mardi 6 août 2013

Réglement de comptes - Partie 2

Résumé de l'épisode précédent : après une période d'absence, Guillaume et Romain reviennent au Fight Club Anarcho-droitier, ils y retrouvent un laisser-aller certain. Leur stagiaire, Plekszy-Gladz, se laisse vivre en écoutant du rap. Nos deux héros se disposent à l'initier au baseball quand celui-ci se dit prêt à leur révéler des dossiers internes du NPA.

Guillaume : alors ? On t'écoute.

Plekszy-Gladz : tenez par exemple ceci : le Bulletin Interne de préparation du CPN élargi des 6 et 7 juillet dernier. Le NPA va se présenter aux municipales …

Romain : quoi ? Tu veux dire que le NPA va présenter des listes aux municipales de 2014 ? Mais dis-donc Albert Londres, c'est un sacré scoop ça dis-moi !

Plekszy-Gladz : c'est pas ça, mais si tu lis les textes, regarde, c'est d'abord bourré d'aveux. Ils reconnaissent que les effectifs du NPA sont inférieurs aux effectifs de la LCR-période Besancenot, ils reconnaissent que personne ou presque n'acceptera de faire des listes communes avec eux, ils se rendent compte que leur base électorale est réduite à peau d'balle...

Guillaume : c'est plutôt triste comme info, moi ça me fout un début de cafard, qu'est-ce que tu veux qu'on fasse de ça ?

Plekszy-Gladz : la motion ''Échéances électorales 2014'' n'a été voté qu'à 56 voix contre 43.

Romain : tiens ? Quand je pense que les militants survivants du NPA qu'on a croisé nous assuraient que l'harmonie et l'unité régnaient dans l'orga depuis que les fourbes de la GA étaient partis...

Plekszy-Gladz : et le mieux c'est la décision, page 4, il pouffe, de récolter une souscription... tenez-vous bien... d'un million d'euros, hahaha !!!

Tous trois rigolent.

Guillaume : y a moyen de faire quelque chose avec ça. On pourrait bricoler un photomontage avec Mini-moi dans Austin Power réclamant un million d'euros le petit doigt près de la bouche.

Romain : ouais c'est rigolo mais t'as que ça pour sauver tes dents ? Il relève sa batte au-dessus du stagiaire.

Plekszy-Gladz : attendez! Attendez ! J'ai aussi le dossier de l'ancienne majo demandant l'exclusion du CRI en 2011...

Guillaume : c'est pas tout neuf mais vas-y tu nous intéresses.

Plekszy-Gladz : les annexes sont croustillantes, il y a un tas de courriers de militants se plaignant que les réunions sont ingérables avec les curés rouges. Ceux-ci sont toujours en train de demander d'un ton agressif aux autres de justifier leur anticapitalisme. Et quand ils n'ont pas la majo dans les comités, ça ne les empêchent pas de tirer des tracts, avec le logo du NPA, en contraction avec les tracts officiels, ce fut le cas pendant les manifs sur les retraites...

Romain : il est épais ce dossier, faut lire tout ça ? Pas envie...

Plekszy-Gladz : j'ai aussi des mails de dénonciation qui sont arrivés il y a des mois sur la boîte du Courant Anarcho-droitier. Vous lisez jamais vos mails ?

Guillaume : si...euh...pas tous les jours... mais ne change pas de conversation. Ils disent quoi ces mails ?

Plekszy-Gladz : y a cette histoire dans le Sud-Ouest du leader du groupe La Commune membre du NPA , autre bande de curés rouges, qui faisait adhérer les membres de sa famille... qui pour certains n'habitaient même pas la région...

Guillaume : c'est petit...et c'est aussi une vieille histoire, t'as rien de récent ?

Plekszy-Gladz : vous aurez tout ce qui est récent. Je viens de rajouter vos adresses mails aux listes de diffusions internes du NPA, merci qui ? Merci bibi !

Romain : c'est pas très honnête, surtout venant de quelqu'un encore adhérent. Si ça se savait on nous accuserait de s'acharner, de pas savoir tourner la page, de faire le jeu du PG, du PS ou je ne sais qui d'autre ...

Plekszy-Gladz : aucun souci, il n'y a que moi qui suis au courant. Je ne dirais jamais rien.

Guillaume : comment peut-on en être sûr ? Tu viens de trahir ton parti, pourquoi pas nous ?

Plekszy-Gladz : je serai muet comme une tombe.

Romain : comme une tombe ? J'aime bien cette expression.

Plekszy-Gladz inquiet : euh... je peux revenir au Fight Club alors ?

Guillaume : revenir ? Non... tu vas rester au Fight Club. Tu aimes le rap apparemment ? Romain ? Peux-tu aller monter le son de la chaîne je te prie ? Elle se trouve juste à côté de l'établi, profite s'en pour ramener des ''outils'', merci.

Plekszy-Gladz très inquiet : je sais que vous me faites marcher parce que vous avez déjà écrit que vous étiez pour la non-violence...

Les deux anarcho-droitiers se jettent sur lui avec leurs battes de baseball.



dimanche 4 août 2013

Réglement de comptes - Partie 1


Dans le sous-sol bien connu du Fight Club anarcho-droitier, là où tout a commencer. Il y règne un profond désordre : des piles de dossiers s'entassent contre les murs; des cannettes de bières vides jonchent le sol; des sacs de sables crevés pendent au plafond; les quelques tables encore debout sont recouvertes de cendriers débordant de mégots et de tasses de café vides et sales. Mais par dessus tout, une chaine hi-fi crache à tue-tête des morceaux de musiques rap, chose encore improbable en ce lieu il y a peu. Nos deux héros descendent calmement l'escalier.

Romain : j'la retiens ta super recrue débauchée au NPA ! Si je le ….
 
Guillaume : Chut ! Plekszy-Gladz  ? Tu es là ? 

Une tête émerge de derrière un bureau. Plekszy-Gladz sourit bêtement, ses yeux sont rouges, sa voix est pâteuse. 

Plekszy-Gladz : tiens ? Salut les copains ! Comment vous avez trop la classe ! Y a pas à dire les gants en cuir, ça vous donne tout de suite une autre prestance. Si j'osais émettre une seule petite réserve, c'est la chemise à fleur sous le Harrington, Guillaume... je sais pas comment dire... ça jure un peu. 

Romain à Guillaume : tu vois, je te l'avais dit ! Puis se retournant vers Plekszy-Gladz Même si les tenues de mon camarade mériterait une réunion à part entière, on est pas là pour parler chiffons. Laisse moi te dire une chose... 

Plekszy-Gladz : vous allez vous mettre au baseball, c'est çà ? 

Romain : pardon ? 

Plekszy-Gladz : élémentaire ! Vous avez chacun une batte que vous dissimulez dans votre dos, j'en déduit que vous voulez vous lancer dans ce sport. Vous cherchez un receveur c'est çà ? 

Nos deux héros se regardent. 

Romain glacial : t'es un futé toi, on peut rien te cacher. Exactement, on va pas tarder à faire une initiation... 

Plekszy-Gladz : j'ai hâte de voir ça ! 

Guillaume : avant ça Plekszy-Gladz, il faudrait qu'on fasse un bilan de ta participation au blog anarcho-droitier. Tu nous as posté un billet en février sur le congrès du NPA, qui était plutôt pas mal, qui nous a valu un grand nombre de visite, on t'en remercie, puis tu nous as promis de nouvelles révélations... 

Romain : ça nous a plu, du coup on t'a nommé anarcho-droitier stagiaire... 

Plekszy-Gladz : c'était vraiment cool de votre part les amis ! 

Guillaume : ouais... sauf que sur tes cartes de visites le mot ''stagiaire'' a disparu. Et depuis six mois, on a pas vu la couleur d'un article... 

Romain : par contre ça t'as pas empêché de te vanter partout que tu étais un – je cite – ''rouage essentiel du courant anarcho-droitier''. 

Guillaume : ça t'a permis de briller en société...

Romain : de te faire payer des coups à boire... 

Guillaume : et de draguer consciencieusement des minettes dont les âges se situent entre ''presque'' et ''tout juste'' majeures. 

Romain : t'es même pas foutu de ranger nos bureaux. Faudrait voir à pas nous prendre pour des truffes ! 

Guillaume : on va t'initier au baseball ! 

Guillaume et Romain lèvent leurs battes au-dessus de la tête de Plekszy-Gladz   

Plekszy-Gladz en criant : attendez, attendez ! J'ai des dossiers ! J'vous dis que j'ai des dossiers ! 

Guillaume : il s'agit pas seulement d'avoir des dossiers, il faut encore les présenter au public. Il faut rédiger, avec des jeux de mots rigolos, des bonnes blagues ou des coussins péteurs... 

Romain : … ou pas. 

Guillaume : quoi qu'il en soit, nous sommes au regret de t'annoncer que ta période d'essai est... 

Plekszy-Gladz en pleurant : NON !!! C'est vrai, j'avoue, j'ai un peu tardé à écrire...mais c'est parce que je n'ai pas ton talent de chroniqueur Guillaume. Pour toi c'est facile, tu as des dons ! Et justement je me disais que tu pourrais les écrire ces billets, la qualité y gagnerait. 

Guillaume flatté : Vraiment ? 

Romain vexé : l'écoute pas, il cherche à t'embrouiller ! 

Guillaume : et on peut les voir tes dossiers ? 

À suivre...
 
 

dimanche 28 juillet 2013

Le canapé qui parle avec tout le monde

Une rue piétonne, un jour de marché dans une ville de province

Flanders : Bonji bonjour, nous sommes l'ACSDC, l'association des citoyens sympas pour une démocratie cool. Voulez-vous discuter avec nous un instant dans un de ces confortables canapés ? Votre avis nous intéresse, qui que vous soyez !
Cliquez pour agrandir
Le passant : Bien volontiers ! J'ai d'ailleurs lu l'article vous concernant dans la presse locale et je dois vous dire que je l'ai beaucoup apprécié !

Flanders : Ah mais voilà une conversation qui commence sacri-sacrément bien ! Et qu'est-ce qui vous a plu dans cet article ? Installez-vous dans le canapé, vous êtes ici chez vous, cher ami citoyen. 

Le passant : merci. C'est la fin de l'article qui m'a séduit. Là où vous dites que vous êtes tout à fait disposés à discuter avec l'UMP et Le FN. C'est un beau signe d'ouverture.

Flanders : touti toutu tout à fait ! Même si nous sommes de gauche, nous sommes avant tout des démocrates et nous discutons avec tout le monde, il vaut mieux débattre que de rejeter. L'inverse serait montrer une image sectaire qui ferait le jeu des extrêmes ...

Le passant : alors ça tombe bien parce que je suis au Front National

Flanders : ah ?

Le FN propre : je suis même son responsable local.

Flanders : eh bien... euh...je... oui... et bien discutons de démocratie...

Un autre homme s'approche :

L'homme : Bonjour ! Ici Kent Brockman qui vous parle en direct depuis la place du marché où s'est installée une curieuse association de citoyens de gauche qui a décidé de parler avec tout le monde. Alors cher monsieur le citoyen, avec qui entamez-vous une gentille petite conversation aujourd’hui ?

Flanders : eh bien... euh... notre premier invité... par le plus grand des hasards figurez-vous...est monsieur...

Le FN propre : Monsieur Mussolini Van Houten, 31 ans, secrétaire fédéral du Front National. Je tiens d'abord à remercier chaleureusement l'ACSDC pour son invitation...

Flanders : euh non c'est vous qui êtes venu sans que...

Le FN propre : pas de fausse modestie je vous prie. Le Front National est tellement diabolisé que nous apprécions grandement toutes les opportunités qui s'offrent à nous pour s'adresser aux français.

Kent Brockman : à ce propos, ne trouvez-vous pas paradoxal que ce soit une association classée à gauche qui vous permette de vous exprimer ?

Le FN propre : pas du tout ! Je vous rappelle que le Front National n'est ni de gauche ni de droite. Étienne Chouard ou Michel Collon sont de brillants analystes que nous apprécions à l'instar de M. Flanders, vous voyez qu'il y a plus de passerelles que l'on croit entre nos deux formations. Bien entendu nous avons des divergences avec ce bolché... avec ce monsieur citoyen mais le FN est aussi contre la mondialisation et l'Europe ultra-libérale. Et ne dit-on pas que ce qui nous rapproche est plus fort que ce qui nous sépare ?

Kent Brockman : M. Flanders, une réponse pour nos téléspectateurs ? Allez-vous intégrer des éléments du programme du FN dans votre propre projet et si oui lesquels ? Que pensez-vous des émeutes islamistes à Trappes ? Le voile intégral est-il une menace pour la laïcité comme le pense vos partenaires du FN ?

Flanders : quoi ? Ça filme là ? … mais euh... enfin non le FN n'est pas notre partenaire, nous ne faisons qu'échanger des points de vue...

Kent Brockman : c'est bien ce que je dis. Vous avez donc des choses à partager ?

Flanders : mais pas du tout ! Le FN est notre ennemi politique !

Kent Brockman : pourtant vous êtes assis dans le même canapé et là il vous met la main sur la cuisse.

Flanders : je... je...on ne faisait juste que discuter...je...ne me sens pas très bien !

Le FN propre : on vous remercie M. Flanders allez vous reposer on vous rappellera. Veuillez maintenant laisser votre place à un autre citoyen...français. Au suivant !




Ps : pour une version sérieuse et argumentée de ce sketch, reportez-vous à cet excellent billet de Brasiers et Cerisier ou ce brillant article de Socialisme Critique



jeudi 25 juillet 2013

Prochainement dans le Courant Anarcho-droitier....

Prochainement dans le Courant Anarcho-droitier, vous trouverez :

des canapés
des battes de baseball
 
un drapeau palestinien sale 

 
 un Douglas Dakota C-47


des dossiers 

 

une grosse gueule de bois


et même du rap et plein d'autres choses 


                                     
                                        
à bientôt...

mardi 23 juillet 2013

Le socialisme gourmand

Il est toujours agréable d'entendre ou de lire quelqu'un qui pense comme nous. Surtout quand on croit se sentir seul. On ''croit'' se sentir seul, car ceci dit entre parenthèse, nous sommes loin d'être les seuls à être sceptiques quand à de nombreuses pratiques ancestrales et immuables de l'extrême-gauche.

Parmi ces sceptiques, il y a Paul Ariès. Paul Ariès est un décroissant qui s'habille bien et qui ne semble ni triste ni aigri, ce qui est appréciable dans ce milieu. Son dernier bouquin Le socialisme gourmand est un plaidoyer pour en finir non seulement avec les passions tristes du capitalisme certes, mais aussi celles des courants de gauche et de la décroissance. L'auteur de La Simplicité volontaire prend ici le parti d'une gauche maquisarde, antiproductiviste (coucou le PCF !) et promouvant la joie de vivre (coucou les curés rouges !).

Le chapitre 4 est dédié aux organisations de gauche pour y dénoncer les sacrifices auxquelles elles font trop souvent appel. Nous ne résistons pas en citer quelques extraits :

« Un des premiers territoires à libérer n'est-il pas celui de nos organisations afin d'en faire des lieux de créativité gourmande ? En trente-cinq ans de vie militante, j'ai souvent eu le sentiment de retrouver la dureté des relations capitalistes au sein de nos mouvements. Nos organisations sont peut-être construites pour mener des batailles et gagner des guerres mais pas pour y vivre. On est bien plus heureux dans un club de boulistes, un groupe d'amis, en famille qu'au sein d'une avant-garde révolutionnaire. Les vrais amitiés y sont rares et fragiles.

Le grand mal de la gauche, c'est l'anesthésie de la vie. Je n'ai jamais trop aimé le sérieux appliqué dont on doit faire preuve dans le militantisme, les réunions sans réels débats, les rapports qui répètent la doxa du moment pour prouver son orthodoxie, les pétitions lancés pour occuper les militants, etc. cet assèchement de la vie militante n'est pas sans rapport avec la foi en des « lendemains qui chantent » […]

Il faut en finir avec la gauche sacrificielle. Évidement la lutte des classes est difficile, les militants s'en prennent plein la tête (les milliers de représentants du personnel licenciés chaque année), mais n'est-ce pas une raison suffisante pour jouir pleinement de la vie présente, pour construire des organisations qui soient autant de moments volés aux logiques de pouvoir ? La gauche sacrificielle est celle est la conséquence d'un type d'engagement (le militant, le moine-soldat) calqué sur un modèle de type religieux et militaire. L'utopie justifie tous les sacrifices... de temps, d'argent, d'amour, professionnels. C'est toujours au nom de la cause que l'on accepte de ne pas recevoir de promotion, de ne pas avoir de temps de s'occuper de ses enfants, de son conjoint, de ses amis, de sa vie. »

Avouez qu'on a de quoi s'y retrouver. La suite du livre propose des pistes pour guérir de cet esprit de sacrifices. Des exemples sont tirés des expériences des bourses du travail, du mouvement coopératif, du socialisme municipal ou du syndicalisme à bases multiples. Il s'agit ensuite de défendre un projet politique qui suscite le désir autant que l'adhésion, un projet émancipateur concret, peu importe son nom : socialisme gourmand, buen vivir, jours heureux, écosocialisme...

Comment faire venir en effet des ''vrais gens'' en masse dans nos organisations et pas seulement des kamikazes ? La question avait été abordé au moment du processus de fondation du NPA, on avait parlé de nouvelles méthodes de militantisme. Quatre ans plus tard lorsqu'on pose la question aux militants survivants de savoir où en est cette réflexion, la réponse est la même : « nous allons bientôt nous repencher dessus... incessamment sous peu... ».

Il faut bien sûr donner envie de venir, il faut susciter le désir d'adhérer. Les critiques faites quelques lignes plus haut sont aussi valables pour le Front de Gauche. Que les partis (re)deviennent des lieux de vie. Il s'agit d'abord d'avoir un local pour se retrouver, et que ce local soit accueillant, beau, confortable et non pas une aire de stockage d'affiches (voilà une idée d'article !). Il faut proposer des activités, et pas seulement politiques : repas, jeux, séance cinéma, librairie... Allez faire un tour à Presles lors de la fête de LO pour vous faire quelques idées, si si, vous avez bien lu : ''la fête de LO'' ! Combien de comités militants ont ce genre d'activités dans leur bilan ?

Le paradoxe d'une organisation de gauche cool c'est qu'il faut à la fois sensibiliser sur les problèmes politiques et sortir les gens de la morosité qu'engendrent ces mêmes problèmes politiques. Une organisation de gauche cool doit donner autant le sourire que la volonté de se battre, elle doit détendre et rassurer pour ensuite passer à l'offensive.

Ce type de projet n'est pas évident à mettre en place quand on est aussi tordu que la faucille et aussi rigide que le marteau. Trop nombreux sont encore les militants avec ce profil, mais nombreux aussi sont les militants qui tentent de nouvelles expériences. Le socialisme gourmand est bol d'air frais qui nous permet d'organiser nos idées. Si vous ne pouvez pas l'acheter, volez-le, son auteur défend le principe de l'extension de la gratuité.

Paul Ariès, Le socialisme gourmand, Édition La Découverte, Paris, 2012, 2013.


 

vendredi 19 juillet 2013

Y en a des biens

On passe notre temps à cogner sur les travers du militant gauchiste que l'on ne supporte pas. Toutes ces tares et conservatismes qui font fuir le nouvel arrivant. A-t-on besoin de les répéter ? Oui rappelons en quelques unes, la pédagogie passe par la répétition, encore et encore :

En vrac, ce putain de folklore sans lequel curé rouge se sent tout nu, drapeau rouge, badges, chants liturgiques; ces putains de réunions ultra-codifiées, que l'on soit quatre ou quarante; ce besoin de faire des citations; ce besoin de faire des trucs chiants pour prouver qu'on est un vrai militant; ces perpétuels procès en sorcellerie contre tous ceux qui ont dévié ne serait-ce que d'un pas de la pureté idéologique copyright 1917, etc, etc...

Mais...

Mais alors pourquoi militons-nous encore, si de tels phénomènes nous fatiguent ? Parce que nous croisons aussi des militants extraordinaires. Avant que notre joyeuse dérision des curés rouges ne se transforme en aigreur, faisons une pause le temps d'un billet pour déclarer notre admiration pour ces milliers de héros souvent anonymes. Étant des nazis de la grammaire, nous évoquerons nos exemples au masculin, mais bien entendu, à part les ultras de la déconstruction des genres, tout le monde comprendra que les personnages cités sont aussi bien des hommes que des femmes.

Commençons par un mal-aimé des auto-proclamés ''militants révolutionnaires'' : le prof. Le prof qui n'enseigne pas, mais qui communique sa passion, que ce soit des maths, des lettres, de la biologie. Ses élèves savent vaguement qu'il est syndiqué à cause de ses absences lors des journées de grèves. Mais lui est tellement de gauche qu'il ne prend pas la peine de faire la moindre allusion à ses opinions politiques. Il sait qu'un jeune bien instruit, cultivé et critique sera à même de rejoindre plus tard le bon côté de la barricade. On en a tous croisé au moins un ou une dans notre scolarité.

Continuons avec le militant associatif. Soit il est de gauche soit il ignore qu'il est de gauche. Une bande de jeune qui remontent un comité des fêtes dans un village, c'est de gauche. Recréer du lien et de la solidarité c'est de gauche, merde ! Et c'est énormément de boulot. Salut aussi aux associatifs du planning familial, des comités de soutien aux sans-papiers, personne ne les a obligés à faire ce qu'ils font. Ils le font parce qu'ils ont des valeurs. Car avoir des valeurs a encore un sens pour des milliers de personnes.

Salut aussi au vieux militant ouvrier autodidacte, le maître Yoda de nombreux jeunes militants. On a l'impression qu'il a tout connu, il a plein de choses à raconter, mais il ne radote pas. Il n'a jamais brigué de mandat, et quand il a été élu quelque part, c'est les copains qui l'ont poussé. On l'a toujours connu puis on s'est aperçu un jour que cela faisait quelque temps qu'il s'était mis en retrait, laissant discrètement les commandes aux militants plus jeunes sans pour autant abandonner qui que ce soit.

Et enfin, le syndicaliste. LE héros des temps modernes. Être syndicaliste dans de nombreuses boîtes aujourd'hui, c'est être un mélange d'abbé Pierre et de James Bond. Le syndicaliste sacrifie une partie de sa carrière pour défendre celle des autres. Il doit ruser, éviter les pièges tendus par ses chefs et ses patrons ou se battre quand le conflit devient inévitable. Et quand il y a bagarre, c'est vers lui que se regroupent les collègues de boulot. Gégé Filoche cite un militant syndical suédois s'exclamant à propos des syndicats français : « mais comment faites-vous ?Avec 80% de syndiqués nous n'arrivons jamais à avoir des grèves aussi massives que vous, avec 8% de syndiqués...? »C'est plus du Ken Loach, c'est du Bravehart.

Merci à eux et merci à tant d'autres, qui se foutent d'être gauchistes ou droitiers. Ils nous ont donné l'envie de leur ressembler, ils nous ont remotivés dans les moments de découragement, en un mot ils nous ont transmis le feu sacré.

vendredi 28 juin 2013

Ah oui au fait : charte 2

Ça fait déjà un moment que nous avons quitté le navire en détresse du NPA. Il était donc temps de réactualiser la charte du courant anarcho-droitier. Voilà c'est fait. Bisous.

Anarcho-droitier, un oxymore, une schizophrénie, à l'image de celle qui touche de larges pans de la gauche qui utilisent (mal) de vieilles recettes et restent frileux à toutes innovations.

Pourquoi anarcho-droitiers ? « Droitier », c'est l'insulte préférée de tout militant qui veut clore une question qu'il ne trouve pas suffisamment « révolutionnaire » à son goût, toute question, en somme, qui dérange son univers préfabriqué. Nous ne voulons pas clore de telles questions (comme l'alliance entre antilibéraux et anticapitalistes, entre révolutionnaires et réformistes, par exemple). Autant s'emparer directement du qualificatif, ça économisera des efforts à nos éventuels adversaires.

« Anar », c'est pour nous le refus de toute chapelle dogmatique, tout esprit de caserne, tout prêtre, toute idole, tout héros, toute transcendance idéologique. Nous vivons au XXIème siècle, nous refusons le culte de Grands Maîtres du Passé largement mythifiés, ou l'application imbécile de recettes toutes faites, comme si les expériences des deux siècles derniers constituaient des modèles indépassables. Tenter de faire du neuf est indispensable pour militer correctement aujourd'hui, et est moins pénible que de gloser des heures en se fantasmant bolchévique de 1917.

Nos objectifs principaux sont au nombre de trois :
  1. D'une part, poursuivre le projet initial du Nouveau Parti Anticapitaliste, à savoir « rassembler le meilleur des différentes traditions du mouvement ouvrier ».
  2. D'autre part, dénoncer les chapelles et les sectes, assumées ou non, qui parasitent la gauche et le mouvement social ; dénoncer l'esprit de caserne du militantisme et combattre tous les « curés rouges » qui pullulent en ces temps troublés.
  3. Enfin, développer l'irrévérence, l'impertinence et le rire sardonique comme armes politiques au sein des organisations de gauche qui auront le bonheur ou le malheur de croiser notre route.
Il est impossible de combattre efficacement les politiciens de droite ou du P« S » et les représentations de l'ennemi, si nous-même nous nous mettons à pleurnicher dès qu'on s'attaque à nos idoles, à nos totems. Soyons les premiers à prendre du recul par rapport à nos traditions et à notre folklore, nous n'en serons que plus forts et plus audibles.

Le projet de renouveau politique du NPA est aujourd'hui un échec admis même en son sein. Nous saluons l'initiative et les risques pris par la Ligue Communiste Révolutionnaire pour tenter de renouveler l'espace politique d'extrême-gauche. Nous regrettons que le ''N'' de NPA ne soit resté qu'un slogan creux.

Le Fight Club est le modeste blog d'expression du Courant Anarcho-droitier. Il ne sera pas immortel, ses animateurs partiront un jour ou l'autre vers de nouvelles aventures. Nous espérons qu'à son terme ce blog ait permis de donner confiance aux soi-disant ''droitiers'' des organisations de gauche et de dévoiler le vrai visage des curés rouges : aigris, snob, incompréhensibles, hermétiques à l'humour, conservateurs...bref, autant de défauts qui ne se prêtent pas à une pratique révolutionnaire de la politique. Mais le temps de fermer nos grandes gueules n'est pas encore venu. Continuons donc, avec tous ceux qui veulent se joindre à nous, à taper et à se marrer.

Nos références seront plus Audiard que Trotsky, plus Harakiri que le programme de transition de 1938.

Nos adversaires seront ceux qui ne riront pas à nos blagues.


mercredi 19 juin 2013

Anarcho-droitier fashion

Laissez-nous vous présenter le keffieh officiel des anarcho-droitiers. Dans des nuances de bleu UMP allié à un blanc immaculé (car régulièrement lavé à 40°C), il ornera élégamment nuque et gorge de tout anarcho-droitier qui se soucie de son apparence. En manif, en réunion, en conférence de presse ou lors de distributions de tracts (ah non, on en distribue pas, nous, des tracts) il ravira votre public qui vous reconnaîtra au premier coup d’œil. A vous d'assumer ensuite les conséquences dues à cette révélation.

Certifié ''absolument pas fabriqué en Palestine", ce colifichet nous vient tout droit du très saint royaume hachémite de Jordanie. A tout militant gauchiste ou pro-palestinien qui vous dira que ''les seuls vrais keffiehs et ben y sont noir et blanc, ou alors si t'es un marxiste pro-FPLP tu peux à la rigueur en porter un rouge et blanc parce que j'te f'rai dire gnagnagna et gnagnagna..." hochez la tête, souriez mais ne dites rien, ça l'énervera.



dimanche 16 juin 2013

?

Guillaume : allez-viens on s'casse! J'ai l'impression d'être dans une galerie d'art moderne, j'y comprend rien, je commence à avoir mal au crâne.

Romain : forcément, toi dès que ça dépasse le stade ''gros zizi'' et ''coussin péteur'', t'es perdu ! Non, on reste ! Je veux comprendre cette affiche !

Guillaume : mais à tout les coups c'est un fake !

Romain : non, elle fait partie d'un jeux d'affiches qui annoncent une manifestation anticapitaliste à Sydney. C'est notre mission de référencer les expériences originales de la gauche.

Guillaume : ah ben pour être original... c'est original !

Romain : procédons avec méthode, émettons toutes les hypothèses possibles...

Guillaume : de la drogue. Beaucoup de drogue et de la sévère. Du genre qui te fait tomber les dents et qui te rend aveugle.

Romain : ne sois pas méprisant. Ça vient d'Australie, c'est les antipodes, c'est sans doute une autre culture militante, ne jugeons pas trop vite.

Guillaume : ouais, c'est peut-être des chamans aborigènes qui sont dans la commission com'.

Romain : bon... à priori cette...licorne représenterait...

Guillaume : ce robot licorne !

Romain : oui pardon, ce robot licorne représenterait l'anticapitalisme...

Plekszy-Gladz : déjà qu'au NPA, le mégaphone comme symbole du parti anticapitaliste, ça n'a pas plu à tout le monde, là il y a des curés rouges qui risquent l'apoplexie s'ils tombent dessus.

Guillaume : toi la ferme ! Va faire le ménage de la boite mail ! Continue Romain, je crois que tu tiens un truc.

Romain : … le robot symbolise le futur, l'avenir, le progrès... mais en même temps c'est un futur poétique par la licorne, un avenir qui n'est pas déshumanisé...

Guillaume : et la crinière arc-en-ciel ? C'est un avenir LGBTINSPP ?

Romain : NSPP ? C'est quoi ces nouveaux genres ?

Guillaume pouffant Ne Se Prononce Pas, hihihi !

Romain le gifle.

Romain : c'est un avenir humain, poétique et débarrassé des oppressions sexistes. Ça doit parler aux travailleurs australiens, sinon ils ne l'auraient pas fait.

Guillaume : ah bah oui carrément ! J'imagine très bien le docker de Sydney ou le gardien de bétail dans le bush , voyant l'affiche, qui vont se dire « tiens ! une licorne gay,! c'est vrai que le système capitaliste m'oppresse, je vais me rendre de ce pas à cette sympathique manifestation ! »

Romain : ou alors...

Guillaume : oui ?

Romain : non rien.

Guillaume : tu sais s'il y a beaucoup de raéliens chez les anticapitalistes australiens ? Ceci pourrait expliquer cela.

Romain : je... je commence à avoir mal à la tête.

Nos deux héros se retournent vers vous, lecteurs chéris.

Romain et Guillaume : et vous ? vous avez une idée ?

dimanche 9 juin 2013

Malaise à gauche après la mort de Clément Méric

Mise à jour du billet le 14 juin (car oui, nous faisons des mises à jour parfois)

Un de nos camarades est mort, assassiné par l'extrême-droite et la gauche pleurniche et se fout sur la gueule.

Nous éprouvons d'abord un certain malaise face aux comportements de quelques militants qui ont l'air de jubiler devant ce drame : ''ça y est, la bataille finale est déclenchée, c'est reparti comme en 36...'' semblent-ils dire.

A moins que ce soit l'horreur de la situation qui ne pousse les gauchistes à s'agripper à tous leurs hochets pour se rassurer. Et que je te ressort les ''No pasaran'', les ''plus jamais ça'', les ''pires heures de notre histoire''; et que je te chante le Chant des Partisans la tête baisée; et que je t'arbore tous les badges antifascistes possibles. La tristesse est compréhensible, un de nos camarades est mort, mais ne faudrait-il pas plutôt montrer notre colère ?

On pourrait croire que l'exhibition du folklore antifasciste permettrait de ressouder la gauche. A défaut d'y faire adhérer la population pour qui ces codes politiques ne parlent pas, on pourrait espérer que cette culture commune aide à cimenter les militants.

Et bien non, même pas ! Deuxième malaise, un de nos camarades est mort et les uns accusent les autres de récupération politique, chacun soupèse et mesure le degré d'antifascisme de l'autre. L'aristocrate de gauche qui a un jour collé une beigne à un type aux cheveux trop court à son goût, n'accepte plus aucun commentaire de celui qui ne l'a jamais fait. L'éternel procès cornélien des partis politiques refait surface : s'ils ont le mauvais goût d'être trop voyant dans les rassemblements, ce sont des salauds car ils font de la récupération; s'ils ont le malheur d'être trop discret, ce sont des salauds car ''on ne les voit jamais''.

Nous ne nierons pas que de la récupération politique il y en eu. FN, PS et droite donnent leur version des faits, tentant de masquer leurs compromissions ou leurs renoncements, mais cela surprend-il quelqu'un chez nous ? On peut par contre regretter certains comportements peu sobres du Parti de Gauche. Alexis Corbière est généralement bon quand il s'en prend à l'extrême-droite, mais qu'est-ce qu'il avait besoin de refourguer sa sixième république dans son discours, le 6 juin à Saint Michel ?

Un de nos camarades est mort et la querelle d'héritage pour savoir à qui appartient le corps de Clément est déballée publiquement. C'est proprement dégueulasse. Était-il de gauche ? Anar ? Syndicaliste ? Antifasciste radical ? D'autres ont laissé courir le bruit que le PG avait revendiqué l'appartenance de Clément à ses rangs, ce qui a tout l'air d'une manœuvre d'intox.

Les antifascistes dit ''radicaux'' n'acceptent pas de voir d'autres militants aux méthodes de luttes différentes intervenir dans les rassemblements. Et la bêtise des révolutionnaires de posture s'affiche devant tous. Un de nos camarades est mort mais à Toulouse ceux-ci refusent de faire un cortège unique avec les syndicats et les partis politiques et défilent cinq cent mètres plus loin. Le NPA, sans doute soucieux d'entretenir son image de sectarisme juvénile, s'associe à cette division, quelle tristesse ! Les fafs doivent se frotter les mains. Pourtant se battre physiquement contre eux à l'issue d'un concert ou d'un shopping de Fred Perry ne donne pas le monopole de l'antifascisme labellisé.

Les antifa radicaux ont du mal à accepter que les autres se prononcent sur la mort de Clément. Ce qu'ils devraient comprendre c'est que n'importe quel militant de gauche aurait pu se faire tuer par ces boneheads. Voilà pourquoi à notre avis chacun à le droit d'apparaître dans ces cortèges.

Avons-nous l'extrême-gauche la plus bête du monde ? N'est-il pas temps de rassembler un mouvement antifasciste large sur quelques points essentiels : populaire, inscrit dans la lutte de classe et internationaliste ? Les références historiques sont bien sûr importantes à rappeler, mais ce ne sont plus les Croix de Feu ou l'Allemagne totalitaire qui menace aujourd'hui le travailleur français. Adoptons un discours qui parle aux gens.

Dernier point de cet article : si nous avons par le passé fait connaître notre préférence pour les luttes politiques non-violentes plutôt que celles recourant à la violence, nous n'avons pas la prétention de juger de la pertinence de l'une ou l'autre des stratégies. Chaque militant antifasciste est libre de son choix. Nous respectons ceux qui ont choisi de répondre coup pour coup aux violences fascistes. L'extrême-droite se combat par tous les moyens nécessaires.

Pour un œil les deux yeux, pour une dent toute la gueule.

jeudi 16 mai 2013

Fais du bien à Bertrand...

Mais pourquoi donc se fatiguer à écrire aux curés rouges ? On coupe pourtant des arbres pour faire du papier à lettre et on fait tourner des centrales nucléaires pour envoyer des mails, il s'agirait donc d'être économe. C'est comme envoyer une invitation pour une fête de famille à une vieille tatie grincheuse dont on sait pertinemment qu'elle ne viendra pas; mais on sait aussi qu'elle va se vexer si on ne lui écrit pas.

Le Front de Gauche écrit à Lutte Ouvrière pour l'inviter à se joindre à la manifestation du 5 mai. Le Front de Gauche est poli, le Front de Gauche a de l'empathie pour les personnes seules, et il pense que ça leur ferait du bien de voir du monde, un dimanche après-midi en plein air. L'humain d'abord.

Voici ce que lui répond la vieille bourrique :

AUX ORGANISATIONS DU FRONT DE GAUCHE

Nous vous remercions de votre invitation pour la réunion du mardi 16 avril 2013 à l'AGECA, mais nous n'avons pas l'intention d'y participer. Pas plus que nous n'avons l'intention de nous associer à votre appel pour ce que vous nommez "une grande marche citoyenne pour la 6e République" que vous comptez organiser le 5 mai 2013 à Paris.

Nous ne sommes, en effet, pas du tout d'accord ni avec les objectifs de cette manifestation, ni avec ce qui motive votre appel.

Vous faites appel à ce "peuple de gauche qui a permis que le président de la République soit élu" pour lui rappeler "qu'il ne l'a pas été pour faire cette politique". Nous ne faisons pas partie de ceux qui ont participé à l'élection de François Hollande car nous n'avons pas eu la naïveté de penser qu'il ferait en faveur des travailleurs même le peu qu'il avait promis.

Nous ne partageons ni votre analyse parlant de "confusions qui existent entre les logiques financières dominantes et la conduite des affaires de l'État", ni la conclusion à laquelle vous aboutissez, à savoir qu'une "6e République" constituerait "une issue positive" en redéfinissant "les règles sociales et démocratiques" afin que "le peuple reprenne le pouvoir".

Contrairement à ce que vous écrivez, il ne s'agit pas de "confusions entre les logiques financières et la conduite des affaires de l'État". Il s'agit du fait que cet État, avec son énorme appareil, son armada de fonctionnaires, est tout entier au service de la classe capitaliste et lui est totalement subordonné. 

Prétendre qu'il suffit d'un défilé pour mettre fin à cette réalité est, au mieux, de la naïveté, impardonnable de la part de formations politiques qui prétendent incarner une perspective pour que "le peuple reprenne le pouvoir" (au fait, à quel moment l'a-t-il eu ?). Naïveté ou volonté de semer des illusions, vous préparez une future tromperie, vous qui avez dépeint la manifestation à la Bastille en 2012 comme un acte hautement révolutionnaire alors que son seul résultat a été de faire élire Hollande avec la caution de ceux qui prétendaient incarner une politique plus à gauche.

N'ayant pas l'intention de cautionner de quelque manière que ce soit une prochaine tromperie du même genre, nous déclinons votre invitation à la réunion du 16 avril 2013.
LUTTE OUVRIERE

En sept paragraphes, le Front de Gauche est traité trois fois de naïf et trois fois de menteur : six high kick dans sa gueule au Front de Gauche !

Passée une petite leçon marxiste sur le capitalisme et l’État bourgeois, LO se lance dans les procès d'intention et prend ses fantasmes pour des réalités. Y a t-il un dirigeant du Front de Gauche qui a dit : '' il suffira d'un défilé pour mettre fin à l’État capitaliste'' ou encore : '' la manifestation à la Bastille en 2012 était un acte acte hautement révolutionnaire'' ? Dans l'imagination de LO, oui.

Avec la même mauvaise foi, on pourrait dire que Lutte Ouvrière considère qu'il y a trop de fonctionnaires en France (cf :''son armada de fonctionnaires...) ou que la mention de ''l'énorme appareil'' de l’État est l'expression psychanalytique on ne peut plus claire d'une frustration phallique. On joue aux cons mais c'est eux qui ont commencé.

Le NPA, tout en ayant participé à la manif, reprend un peu cette démarche : charger au maximum le Front de Gauche pour se trouver des différences qui mettront en valeur leur hymen révolutionnaire immaculée. Ainsi on a pu lire sur divers forums que la manif du 5 mai n'était pas internationaliste et qu'on a entendu aucun slogan anti-OTAN. En effet... d'ailleurs on a pas entendu non plus de slogan contre la torture animale ou contre la corrida, c'est vous dire si les militants du Front de Gauche sont vraiment des barbares !

De toute façon sous le socialisme il n'y aura plus de chagrin d'amour et le nucléaire sera propre. Pourquoi se faire chier alors avec des revendications intermédiaires ?

En terme de naïveté voici une question pour conclure : pourquoi ne pas s'en tenir aux faits ? Il y aurait déjà moult critiques à faire. Pourquoi systématiquement tomber dans le procès d'intention ?

Question subsidiaire : LO a-t-elle gardé la boite de chocolats envoyée avec le courrier ?


vendredi 10 mai 2013

Cimourdain

Fidèle lecteur de notre blog, un jeune auteur nous a fait la gentillesse de nous envoyer un extrait d'un de ses ouvrages où il est question à sa manière de curé rouge. La ressemblance avec notre étude est frappante.  Bienvenue donc à Victor Hugo. 

Extrait de Quatrevingt-treize, deuxième partie, livre premier, chapitre 2 :

Cimourdain était une conscience pure, mais sombre. Il avait en lui l'absolu. Il avait été prêtre, ce qui est grave. L'homme peut, comme le ciel, avoir une sérénité noire; il suffit que quelque chose fasse en lui la nuit. La prêtrise avait fait la nuit dans Cimourdain. Qui a été prêtre l'est.

Ce qui fait la nuit en nous peut laisser en nous les étoiles. Cimourdain était plein de vertus et de vérités, mais qui brillaient dans les ténèbres.

Son histoire était courte à faire. Il avait été curé de village et précepteur dans une grande maison; puis un petit héritage lui était venu, et il s'était fait libre.

C'était par-dessus tout un opiniâtre. Il se servait de la méditation comme on se sert d'une tenaille; il ne se croyait le droit de quitter une idée que lorsqu'il était arrivé au bout; il pensait avec acharnement. Il savait toutes les langues de l'Europe et un peu les autres; cet homme étudiait sans cesse, ce qui l'aidait à porter sa chasteté, mais rien de plus dangereux qu'un tel refoulement.

Prêtre, il avait, par orgueil, hasard ou hauteur d'âme, observé ses vœux; mais il n'avait pu garder sa croyance. La science avait démoli sa foi; le dogme s'était évanoui en lui. Alors, s'examinant, il s'était senti comme mutilé, et, ne pouvant se défaire prêtre, il avait travaillé à se refaire homme, mais d'une façon austère; on lui avait ôté la famille, il avait adopté la patrie; on lui avait refusé une femme, il avait épousé l'humanité. Cette plénitude énorme, au fond, c'est le vide.

Ses parents, paysans, en le faisant prêtre, avaient voulu le faire sortir du peuple; il était rentré dans le peuple.

Et il y était rentré passionnément. Il regardait les souffrants avec une tendresse redoutable. De prêtre il était devenu philosophe, et de philosophe athlète. Louis XV vivait encore que déjà Cimourdain se sentait vaguement républicain. De quelle république ? De la république de Platon peut-être, et peut-être de la république de Dracon.

Défense lui étant faite d'aimer, il s'était mis à haïr. Il haïssait les mensonges, la monarchie, la théocratie, son habit de prêtre; il haïssait le présent, et il appelait à grand cris l'avenir; il le pressentait, il l'entrevoyait d'avance, il le devinait effrayant et magnifique; il comprenait, pour le dénoûment de la lamentable misère humaine, quelque chose comme un vengeur qui serait un libérateur. Il adorait de loin la catastrophe.

En 1789, cette catastrophe était arrivée, et l'avait trouvé prêt. Cimourdain s'était jeté dans ce vaste renouvellement humain avec logique, c'est-à-dire, pour un esprit de sa trempe, inexorablement; la logique ne s'attendrit pas. […] Il avait vu se lever la Révolution; il n'était pas homme à avoir peur de cette géante; loin de là, cette croissance de tout l'avait vivifié; et quoique déjà presque vieux – il avait cinquante ans, - et un prêtre est plus vite vieux qu'un autre homme, il s'était mis à croître, lui aussi. […]

Cimourdain était de ces hommes qui ont en eux une voix, et qui l'écoutent. Ces hommes-là semblent distraits; point; ils sont attentifs.

Cimourdain savait tout et ignorait tout. Il savait tout de la science et ignorait tout de la vie. De là sa rigidité. Il avait les yeux bandés comme la Thémis d'Homère. Il avait la certitude aveugle de la flèche qui ne voit que le but et qui y va. En révolution rien de redoutable comme la ligne droite. Cimourdain allait devant lui, fatal.

Cimourdain croyait que, dans les genèses sociales, le point extrême est le terrain solide; erreur propre aux esprits qui remplacent la raison par la logique. Il dépassait la Convention; il dépassait la Commune; il était de l'Évêché.

La réunion, dite l'Évêché, parce qu'elle tenait ses séances dans une salle du vieux palais épiscopale, était plutôt une complication d'hommes qu'une réunion. […] Près de l'Évêché la Convention était froide et la Commune était tiède. L'Évêché était une de ces formations révolutionnaires pareilles aux formations volcaniques; l'Évêché contenait de tout, de l'ignorance, de la bêtise, de la probité, de l'héroïsme, de la colère et de la police […] Il y avait là des hommes dignes de Sparte et des hommes dignes du bagne. La plupart était forcenés et honnêtes […]

Cimourdain avait, dans ces temps et dans ces groupes tragiques, la puissance des inexorables. C'était un impeccable qui se croit infaillible et glaciale. Il était l'effrayant homme juste.

Pas de milieu pour un prêtre dans la révolution. Un prêtre ne pouvait se donner à la prodigieuse aventure flagrante que pour des motifs les plus bas ou les plus hauts; il fallait qu'il fût infâme ou qu'il fût sublime. Cimourdain était sublime; mais sublime dans l'isolement; sublime dans un entourage de précipices. Les hautes montagnes ont cette virginité sinistre. […]

Tel était Cimourdain.

Personne aujourd'hui ne sait son nom. L'histoire a de ces inconnus terribles.

dimanche 14 avril 2013

Quand c'est No, c'est No !

No (que l'on peut traduire en français par « non », ne soyez pas surpris, nous sommes polyglottes) est un film chilien de Pablo Larrain qui reconstitue la campagne référendaire qui ''chassa'' Pinochet du pouvoir en 1988.

Sous la pression internationale, le régime fasciste chilien (appelons un chat un chat), en place depuis le coup d’État militaire de 1973 (soit 15 ans, nous sommes aussi des bêtes en calcul mental) dut instaurer un référendum pour la reconduite pour sept ans au pouvoir du meilleur ami de Margaret Thatcher (hommage posthume à The Bitch). Simple formalité pensent les cadres du régime, les ''homosexuels communistes'' (comprenez les opposants au régime) n'auront droit qu'à quinze minutes d'antenne par jour à une heure tardive durant la campagne.

Les membres de la « Concertation des partis pour la démocratie » qui fait campagne pour le non au référendum, partent eux-mêmes vaincus d'avance. « On profite de l'espace que le pouvoir a dû céder pour informer le peuple, pour le repolitiser,... mais le vote est joué d'avance, on travaille sur du long terme... ». Il faut d'ailleurs commencer par convaincre les électeurs de se déplacer jusqu'aux urnes, quinze ans de répressions fascistes ont quelque peu refroidi la témérité du peuple chilien.

Certains responsables de l'opposition vont alors faire appel à des publicitaires pour organiser leur communication. Des jeunes loups du marketing vont relever le défi. Comment rattraper le retard sur les pronostiques favorables au gouvernement ? Comment redonner espoir aux partisans du non ? Comment séduire les résignés ? Les publicitaires ont une idée géniale, ils vont associer la campagne du ''non'' à ce qui est le plus vendeur, à savoir la joie. Les gens cool sont pour le non, l'avenir riant passe par le non, le non rendra la joie à ce pays sclérosé par quinze ans de libéral-fascisme.

Pablo Larrain se fait plaisir en nous montrant la première confrontation entre le jeune publicitaire qui se rend au travail en skateboard, René Saaveda, et la veille garde anti-Pinochet. Non, non et non, disent ces derniers, la lutte pour la démocratie ce n'est pas drôle. On ne conscientise pas les gens en faisant des blagues. La politique c'est sérieux.

Ces personnages nous rappellent nombre de militants actuels, de ceux qui chantent l'Internationale sourcils froncés et gueule en biais. De ceux pour qui un nez rouge ou un prout n'ont pas leur place dans un discours politique. Ceux qui confondent ''sérieux'' et ''triste''.

Heureusement pour l'issue du vote, les réserves des grincheux ne seront pas retenues. Les émissions de l'opposition seront vite très populaires, tandis que la communication de la junte s'enfonce dans la ringardise et l'agressivité. Résultat : une participation massive au référendum et 55,99 % de non à Pinochet.



Le film de Pablo Larrain est unanimement salué pour ses qualités cinématographiques, bien que l'image soit filmée en Lumatic afin d'insérer des archives d'époques sans contraste, ce qui donne un gain VHS assez dégueulasse. Les critiques se portent sur le fond de l'histoire. No est pour beaucoup l'illustration de l'époque où les équipes de com' prennent le pouvoir dans le discours politique. La forme primerait désormais sur le fond, et la campagne référendaire de 1988 serait le prélude du Chili contemporain devenu un gigantesque supermarché.

Pourtant « la forme c'est du fond qui remonte à la surface », disait Victor Hugo. Et le fond est présent dans les spots des démocrates, on y parle de la censure, des disparitions d'opposants, de la torture, des 40% de la population qui vivent dans la misère, mais ces dénonciations n'ont pas pour but de se flageller ni de s'enfermer dans une commémoration sans fin des martyres, les meilleurs d'entre nous etc... On ne rassemble pas son auditoire en le désespérant.

Là où le film pêche, à notre avis, c'est que lui-même est un film publicitaire qui vend de la joie. Les gentils démocrates gagnent à la fin sans user de violence et les méchants dictateurs perdent. Pinochet est pourtant resté le chef des armées pendant sept ans et s'est octroyé une immunité parlementaire. Son successeur est un démocrate-chrétien qui a soutenu le putsch contre Allende et le libéralisme installé par la dictature n'a pas été remis en cause.

Répétons le encore : « la forme, c'est du fond qui remonte à la surface », ou pour le dire autrement, un programme émancipateur doit avoir un discours émancipé. Camarades gauchistes, vous voulez être convaincant oui ou merde ? No peut peut-être vous apporter quelques réponses.


mercredi 3 avril 2013

Pendant ce temps...

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Pendant ce temps, à l'extrême-gauche :