaginer que tout le monde écoute les Béru, ZEP ou la Compagnie Jolie Môme.

Comme s'il n'y avait pas assez de barrières comme ça, certains s'en créent d'autres : entre supposé ''intello'' et supposé ''prolo''; entre soi-disant ''beauf ''et soi-disant ''bobo''.

Que ces créateurs de divisions imaginaires restent à lire Charlie Hebdo.

mardi 6 août 2013

Réglement de comptes - Partie 2

Résumé de l'épisode précédent : après une période d'absence, Guillaume et Romain reviennent au Fight Club Anarcho-droitier, ils y retrouvent un laisser-aller certain. Leur stagiaire, Plekszy-Gladz, se laisse vivre en écoutant du rap. Nos deux héros se disposent à l'initier au baseball quand celui-ci se dit prêt à leur révéler des dossiers internes du NPA.

Guillaume : alors ? On t'écoute.

Plekszy-Gladz : tenez par exemple ceci : le Bulletin Interne de préparation du CPN élargi des 6 et 7 juillet dernier. Le NPA va se présenter aux municipales …

Romain : quoi ? Tu veux dire que le NPA va présenter des listes aux municipales de 2014 ? Mais dis-donc Albert Londres, c'est un sacré scoop ça dis-moi !

Plekszy-Gladz : c'est pas ça, mais si tu lis les textes, regarde, c'est d'abord bourré d'aveux. Ils reconnaissent que les effectifs du NPA sont inférieurs aux effectifs de la LCR-période Besancenot, ils reconnaissent que personne ou presque n'acceptera de faire des listes communes avec eux, ils se rendent compte que leur base électorale est réduite à peau d'balle...

Guillaume : c'est plutôt triste comme info, moi ça me fout un début de cafard, qu'est-ce que tu veux qu'on fasse de ça ?

Plekszy-Gladz : la motion ''Échéances électorales 2014'' n'a été voté qu'à 56 voix contre 43.

Romain : tiens ? Quand je pense que les militants survivants du NPA qu'on a croisé nous assuraient que l'harmonie et l'unité régnaient dans l'orga depuis que les fourbes de la GA étaient partis...

Plekszy-Gladz : et le mieux c'est la décision, page 4, il pouffe, de récolter une souscription... tenez-vous bien... d'un million d'euros, hahaha !!!

Tous trois rigolent.

Guillaume : y a moyen de faire quelque chose avec ça. On pourrait bricoler un photomontage avec Mini-moi dans Austin Power réclamant un million d'euros le petit doigt près de la bouche.

Romain : ouais c'est rigolo mais t'as que ça pour sauver tes dents ? Il relève sa batte au-dessus du stagiaire.

Plekszy-Gladz : attendez! Attendez ! J'ai aussi le dossier de l'ancienne majo demandant l'exclusion du CRI en 2011...

Guillaume : c'est pas tout neuf mais vas-y tu nous intéresses.

Plekszy-Gladz : les annexes sont croustillantes, il y a un tas de courriers de militants se plaignant que les réunions sont ingérables avec les curés rouges. Ceux-ci sont toujours en train de demander d'un ton agressif aux autres de justifier leur anticapitalisme. Et quand ils n'ont pas la majo dans les comités, ça ne les empêchent pas de tirer des tracts, avec le logo du NPA, en contraction avec les tracts officiels, ce fut le cas pendant les manifs sur les retraites...

Romain : il est épais ce dossier, faut lire tout ça ? Pas envie...

Plekszy-Gladz : j'ai aussi des mails de dénonciation qui sont arrivés il y a des mois sur la boîte du Courant Anarcho-droitier. Vous lisez jamais vos mails ?

Guillaume : si...euh...pas tous les jours... mais ne change pas de conversation. Ils disent quoi ces mails ?

Plekszy-Gladz : y a cette histoire dans le Sud-Ouest du leader du groupe La Commune membre du NPA , autre bande de curés rouges, qui faisait adhérer les membres de sa famille... qui pour certains n'habitaient même pas la région...

Guillaume : c'est petit...et c'est aussi une vieille histoire, t'as rien de récent ?

Plekszy-Gladz : vous aurez tout ce qui est récent. Je viens de rajouter vos adresses mails aux listes de diffusions internes du NPA, merci qui ? Merci bibi !

Romain : c'est pas très honnête, surtout venant de quelqu'un encore adhérent. Si ça se savait on nous accuserait de s'acharner, de pas savoir tourner la page, de faire le jeu du PG, du PS ou je ne sais qui d'autre ...

Plekszy-Gladz : aucun souci, il n'y a que moi qui suis au courant. Je ne dirais jamais rien.

Guillaume : comment peut-on en être sûr ? Tu viens de trahir ton parti, pourquoi pas nous ?

Plekszy-Gladz : je serai muet comme une tombe.

Romain : comme une tombe ? J'aime bien cette expression.

Plekszy-Gladz inquiet : euh... je peux revenir au Fight Club alors ?

Guillaume : revenir ? Non... tu vas rester au Fight Club. Tu aimes le rap apparemment ? Romain ? Peux-tu aller monter le son de la chaîne je te prie ? Elle se trouve juste à côté de l'établi, profite s'en pour ramener des ''outils'', merci.

Plekszy-Gladz très inquiet : je sais que vous me faites marcher parce que vous avez déjà écrit que vous étiez pour la non-violence...

Les deux anarcho-droitiers se jettent sur lui avec leurs battes de baseball.