dimanche 16 juin 2013

?

Guillaume : allez-viens on s'casse! J'ai l'impression d'être dans une galerie d'art moderne, j'y comprend rien, je commence à avoir mal au crâne.

Romain : forcément, toi dès que ça dépasse le stade ''gros zizi'' et ''coussin péteur'', t'es perdu ! Non, on reste ! Je veux comprendre cette affiche !

Guillaume : mais à tout les coups c'est un fake !

Romain : non, elle fait partie d'un jeux d'affiches qui annoncent une manifestation anticapitaliste à Sydney. C'est notre mission de référencer les expériences originales de la gauche.

Guillaume : ah ben pour être original... c'est original !

Romain : procédons avec méthode, émettons toutes les hypothèses possibles...

Guillaume : de la drogue. Beaucoup de drogue et de la sévère. Du genre qui te fait tomber les dents et qui te rend aveugle.

Romain : ne sois pas méprisant. Ça vient d'Australie, c'est les antipodes, c'est sans doute une autre culture militante, ne jugeons pas trop vite.

Guillaume : ouais, c'est peut-être des chamans aborigènes qui sont dans la commission com'.

Romain : bon... à priori cette...licorne représenterait...

Guillaume : ce robot licorne !

Romain : oui pardon, ce robot licorne représenterait l'anticapitalisme...

Plekszy-Gladz : déjà qu'au NPA, le mégaphone comme symbole du parti anticapitaliste, ça n'a pas plu à tout le monde, là il y a des curés rouges qui risquent l'apoplexie s'ils tombent dessus.

Guillaume : toi la ferme ! Va faire le ménage de la boite mail ! Continue Romain, je crois que tu tiens un truc.

Romain : … le robot symbolise le futur, l'avenir, le progrès... mais en même temps c'est un futur poétique par la licorne, un avenir qui n'est pas déshumanisé...

Guillaume : et la crinière arc-en-ciel ? C'est un avenir LGBTINSPP ?

Romain : NSPP ? C'est quoi ces nouveaux genres ?

Guillaume pouffant Ne Se Prononce Pas, hihihi !

Romain le gifle.

Romain : c'est un avenir humain, poétique et débarrassé des oppressions sexistes. Ça doit parler aux travailleurs australiens, sinon ils ne l'auraient pas fait.

Guillaume : ah bah oui carrément ! J'imagine très bien le docker de Sydney ou le gardien de bétail dans le bush , voyant l'affiche, qui vont se dire « tiens ! une licorne gay,! c'est vrai que le système capitaliste m'oppresse, je vais me rendre de ce pas à cette sympathique manifestation ! »

Romain : ou alors...

Guillaume : oui ?

Romain : non rien.

Guillaume : tu sais s'il y a beaucoup de raéliens chez les anticapitalistes australiens ? Ceci pourrait expliquer cela.

Romain : je... je commence à avoir mal à la tête.

Nos deux héros se retournent vers vous, lecteurs chéris.

Romain et Guillaume : et vous ? vous avez une idée ?

dimanche 9 juin 2013

Malaise à gauche après la mort de Clément Méric

Mise à jour du billet le 14 juin (car oui, nous faisons des mises à jour parfois)

Un de nos camarades est mort, assassiné par l'extrême-droite et la gauche pleurniche et se fout sur la gueule.

Nous éprouvons d'abord un certain malaise face aux comportements de quelques militants qui ont l'air de jubiler devant ce drame : ''ça y est, la bataille finale est déclenchée, c'est reparti comme en 36...'' semblent-ils dire.

A moins que ce soit l'horreur de la situation qui ne pousse les gauchistes à s'agripper à tous leurs hochets pour se rassurer. Et que je te ressort les ''No pasaran'', les ''plus jamais ça'', les ''pires heures de notre histoire''; et que je te chante le Chant des Partisans la tête baisée; et que je t'arbore tous les badges antifascistes possibles. La tristesse est compréhensible, un de nos camarades est mort, mais ne faudrait-il pas plutôt montrer notre colère ?

On pourrait croire que l'exhibition du folklore antifasciste permettrait de ressouder la gauche. A défaut d'y faire adhérer la population pour qui ces codes politiques ne parlent pas, on pourrait espérer que cette culture commune aide à cimenter les militants.

Et bien non, même pas ! Deuxième malaise, un de nos camarades est mort et les uns accusent les autres de récupération politique, chacun soupèse et mesure le degré d'antifascisme de l'autre. L'aristocrate de gauche qui a un jour collé une beigne à un type aux cheveux trop court à son goût, n'accepte plus aucun commentaire de celui qui ne l'a jamais fait. L'éternel procès cornélien des partis politiques refait surface : s'ils ont le mauvais goût d'être trop voyant dans les rassemblements, ce sont des salauds car ils font de la récupération; s'ils ont le malheur d'être trop discret, ce sont des salauds car ''on ne les voit jamais''.

Nous ne nierons pas que de la récupération politique il y en eu. FN, PS et droite donnent leur version des faits, tentant de masquer leurs compromissions ou leurs renoncements, mais cela surprend-il quelqu'un chez nous ? On peut par contre regretter certains comportements peu sobres du Parti de Gauche. Alexis Corbière est généralement bon quand il s'en prend à l'extrême-droite, mais qu'est-ce qu'il avait besoin de refourguer sa sixième république dans son discours, le 6 juin à Saint Michel ?

Un de nos camarades est mort et la querelle d'héritage pour savoir à qui appartient le corps de Clément est déballée publiquement. C'est proprement dégueulasse. Était-il de gauche ? Anar ? Syndicaliste ? Antifasciste radical ? D'autres ont laissé courir le bruit que le PG avait revendiqué l'appartenance de Clément à ses rangs, ce qui a tout l'air d'une manœuvre d'intox.

Les antifascistes dit ''radicaux'' n'acceptent pas de voir d'autres militants aux méthodes de luttes différentes intervenir dans les rassemblements. Et la bêtise des révolutionnaires de posture s'affiche devant tous. Un de nos camarades est mort mais à Toulouse ceux-ci refusent de faire un cortège unique avec les syndicats et les partis politiques et défilent cinq cent mètres plus loin. Le NPA, sans doute soucieux d'entretenir son image de sectarisme juvénile, s'associe à cette division, quelle tristesse ! Les fafs doivent se frotter les mains. Pourtant se battre physiquement contre eux à l'issue d'un concert ou d'un shopping de Fred Perry ne donne pas le monopole de l'antifascisme labellisé.

Les antifa radicaux ont du mal à accepter que les autres se prononcent sur la mort de Clément. Ce qu'ils devraient comprendre c'est que n'importe quel militant de gauche aurait pu se faire tuer par ces boneheads. Voilà pourquoi à notre avis chacun à le droit d'apparaître dans ces cortèges.

Avons-nous l'extrême-gauche la plus bête du monde ? N'est-il pas temps de rassembler un mouvement antifasciste large sur quelques points essentiels : populaire, inscrit dans la lutte de classe et internationaliste ? Les références historiques sont bien sûr importantes à rappeler, mais ce ne sont plus les Croix de Feu ou l'Allemagne totalitaire qui menace aujourd'hui le travailleur français. Adoptons un discours qui parle aux gens.

Dernier point de cet article : si nous avons par le passé fait connaître notre préférence pour les luttes politiques non-violentes plutôt que celles recourant à la violence, nous n'avons pas la prétention de juger de la pertinence de l'une ou l'autre des stratégies. Chaque militant antifasciste est libre de son choix. Nous respectons ceux qui ont choisi de répondre coup pour coup aux violences fascistes. L'extrême-droite se combat par tous les moyens nécessaires.

Pour un œil les deux yeux, pour une dent toute la gueule.

jeudi 16 mai 2013

Fais du bien à Bertrand...

Mais pourquoi donc se fatiguer à écrire aux curés rouges ? On coupe pourtant des arbres pour faire du papier à lettre et on fait tourner des centrales nucléaires pour envoyer des mails, il s'agirait donc d'être économe. C'est comme envoyer une invitation pour une fête de famille à une vieille tatie grincheuse dont on sait pertinemment qu'elle ne viendra pas; mais on sait aussi qu'elle va se vexer si on ne lui écrit pas.

Le Front de Gauche écrit à Lutte Ouvrière pour l'inviter à se joindre à la manifestation du 5 mai. Le Front de Gauche est poli, le Front de Gauche a de l'empathie pour les personnes seules, et il pense que ça leur ferait du bien de voir du monde, un dimanche après-midi en plein air. L'humain d'abord.

Voici ce que lui répond la vieille bourrique :

AUX ORGANISATIONS DU FRONT DE GAUCHE

Nous vous remercions de votre invitation pour la réunion du mardi 16 avril 2013 à l'AGECA, mais nous n'avons pas l'intention d'y participer. Pas plus que nous n'avons l'intention de nous associer à votre appel pour ce que vous nommez "une grande marche citoyenne pour la 6e République" que vous comptez organiser le 5 mai 2013 à Paris.

Nous ne sommes, en effet, pas du tout d'accord ni avec les objectifs de cette manifestation, ni avec ce qui motive votre appel.

Vous faites appel à ce "peuple de gauche qui a permis que le président de la République soit élu" pour lui rappeler "qu'il ne l'a pas été pour faire cette politique". Nous ne faisons pas partie de ceux qui ont participé à l'élection de François Hollande car nous n'avons pas eu la naïveté de penser qu'il ferait en faveur des travailleurs même le peu qu'il avait promis.

Nous ne partageons ni votre analyse parlant de "confusions qui existent entre les logiques financières dominantes et la conduite des affaires de l'État", ni la conclusion à laquelle vous aboutissez, à savoir qu'une "6e République" constituerait "une issue positive" en redéfinissant "les règles sociales et démocratiques" afin que "le peuple reprenne le pouvoir".

Contrairement à ce que vous écrivez, il ne s'agit pas de "confusions entre les logiques financières et la conduite des affaires de l'État". Il s'agit du fait que cet État, avec son énorme appareil, son armada de fonctionnaires, est tout entier au service de la classe capitaliste et lui est totalement subordonné. 

Prétendre qu'il suffit d'un défilé pour mettre fin à cette réalité est, au mieux, de la naïveté, impardonnable de la part de formations politiques qui prétendent incarner une perspective pour que "le peuple reprenne le pouvoir" (au fait, à quel moment l'a-t-il eu ?). Naïveté ou volonté de semer des illusions, vous préparez une future tromperie, vous qui avez dépeint la manifestation à la Bastille en 2012 comme un acte hautement révolutionnaire alors que son seul résultat a été de faire élire Hollande avec la caution de ceux qui prétendaient incarner une politique plus à gauche.

N'ayant pas l'intention de cautionner de quelque manière que ce soit une prochaine tromperie du même genre, nous déclinons votre invitation à la réunion du 16 avril 2013.
LUTTE OUVRIERE

En sept paragraphes, le Front de Gauche est traité trois fois de naïf et trois fois de menteur : six high kick dans sa gueule au Front de Gauche !

Passée une petite leçon marxiste sur le capitalisme et l’État bourgeois, LO se lance dans les procès d'intention et prend ses fantasmes pour des réalités. Y a t-il un dirigeant du Front de Gauche qui a dit : '' il suffira d'un défilé pour mettre fin à l’État capitaliste'' ou encore : '' la manifestation à la Bastille en 2012 était un acte acte hautement révolutionnaire'' ? Dans l'imagination de LO, oui.

Avec la même mauvaise foi, on pourrait dire que Lutte Ouvrière considère qu'il y a trop de fonctionnaires en France (cf :''son armada de fonctionnaires...) ou que la mention de ''l'énorme appareil'' de l’État est l'expression psychanalytique on ne peut plus claire d'une frustration phallique. On joue aux cons mais c'est eux qui ont commencé.

Le NPA, tout en ayant participé à la manif, reprend un peu cette démarche : charger au maximum le Front de Gauche pour se trouver des différences qui mettront en valeur leur hymen révolutionnaire immaculée. Ainsi on a pu lire sur divers forums que la manif du 5 mai n'était pas internationaliste et qu'on a entendu aucun slogan anti-OTAN. En effet... d'ailleurs on a pas entendu non plus de slogan contre la torture animale ou contre la corrida, c'est vous dire si les militants du Front de Gauche sont vraiment des barbares !

De toute façon sous le socialisme il n'y aura plus de chagrin d'amour et le nucléaire sera propre. Pourquoi se faire chier alors avec des revendications intermédiaires ?

En terme de naïveté voici une question pour conclure : pourquoi ne pas s'en tenir aux faits ? Il y aurait déjà moult critiques à faire. Pourquoi systématiquement tomber dans le procès d'intention ?

Question subsidiaire : LO a-t-elle gardé la boite de chocolats envoyée avec le courrier ?


vendredi 10 mai 2013

Cimourdain

Fidèle lecteur de notre blog, un jeune auteur nous a fait la gentillesse de nous envoyer un extrait d'un de ses ouvrages où il est question à sa manière de curé rouge. La ressemblance avec notre étude est frappante.  Bienvenue donc à Victor Hugo. 

Extrait de Quatrevingt-treize, deuxième partie, livre premier, chapitre 2 :

Cimourdain était une conscience pure, mais sombre. Il avait en lui l'absolu. Il avait été prêtre, ce qui est grave. L'homme peut, comme le ciel, avoir une sérénité noire; il suffit que quelque chose fasse en lui la nuit. La prêtrise avait fait la nuit dans Cimourdain. Qui a été prêtre l'est.

Ce qui fait la nuit en nous peut laisser en nous les étoiles. Cimourdain était plein de vertus et de vérités, mais qui brillaient dans les ténèbres.

Son histoire était courte à faire. Il avait été curé de village et précepteur dans une grande maison; puis un petit héritage lui était venu, et il s'était fait libre.

C'était par-dessus tout un opiniâtre. Il se servait de la méditation comme on se sert d'une tenaille; il ne se croyait le droit de quitter une idée que lorsqu'il était arrivé au bout; il pensait avec acharnement. Il savait toutes les langues de l'Europe et un peu les autres; cet homme étudiait sans cesse, ce qui l'aidait à porter sa chasteté, mais rien de plus dangereux qu'un tel refoulement.

Prêtre, il avait, par orgueil, hasard ou hauteur d'âme, observé ses vœux; mais il n'avait pu garder sa croyance. La science avait démoli sa foi; le dogme s'était évanoui en lui. Alors, s'examinant, il s'était senti comme mutilé, et, ne pouvant se défaire prêtre, il avait travaillé à se refaire homme, mais d'une façon austère; on lui avait ôté la famille, il avait adopté la patrie; on lui avait refusé une femme, il avait épousé l'humanité. Cette plénitude énorme, au fond, c'est le vide.

Ses parents, paysans, en le faisant prêtre, avaient voulu le faire sortir du peuple; il était rentré dans le peuple.

Et il y était rentré passionnément. Il regardait les souffrants avec une tendresse redoutable. De prêtre il était devenu philosophe, et de philosophe athlète. Louis XV vivait encore que déjà Cimourdain se sentait vaguement républicain. De quelle république ? De la république de Platon peut-être, et peut-être de la république de Dracon.

Défense lui étant faite d'aimer, il s'était mis à haïr. Il haïssait les mensonges, la monarchie, la théocratie, son habit de prêtre; il haïssait le présent, et il appelait à grand cris l'avenir; il le pressentait, il l'entrevoyait d'avance, il le devinait effrayant et magnifique; il comprenait, pour le dénoûment de la lamentable misère humaine, quelque chose comme un vengeur qui serait un libérateur. Il adorait de loin la catastrophe.

En 1789, cette catastrophe était arrivée, et l'avait trouvé prêt. Cimourdain s'était jeté dans ce vaste renouvellement humain avec logique, c'est-à-dire, pour un esprit de sa trempe, inexorablement; la logique ne s'attendrit pas. […] Il avait vu se lever la Révolution; il n'était pas homme à avoir peur de cette géante; loin de là, cette croissance de tout l'avait vivifié; et quoique déjà presque vieux – il avait cinquante ans, - et un prêtre est plus vite vieux qu'un autre homme, il s'était mis à croître, lui aussi. […]

Cimourdain était de ces hommes qui ont en eux une voix, et qui l'écoutent. Ces hommes-là semblent distraits; point; ils sont attentifs.

Cimourdain savait tout et ignorait tout. Il savait tout de la science et ignorait tout de la vie. De là sa rigidité. Il avait les yeux bandés comme la Thémis d'Homère. Il avait la certitude aveugle de la flèche qui ne voit que le but et qui y va. En révolution rien de redoutable comme la ligne droite. Cimourdain allait devant lui, fatal.

Cimourdain croyait que, dans les genèses sociales, le point extrême est le terrain solide; erreur propre aux esprits qui remplacent la raison par la logique. Il dépassait la Convention; il dépassait la Commune; il était de l'Évêché.

La réunion, dite l'Évêché, parce qu'elle tenait ses séances dans une salle du vieux palais épiscopale, était plutôt une complication d'hommes qu'une réunion. […] Près de l'Évêché la Convention était froide et la Commune était tiède. L'Évêché était une de ces formations révolutionnaires pareilles aux formations volcaniques; l'Évêché contenait de tout, de l'ignorance, de la bêtise, de la probité, de l'héroïsme, de la colère et de la police […] Il y avait là des hommes dignes de Sparte et des hommes dignes du bagne. La plupart était forcenés et honnêtes […]

Cimourdain avait, dans ces temps et dans ces groupes tragiques, la puissance des inexorables. C'était un impeccable qui se croit infaillible et glaciale. Il était l'effrayant homme juste.

Pas de milieu pour un prêtre dans la révolution. Un prêtre ne pouvait se donner à la prodigieuse aventure flagrante que pour des motifs les plus bas ou les plus hauts; il fallait qu'il fût infâme ou qu'il fût sublime. Cimourdain était sublime; mais sublime dans l'isolement; sublime dans un entourage de précipices. Les hautes montagnes ont cette virginité sinistre. […]

Tel était Cimourdain.

Personne aujourd'hui ne sait son nom. L'histoire a de ces inconnus terribles.

dimanche 14 avril 2013

Quand c'est No, c'est No !

No (que l'on peut traduire en français par « non », ne soyez pas surpris, nous sommes polyglottes) est un film chilien de Pablo Larrain qui reconstitue la campagne référendaire qui ''chassa'' Pinochet du pouvoir en 1988.

Sous la pression internationale, le régime fasciste chilien (appelons un chat un chat), en place depuis le coup d’État militaire de 1973 (soit 15 ans, nous sommes aussi des bêtes en calcul mental) dut instaurer un référendum pour la reconduite pour sept ans au pouvoir du meilleur ami de Margaret Thatcher (hommage posthume à The Bitch). Simple formalité pensent les cadres du régime, les ''homosexuels communistes'' (comprenez les opposants au régime) n'auront droit qu'à quinze minutes d'antenne par jour à une heure tardive durant la campagne.

Les membres de la « Concertation des partis pour la démocratie » qui fait campagne pour le non au référendum, partent eux-mêmes vaincus d'avance. « On profite de l'espace que le pouvoir a dû céder pour informer le peuple, pour le repolitiser,... mais le vote est joué d'avance, on travaille sur du long terme... ». Il faut d'ailleurs commencer par convaincre les électeurs de se déplacer jusqu'aux urnes, quinze ans de répressions fascistes ont quelque peu refroidi la témérité du peuple chilien.

Certains responsables de l'opposition vont alors faire appel à des publicitaires pour organiser leur communication. Des jeunes loups du marketing vont relever le défi. Comment rattraper le retard sur les pronostiques favorables au gouvernement ? Comment redonner espoir aux partisans du non ? Comment séduire les résignés ? Les publicitaires ont une idée géniale, ils vont associer la campagne du ''non'' à ce qui est le plus vendeur, à savoir la joie. Les gens cool sont pour le non, l'avenir riant passe par le non, le non rendra la joie à ce pays sclérosé par quinze ans de libéral-fascisme.

Pablo Larrain se fait plaisir en nous montrant la première confrontation entre le jeune publicitaire qui se rend au travail en skateboard, René Saaveda, et la veille garde anti-Pinochet. Non, non et non, disent ces derniers, la lutte pour la démocratie ce n'est pas drôle. On ne conscientise pas les gens en faisant des blagues. La politique c'est sérieux.

Ces personnages nous rappellent nombre de militants actuels, de ceux qui chantent l'Internationale sourcils froncés et gueule en biais. De ceux pour qui un nez rouge ou un prout n'ont pas leur place dans un discours politique. Ceux qui confondent ''sérieux'' et ''triste''.

Heureusement pour l'issue du vote, les réserves des grincheux ne seront pas retenues. Les émissions de l'opposition seront vite très populaires, tandis que la communication de la junte s'enfonce dans la ringardise et l'agressivité. Résultat : une participation massive au référendum et 55,99 % de non à Pinochet.



Le film de Pablo Larrain est unanimement salué pour ses qualités cinématographiques, bien que l'image soit filmée en Lumatic afin d'insérer des archives d'époques sans contraste, ce qui donne un gain VHS assez dégueulasse. Les critiques se portent sur le fond de l'histoire. No est pour beaucoup l'illustration de l'époque où les équipes de com' prennent le pouvoir dans le discours politique. La forme primerait désormais sur le fond, et la campagne référendaire de 1988 serait le prélude du Chili contemporain devenu un gigantesque supermarché.

Pourtant « la forme c'est du fond qui remonte à la surface », disait Victor Hugo. Et le fond est présent dans les spots des démocrates, on y parle de la censure, des disparitions d'opposants, de la torture, des 40% de la population qui vivent dans la misère, mais ces dénonciations n'ont pas pour but de se flageller ni de s'enfermer dans une commémoration sans fin des martyres, les meilleurs d'entre nous etc... On ne rassemble pas son auditoire en le désespérant.

Là où le film pêche, à notre avis, c'est que lui-même est un film publicitaire qui vend de la joie. Les gentils démocrates gagnent à la fin sans user de violence et les méchants dictateurs perdent. Pinochet est pourtant resté le chef des armées pendant sept ans et s'est octroyé une immunité parlementaire. Son successeur est un démocrate-chrétien qui a soutenu le putsch contre Allende et le libéralisme installé par la dictature n'a pas été remis en cause.

Répétons le encore : « la forme, c'est du fond qui remonte à la surface », ou pour le dire autrement, un programme émancipateur doit avoir un discours émancipé. Camarades gauchistes, vous voulez être convaincant oui ou merde ? No peut peut-être vous apporter quelques réponses.


mercredi 3 avril 2013

Pendant ce temps...

Cliquez sur les images si vous êtes myopes



Pendant ce temps, à l'extrême-gauche :


dimanche 31 mars 2013

Occuper son samedi après-midi avec les Femen

Plekszy-Gladz : ça doit vous plaire les Femen à vous les anarcho-droitiers, non ?

Guillaume : bof... pourquoi ça nous plairait ?

Plekszy-Gladz : ben niveau communication politique c'est réussi, non ? En plus on voit leurs nibards ! Vous êtes pour ?

Guillaume : du calme jeune padawan ! Que ce soit réussi au niveau communication peut-être, au niveau politique c'est moins sûr.

Plekszy-Gladz : m'enfin, sortir des sentiers battus, provoquer le bourgeois, innover en terme de communication, c'est les expériences que vous cherchez à référencer. Montrer ses nichons c'est innovant non ?

Guillaume : pas tant que ça. Des happening à poil c'est pas nouveau.

Plekszy-Gladz : mais avoue qu'elles sont courageuses, ce sont des amazones du féminisme. Fallait avoir du cran pour montrer ses nénés devant les nervis de Civitas.

Guillaume : tu as retenu qu'elles avaient les poitrines dénudées, ça j'ai bien compris. Sinon tu peux m'en dire plus sur leur positions politiques ?

Plekszy-Gladz : ben... c'est des féministes...euh...qui sont contre les fachos... euh elles revendiquent...elles revendiquent plus de droits pour les femmes...un truc dans ce genre...les combats habituels des gonzesses quoi...

Guillaume : il attrape son auditeur par l'oreille c'est bien ce que je pensais, tu t'es pas cassé le cul à étudier le sujet, tu t'es contenté de reluquer, comme beaucoup. Tu vas me recopier la suite de cet article cent fois.

Plekszy-Gladz : aïe aïe aïe putain tu fais mal, arrête ! aïe aïe !

Que les militantes Femen aient su se faire voir, personnes ne le niera, puisqu'on les voit partout. Qu'elles arrivent à communiquer leurs messages c'est moins sûr. Notons en effet la profondeur politique de leur nouveau slogan : ''Françaises déshabillez-vous !'' où l'on sent bien toute la synthèse d'une fine analyse de la situation des droits des femmes en France.

Sur la perplexité que l'on peut ressentir quant au manque de fond des Femen, on ne le dira pas aussi bien que Mona Chollet, dans un article du Diplo. Même les journalistes de Rue89 se demandent où les filles aux colliers à fleurs veulent en venir : '' en juin 2011 elles ont manifesté en soutien aux sinistrés japonnais; le 11 avril 2011 elles étaient présentes pour la Journée internationale de libération des camps de concentration nazis; le 27 octobre 2011 elles manifestaient pour demander la fermeture du zoo de Kiev, ce dimanche encore elles publient sur leur site des photos intitulées « les Femen contre la neige ».

Le journal du NPA, TEAN, a fait un billet critique sur ce mouvement la semaine dernière, ce qui a déclenché une baston de gauchistes comme on les aime sur sa page Facebook (et on a reconnu certains profils).

De toute façon un mouvement qui plait à Caroline Fourest c'est forcément suspect.


Après leur avoir demandé de se rhabiller, le mensuel Causette a interviewé huit de ses activistes. Là encore nous sommes surpris par leurs propos. Certaines de leurs réponses auraient pu se trouver dans la bouche de militants décervelés de l'UMP : « Inna est notre leader, c'est assumé. Et puis, on l'aime bien son côté autoritaire » (cf Inna Chevchenko, importatrice du mouvement de l'Ukraine à la France)

Plus loin à propos du manifeste des Femen, une autre militante botte en touche : « ce qui fédère tout le monde, c'est le mode d'action. Femen, c'est avant tout un féminisme de rue […] après nos actions les plus violentes, comme celle de Civitas, on accueille des vagues de quarante filles ».

Les jeunes françaises qui souhaitent rejoindre les Femen s'expriment ainsi d'après Inna Chevchenko : « Les mouvements féministes qui existent déjà en France, ce ne sont pas des mouvements faits pour les jeunes femmes, mais pour des femmes intellectuelles... ».

Nous touchons ici un point important qui va nous permettre de développer un nouveau concept, pas uniquement propre aux Femen : celui du ''militant qui cherchent à occuper ses samedis après-midi'' (c'est le nom du concept).

« Les réunions ça ne m'intéresse pas,dit-il ou dit-elle, appelez-moi quand vous ferez une action ». Pour ce type de personne, il faut que ça bouge, que ça aille vite et que ça fasse du bruit. Ils ou elles sont d'accord sur les grandes lignes du mouvement mais discuter autour d'une table, réfléchir, c'est pas pour eux... et pourquoi pas lire des livres aussi ?

Alors c'est vrai que dans nos milieux d'archéo-trotystes, on trouve plus souvent qu'à notre tour des réunions et des débats chiants comme la mort qui découragent le béotien. Disons qu'il y a un juste milieu à trouver entre le cours magistral de quatre heures et l'organisation d'activités purement récréatives.

Se réunir, débattre, se former est pourtant nécessaire. Ne serait-ce que pour être sûr que tous partagent vraiment la philosophie de l'orga et ne pas se retrouver avec des revirements à 180 degrés à l'apparition d'un nouvel élément politique. Pour prendre un autre exemple que les Femen, imaginons un collectif faisant une occupation d'un McDonald. Pour quelles raisons s'engagent les membres du groupe ? Contre la malbouffe ? Contre les atteintes au code du travail ? Ou contre l'Empire américano-sioniste ? Si le fond politique n'est pas clair, s'il n'y a pas eu de réunions et de débats, ou si les organisateurs acceptent des individus qui n'ont pas participé à ces réunions de fond, il risque d'y avoir des surprises futures qui discréditeront l'ensemble du travail accompli.

Nous avons peut-être fait perdre des adhésions au NPA du temps où nous nous y étions de fiers jeunes leaders charismatiques, mais nous avons toujours refusé -poliment- que quelqu'un avec qui nous n'avions pas discuté avant, vienne dans une action publique à nos côtés même si ''- je vous soutiens à fond, mais j'ai pas le temps pour les réunions – tu as pas le temps pour les réunions mais pour les actions tu en trouveras ? Ça évite de devoir expliquer des déclarations du type '' la société ukrainienne a été incapable d'éradiquer la mentalité arabe envers les femmes'', ainsi qu'a pu le dire une fondatrice des Femen, Anna Hustol.

Rappelons un des rôles fondamentaux d'une organisation politique selon nous : « en sortir meilleur qu'on y est entré ». On construit son raisonnement, on échange des informations, on acquière des savoirs, on ne fait pas que remplir un album souvenir.

Refaire le monde en vase clos ne fait pas avancer le schmilbilk, tout le monde ou presque en convient. Mais agir pour agir, faire de l'activisme politique comme on ferait de la randonnée ou de la poterie, pour occuper ses week-end ne construira rien de stable.

Espérons que certaines militantes des Femen aient du recul pour construire une pensée féministe anticapitaliste (puisque c'est dans leur manifeste) conséquente, argumentée et solide. Les autres partiront vers de nouvelles aventures une fois la mode des poitrines nues passée.

Total Recall plus fort que les Femen



jeudi 21 mars 2013

Convertissez-vous au Pastafarisme et mangez des pâtes

L'Univers a été créé par le Monstre en Spaghetti Volant, invisible et indétectable, après avoir beaucoup bu. Si la Terre n'est pas parfaite c'est en effet à cause de l'ivresse du Monstre. Son apparence est celle d'un plat de spaghettis et de boulettes de viande.

Le Monstre a d’abord créé des arbres, une montagne et un nain. Il s’est ensuite occupé du reste.

œuvre originale de Niklas Jansson
Ce que nous appelons “la science” ou “les vérités scientifiques” sont en fait des éléments mis à notre disposition par le Monstre (et qu’il déforme pour nous faire croire ce qu’il veut). Ainsi toutes les preuves suggérant la validité de la théorie de l'évolution ont été créées par le Monstre pour nous induire en erreur et tester la foi des pastafariens. Lorsque des mesures scientifiques sont effectuées comme la datation au carbone 14, le Monstre en Spaghettis volant change les résultats avec son « appendice nouillesque »


Le Monstre aime les pirates. Le réchauffement planétaire des 200 dernières années est dû à la baisse du nombre de pirates.


Le vendredi est un jour saint. On ne doit pas travailler ce jour-là et on doit manger des pâtes. Les prières se terminent généralement par Ramen (les ramen sont des nouilles japonaises) et quand un pastafarien rencontre un autre pastafarien, ils se saluent ainsi : « Puisse Son Appendice Nouillesque vous toucher » ou « Que la Pâte soit avec vous » .


Les adeptes du Pastafarisme doivent s’habiller en pirate.


Le paradis pastafarien abrite des usines high-tech, des volcans de bière et une usine de strip-teaseurs ou de strip-teaseuses selon les goûts de chacun. L'enfer pastafarien est similaire sauf que la bière est éventée et que les strip-teaseurs/euses sont porteurs de MST.

Le Pastafarisme, vous l'aurez compris, est une parodie de religion. Néologisme créé à partir de ''pasta'', les pâtes, et ''ratafarisme''. Son inventeur - pardon son prophète - est Bobby Henderson, diplômé en physique de l'université d'État de l'Oregon USA qui révéla ce dieu dans une lettre ouverte sur son blog en 2005. Il réagissait au fait que le Kansas autorisait l'enseignement du créationnisme dans les cours de sciences dans les écoles au même titre que la théorie de l'évolution.

« Si les créationnistes- disait Bobby Henderson - ont le droit de dire que c'est leur dieu qui a créé le monde, je réclame le droit de dire que c'est un Monstre de Spaghettis Volant et je veux que cela soit aussi enseigné ».

Bobby Henderson a reçu 60 000 mails, 5% lui promettant l'enfer (chrétien ? Juif ? Ou musulman?) les autres le soutenant. Et ça marche. Les pastafariens interviennent dans les écoles américaines qui cherchent à remettre en cause l'enseignement scientifique, et réclament, au nom de la tolérance religieuse, l'enseignement du Monstre de Spaghettis Volant. Beaucoup d'écoles laissent alors tomber l'affaire.

Autre exemple en Autriche, les citoyens ont le droit d'afficher un signe religieux sur la photo de leur permis de conduire. Un pastafarien autrichien, Nico Alm, a obtenu,après trois ans de démarche le droit de porter une passoire sur la tête car elle est considérée comme un accessoire directement lié à la pratique de sa religion.

Voilà le genre de combat par l'absurde auquel on ne peut que souscrire. Comment retourner les armes de la mystification contre les mystificateurs eux-mêmes. Comment prouver l'inexistence de quelque chose, n'est-ce pas ? Un prix d'un million de dollars sera d'ailleur offert à toute personne qui apporterait une preuve que Jésus n'est pas le fils du Monstre de Spaghetti Volant.

Couvrir de ridicule ses adversaires, c'est déjà bien, mais le faire à l'aide de leurs propres arguments parodiés, c'est le top. Un exemple à suivre donc.

mardi 5 mars 2013

Allez voir ailleurs si on y est !

Et c'est possible qu'on y soit.

On vous conseille de temps à autre des bouquins, on vous a conseillé des films, on va vous conseiller des sites et des blogs. Après tout, on affirme régulièrement ici même l'importance d'une communication en adéquation avec son époque et son public, et on ne parle presque jamais de ce qui se passe ailleurs. Aucun lecteur ne nous a jamais fait remarquer notre profond égocentrisme, à croire que vous êtes tous soit très polis soit que vous ne lisez que notre blog. Même si cette dernière hypothèse nous flatte beaucoup, avouez que c'est un usage un tant soit peu réducteur d'internet.


Nous n'aimons pas les encyclopédies vivantes, les profs rouges incapables d'intervenir de façon synthétique ou les prétentieux qui profitent de toute occasion pour montrer qu'ils ont lu un livre de Lénine. Ceci dit, nous pensons qu'un bon militant de gauche est un militant qui possède une bonne culture générale et pas simplement une culture politique marxiste. Le bon militant de gauche est curieux et se passionne de sujets variés, ce qui en fait quelqu'un avec lequel il est agréable de discuter et pas simplement de politique. L'inverse serait contre-productif : « oh non voilà Jean-Kévin, il va encore essayer de me brancher sur la lutte des classes... comme à chaque fois ! » De toute façon, comme disait Deleuze, tout est politique. Voici donc ce que l'on vous conseille d'aller voir :

Côté culture générale, jetez un coup d'œil sur des sites de vulgarisation comme Sémiozine, psychologie-sociale.com et Aequivox.fr. Vous en apprendrez sur vos semblables, sur les mécanismes d'interactions entre individus et sur les modes de constructions des discours. Les trois sites mentionnés proposent des vidéos bien faites. Mention spéciale à Aequivox chez qui nous vous recommandons le ''top 5 des humiliations politiques''.

Dans le même genre, rajoutez Acrimed dans la liste de vos favoris si ce n'est pas encore fait.

Pour l'actualité sociale, faites un tour régulièrement sur le site de Fakir et sur celui de Daniel Mermet. Sur la-bas.org, toutes les émissions de Mermet sont podcastables, ce qui vous permet de bricoler tout en apprenant plein de trucs. Toujours dans le domaine de l'actualité sociale, consultez le site de Gégé Filoche, sympathique avaleur de couleuvres au P''S''. Concernant les réformes économiques et sociales, le droit du travail, c'est sérieux et précis. Ce serait dommage de s'en priver.

Allez piocher quelques textes sur marxist.org, il y a des classiques indémodables et des petits textes méconnus de la plupart des auteurs marxistes. On vous en avait déjà conseillé quelques-uns. Vous pouvez même en lire certains en basque, en gascon ou en espéranto si vous n'avez rien d'autre à foutre.

Comme on a dit du bien de la police, on a cherché un blog intéressant qui en parlerai. On en a trouvé un. Instructif, plutôt de gauche, avec des liens vers France Palestine, le Monde Diplo, Pierre Bourdieu, on a néanmoins failli le boycotter puisqu'un lien était fait vers InfoSyrie, site de facho pro Bachar El Assad. Le lien a disparu, le ménage a été fait, tout le monde peut se tromper, nous parlions donc de police.etc.

Avoir un bon coup de fourchette est ,d'après nous, un signe de bonne santé mentale. Être cultivé passe aussi par l'assiette. Un gourmet est un compagnon agréable. Servez-vous du blog de Floriana, mangiareridere.fr, vous ne ferez plus jamais des lasagnes ou des carbonari comme avant.

Si on tient à garder nos rotules en un seul morceaux, nous devons vous conseiller bien sûr le blog de CSP, meilleur de gauche, malheureusement moins prolifique qu'autrefois, on le regrette. Vous pouvez toujours aller fouiller dans les archives, vous ne pouvez pas avoir tout lu, ou alors vous avez oubliez. Tant qu'on en est à citer les copains, citons Brasiers et Cerisiers, blog récent mais qui nous a offert deux très bons billets sur les confusionnistes, puisse leur auteur continuer sur cette excellente ligne de qualité. Kokomag et Le Cri du Peuple nous ont soutenu depuis le début, nous les soutenons aussi sans problème, on se reconnaît dans leurs écrits.

Si parfois nous cherchons à nous payer les neuneus conspirationnistes, reconnaissons que Parano Magazine le fait dix fois mieux que nous. Ce blog est une bouffée d'air frais. Pour lire des informations que vous ne trouverez pas ailleurs sans tomber dans la paranoïa allez sur Le Gorafi. Tout est de source sûre et vérifié. Enfin un travail de journaliste sérieux et compétant !

Enfin, quand vous en aurez marre de rester devant votre écran, commandez des bouquins à la librairie La Brèche, librairie du NPA mais nous sommes sans rancune.

Comme d'hab, vos conseils sont les bienvenus.

mardi 26 février 2013

"En un combat douteux"

En un combat douteux est l'histoire, racontée par John Steinbeck, de deux permanents du Parti Communiste Américain, Jim et Mac partant impulser une grève chez les travailleurs saisonniers qui récoltent les fruits dans les vallées californiennes. Nous sommes dans les années 1930, l'épopée du Far West est à peine terminée, ces travailleurs saisonniers sont le sous-prolétariat américain, des Rednecks, itinérants, déclassés et inorganisés. On imagine sans peine une B.O. avec des airs de Pete Seeger et Woody Guthrie venant illustrer ce monde

Mac, militant expérimenté, forme Jim nouvel adhérent. Ils ont un plan déjà bien rodé pour organiser la grève : se faire accepter des travailleurs, repérer des leaders issus du rang puis créer une situation de conflit qui soulèvera la masse. Ils n'écartent pas – bien au contraire – des risques de dérapage. L'issue du conflit ira bien au delà de leurs craintes, ou de leurs espoirs, question sacrifice.

Comme les autres romans de Steinbeck, nous nous trouvons entre fiction et reportage. Les deux héros ont certainement eu des référents qui ont servis de modèle à l'auteur. A la première lecture, les militants gauchistes que nous sommes peuvent être séduit par l'activisme dévoué de ces deux personnages. Ils font ce qu'une majorité d'entre nous seraient incapables de faire. Ils correspondent au schéma du révolutionnaire voulu par Lénine dans son ouvrage Que faire ? Ce sont des militants professionnels, salariés par le Parti. Ils sont totalement engagés pour LA cause, ils prennent des risques, ils sont courageux. Et du courage il en fallait à cette époque pour affronter les propriétaires américains et leurs milices de cow-boys. Le Far-West finissant ressemble encore par bien des côtés au système féodal européen : il y a le seigneur local, ses mercenaires et ses serfs. Gare à ceux qui osent contester l'ordre établi, nombreux sont les syndicalistes qui ont ainsi fini au bout d'une corde. Reportez-vous à Une Histoire populaire des États-Unis d'Howard Zinn pour en savoir plus sur cette période. Jim et Mac sont tels des paladins tout en abnégation, allant de combat en combat, portant la bonne parole. Leur Graal c'est le socialisme.

Mais nous pouvons faire une deuxième lecture. Ces hommes n'ont ni famille ni amis. Ils mènent une vie de spartiates. Leur camarades meurent sous les coups de la police et ils savent que l'issue de leur activisme s'arrêtera de cette façon là pour eux aussi. Leur militantisme est un chemin de croix. De plus, les premières discussions auxquelles nous assistons à propos de l'organisation de la grève montrent un profond cynisme chez ces militants. Ils n'ont aucune compassion pour les ouvriers qu'ils envoient au casse-pipe. Ils estiment que les sacrifices qu'ils s'imposent sont acceptables pour tous, quelque soit leur situation sociale ou familiale. Les ouvriers ne comptent pas individuellement. Les révolutionnaires montrent là leur ambivalence : ils promettent le succès aux grévistes mais une défaite ne serait pas pour leur déplaire. Si la grève finissait en tragédie, elle mobiliserait les consciences ouvrières pour d'autres combats, encore et encore. Le mouvement ouvrier n'est plus un moyen pour se libérer mais sert à s'auto-alimenter.
Nous pouvons reconnaître aujourd'hui encore à travers ces portraits, des militants contemporains. On ne contestera pas qu'ils ou qu'elles donnent beaucoup pour leur convictions qui sont aussi les nôtres, mais... est-ce à cela que l'on veut ressembler ?

Le rôle de la politique n'est-elle pas de rassembler autour d'un projet des gens d'horizons différents qui se reconnaissent dans ce projet ? Qui peut bien être attiré par ces ''moines-guerriers'' sinon d'autres solitaires prêt au sacrifice ? Nous revenons ainsi à une formule déjà énoncée sur ce blog, à savoir « peut-on prêcher l'émancipation sans être émancipé soi-même » ? Les militants monomaniaques font-ils envie ?

Pour nous, anarcho-droitiers, la question ne se pose même pas. Lisez donc En un combat douteux de John Steinbeck que vous doutiez ou non de votre réponse.

mardi 19 février 2013

Lexique V

Retour sur des termes employés dans les derniers billets :


Jaune : historiquement couleur désignant les syndicats refusant la grève comme mode d'action et plus généralement la confrontation avec le patronat ou les institutions. Plusieurs versions coexistent quant à l'origine de ce qualificatif coloré. Les non-grévistes du XIXe siècle arboraient la fleur de genêt comme symbole (donc jaune) ; le jaune est également associé à la couleur pontificale, utilisée par les catholiques pour contrer la gauche rouge. On parlait aussi des jaunes pour désigner la main d’œuvre bon marché venue de Chine en Californie dans les années 1870, que le patronat utilisait pour casser les salaires et briser les syndicats. Il y eu une Fédération Nationale des Jaunes de France entre 1902 et 1912 crée par Pierre Biétry, d'extrême-droite et très antisémite, et dont la devise était « Travail Famille Patrie ». Toujours est-il que c'est un terme un peu désuet aujourd'hui qui n'est pas toujours compris des salariés. Il fait partie du jargon propre des militants. Cependant (volte-face des rédacteurs de cet article), on a pu observer lors des récentes manifestations à PSA que les braves cadres dévoués à leur entreprise qui se sont mobilisés pour empêcher les grévistes de pénétrer dans les ateliers portaient... des chasubles jaunes. Comme quoi le folklore persiste des deux côtés de la barricade.

MRAP : acronyme pour Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples, organisation qui vieillit mal.

PRCF : acronyme pour Pôle de Renaissance Communiste en France, autrement dit :  « le parti communiste français c'était mieux avant, quand on pouvait péter les genoux des trotskistes sans choquer personne et que quelqu'un avait la politesse de répondre quand on téléphonait à Moscou ».

SCALP : acronyme pour Section Carrément Anti Le Pen. Si on définit cette orga comme l'extrême-gauche culturelle, est-ce qu'on va se faire pourrir la tête dans les commentaires ou pas ? On dit ça sans trop d'ironies, car le SCALP a été le fournisseur de milliers de lycéens rebelles en matériel militant vendu par correspondance : autocollants, badges, T-shirt, affiches, drapeaux... Et c'est bien d'avoir du matériel à disposition quand on est isolé. Même si, là encore, on est les deux pieds dans le folklore gauchiste des A cerclés et des T-shirts Che Guevara, mais quand on est lycéen ou lycéenne, on a encore le droit.

UNEF-ID : acronyme pour Union Nationale des Étudiants de France Indépendante et Démocratique. Pépinière pour le parti ''socialiste", vous plantez un arriviste il pousse un bureaucrate. A abandonné les termes d'indépendante et démocratique en 2001parce que ce n'était absolument plus crédible.

vendredi 15 février 2013

Aux origines (partie 3)

Résumé des épisodes précédents : Guillaume et Romain ont remonté le temps pour se rendre à un concert des Wampas. Devant l'entrée ils ont rencontré leurs homologues, douze ans plus jeunes. Tandis que Guillaume tente de raisonner son double par rapport à la boisson, Romain feuillette la presse syndicale étudiante de l'époque.

Romain : c'est vraiment nécessaire une page entière de votre guide pour dire tout le mal que vous pensez de l'autre syndicat, l'UNEF-ID ?

Romain bis glacial : oui c'est nécessaire. Les étudiants doivent être informés des magouilles de ce syndicat social-traitre.

Romain : Vous savez que 99 % des étudiants s'en foutent de vos querelles inter-syndicales ?

Romain bis : vous ne seriez pas au PS des fois, vous-deux ? Vu comment vous êtes sapés ça m'étonnerait pas.

Romain à Guillaume : retiens-moi sinon je vais lui... je vais m'en coller une.

Guillaume : doucement les minots. Et si au lieu de se déchirer en public toute l'année devant les étudiants, vous proposiez un travail unitaire à l'UNEF-ID ? Jouez aux gentils, proposez leur de se positionner clairement contre les réformes universitaires. Soit ils acceptent et cela vous renforce soit ils refusent et cela sèmera le doute chez certains de leur militants. Mais tant que vous les agresserez, ils ne viendront pas vers vous.

Les deux étudiants éclatent de rire

Guillaume bis: une intersyndicale avec les jaunes ? Et pourquoi pas avec les flics aussi ? Nous sommes le syndicat des luttes, jamais !

Romain bis : on est tombé sur deux gros tièdes. Sérieux, vous êtes à l'UDF ou quoi ? Mon camarade vient de vous dire qu'on est un syndicat de luttes. Moi je ne discute plus avec vous, vous êtes sur une position trop droitière pour qu'on se comprenne.

Guillaume bis : ''On ne fera pas la Révolution en gants blancs'' disait Lénine...

Guillaume à Romain : ils répètent en incantation ''le syndicat des luttes'', ils font des citations des ''grands anciens'', ils coupent court aux discussions en nous taxant de ''droitier'', ils portent des badges à étoiles rouges... ne me dit pas qu'ils...enfin que nous étions des …

Romain : … des curés rouges, si, on a la preuve sous les yeux !

Guillaume consterné et énervé : nom de dieu, quelle horreur ! Il se dirige vers son double Écoute moi bien bonhomme ! Vous vous êtes regardés ? Vous ressemblez à des militants gauchistes, certes, mais pas à des étudiants. Honnêtement qui va s'identifier à votre folklore ? Vous fantasmez de créer une organisation de masse, commencez par ne pas vous couper de ces masses par l'apparence et le jargon...

Guillaume bis : dis donc papy...

Guillaume : ta gueule ! Tu as des Playboy planqué dans ta chambre de cité U, ça intéresserait sans doute tes copines de la commission antipatriacat.

Guillaume bis : …

Guillaume : Vous n'essayez pas de convaincre, vous cherchez un groupe pour vous tenir chaud, c'est pas ça militer ! C'est bien dans un concert de punk que vous trouverez le plus d'auditoire !

Romain le tirant par la manche : c'est pas la peine de t'énerver, Guillaume. Au contraire, c'est plutôt encourageant. Même des curés rouges en apparence bornés peuvent évoluer. On en est la preuve... Allez viens, je te paie une bière au Cavern Club en 1963...

Comme disent les neuneus conspirationnistes, les images parlent d'elles-mêmes :


 
Pendant ce temps-là en 2001

Guillaume bis : dis Romain, je repense à ce que disait le vieux qui portait le même prénom que moi tout à l'heure. Et s'il avait pas complétement tort ?

Romain bis : mais non ! Te prend pas la tête, t'es trop bourré ! Viens plutôt m'aider à ranger les drapeaux.

Guillaume bis : faudra quand même que j'y réfléchisse... à jeun... il s'endort.


FIN

jeudi 14 février 2013

Aux origines (partie 2)

Résumé de l'épisode précédent : Marty McFly, un vieux copain de Guillaume, a prêté sa DeLorean aux deux anarcho-droitiers pour qu'ils puissent voyager un peu dans le temps. Guillaume en profite aussitôt pour retourner voir un concert dont il avait jadis raté la fin.

On retrouve nos deux héros à l'entrée du Pink Palladium le 27 mai 2001 au soir.

Romain : je le crois pas ! Ce type a le pouvoir de modifier le cour de l'Histoire et tout ce qu'il trouve à faire c'est de retourner voir un concert débile !

Guillaume : ah mais ça c'est juste un amuse-bouche. Après on part à Woodstock, après on ira voir les Clash à Rock Against Racism Carnival en 1978, et pour finir on ira au Cavern Club voir les Beatles.

Romain : mais est-ce que j'ai dit à un moment ou à un autre que j'étais d'accord pour te suivre ?

Guillaume : oh regarde ! Il y a des stands d'associations. Je vais prendre des autocollants pour mes archives.

Les deux anarcho-droitiers circulent à travers les stands, on y trouve le MRAP, Le Planning Familial, des pro-palestiniens qui soutiennent la seconde Intifada, un collectif d'alter-mondialistes qui tente de mobiliser contre le prochain G8 à Gênes...Soudain ils stoppent devant une table d'informations. Deux jeunes étudiants distribuent des tracts à côté. Le premier est barbu, le second porte les cheveux longs. Tous deux sont très mal habillés : T-Shirts du SCALP trop larges, vestes militaires, jeans délavés, lacets rouges...

Un des deux militants : bonsoir messieurs, vous voulez soutenir le syndicalisme étudiant de luttes ?

Guillaume et Romain en même temps : putain mais...c'est nous !!!

Romain : oh non ! J'avais effacé cette tête de ma mémoire.

Guillaume : pas moi, je me rappelais très bien de ta tronche de poète maudit.

Romain : et toi tu t'es vu, l'homme des cavernes ?

Guillaume s'adressant à leurs doubles : alors les jeunes ? Parlez-nous un peu de votre syndicat. Quelles sont vos activités en ce moment ?

Guillaume bis déjà passablement éméché : ben... en ce moment on relaie une campagne de pétition pour que le président colombien Pastrana il libère les prisonniers FARC.

Guillaume : mais... quel rapport avec le syndicalisme étudiant ?

Guillaume bis : ben... disons que l'Université c'est pas un monde clos... elle doit être ouverte sur le monde.

Romain bis : et puis on estime que c'est aussi le rôle d'un syndicat étudiant de lutte d'être un médiateur entre les étudiants et les luttes politiques dans la société et le monde.

Romain : C'est bien joli tout ça, mais à voir votre table d'info, ce ne serait pas un peu déséquilibré entre votre rôle de médiateur des luttes et celui de syndicat ? Outre cette pétition, je vois un tract sur la déconstruction des genres, des livrets sur le commerce équitable, des badges ''Skinhead against techno''... il est où votre matériel syndical ?

Romain bis : on a un guide étudiant. Il en tend un aux deux anarcho-droitiers.

Guillaume bis qui s'affaisse de plus en plus sur la table : si vous avez dix francs pour nous aider à le financer, n'hésitez pas. Hic !

Guillaume : toi Guillaume tu devrais arrêter de tourner au Kalimoxo*. D'ici une heure tu vas le regretter.

Guillaume bis : oh eh...doucement papy... je tiens la picole moi... et puis comment tu connais mon prénom ?

Suite et fin de cette palpitante aventure demain...

* Kalimoxo : boisson en vogue dans les bals du pays basque, composée d'un mélange de vin rouge premier prix, de coca-cola et de beaucoup de glaçons, parfaitement CA EXISTE !