lundi 21 janvier 2019
mercredi 5 décembre 2018
Olivier Dartigolles a dit un truc à propos des gilets jaunes.
par Albert
Bouchignard *
Le porte-parole
du Parti Communiste Français est intervenu dans un débat consacré
à la mobilisation des gilets jaunes sur CNEWS. D’après plusieurs
témoins présents devant leurs postes de télévision, Olivier
Dartigolles aurait dit des choses en rapport avec la situation.
L’information a d’abord circulé sur le réseau social Tweeter.
Le jeune cadre du PCF annonçait sa participation à un débat
télévisé. Notre équipe a aussitôt interrompu son visionnage d’un
épisode des Simpson sur W9 pour étudier la situation.
Olivier Dartigolles semblait en effet lancé dans une analyse
politique pointue, malheureusement interrompue par une coupure
publicitaire pour une crème anti-mycose. Néanmoins au retour sur
plateau, journalistes et intervenants semblaient intéressés par ce
qu’il avait dit.
Des téléspectateurs, restés plus longtemps que nous devant leur
écran, ont pu confirmer l’information.
« Je l’ai tout de suite reconnu, affirme Simone, j’étais
devant ma télé et je me suis dis : tiens c’est le petit
jeune du Parti Communiste. J’ai pas pu entendre tout ce qu’il
disait parce que j’utilisais ma machine à coudre en même temps,
mais ça avait l’air bien. Demandez à mon mari, lui il a suivi le
débat. »
Bernard assure : « Oui, je l’ai écouté mais je
ne rappelle plus de tout évidement. Il parlais de novation citoyenne
et de transversalité démocratique. Il a déclaré aussi qu’il ne
fallait pas cesser de penser la complexité. Après il a dit que le
Parti Communiste feraient des propositions concrètes pour un machin.
N’empêche ça tombait bien parce « novation » c’était
un mot qui me manquait dans ma grille de mots fléchés ! »
* militant PCF depuis bientôt trente-cinq ans
vendredi 30 novembre 2018
Gilets jaunes et pudeurs rouges
On l’avoue,
l’appel des gilets jaunes a d’abord suscité chez nous un
agacement certain : comment des individus pouvaient-ils se
mobiliser pour un produit polluant, le diesel, alors que les cortèges
pour la défense des services publiques, le climat ou pour nos
salaires sont trop souvent clairsemés ? On a d’abord ricané
des messages maladroits et naïfs de certains, ironisant sur un
nouvel engagement virtuel aux revendications déconnectées des
enjeux climatiques. Bref, on a été à deux doigts de faire nos
curés rouges.
Puis, une fois de
plus, c’est le mépris affiché de certains de nos camarades envers
le sujet, plutôt que le sujet lui-même, qui nous a convaincu de
modifier notre approche de cet événement. On en a vu utiliser de
faux profils pour troller les premiers groupes de gilets jaunes en
orthographiant volontairement mal leur propos, c’était gênant.
Qu’aurait
fait François Ruffin dans notre situation ?
Nous n’avons pas
mis de gilet jaune mais nous sommes allés sur des points de blocage.
Pour une fois nous avons fermés nos grandes gueules de gauchistes
et nous avons écouté les participants. Muni d’un micro, nous
avons interviewé une douzaine de personnes, prises au hasard, pour le compte d’une radio locale.
Nous avons pu parler avec des retraités, des artisans, des salariés d’entreprises privées, surtout des gens non engagés politiquement. C’est un public que nous côtoyons habituellement peu. Le 17 novembre en province l’ambiance était bonne enfant. Les gilets jaunes laissaient passer les ambulances, les infirmières et les voitures avec de jeunes enfants à bord. Aucun signe politique ou syndical n’étaient visibles bien entendu mais des banderoles et pancartes dénonçaient l’injustice des taxes. Nous avons vu un, peut-être deux drapeaux tricolores, on a perçu le début d’une Marseillaise mais on a aussi entendu dans des sonos On lâche rien d’HK et les Saltimbanks, Antisocial de Trust et Cayenne de Parabellum qui appartiennent clairement au folklore de gauche.
La première
impression qui se dégage de ces entretiens, c’est un profond
ressentiment d’injustice. Les manifestants ont l’impression, une
fois de plus, de s’être fait arnaquer, cette fois-ci avec le
diesel. On les a incité à acheter ce type de véhicule pour être
ensuite taxés sur une dépense qui, pour beaucoup, est
incompressible. Tous, et nous insistons bien là-dessus, tous les
gens rencontrés, interrogés au hasard, tous nous ont soutenu que
les plus riches pouvaient être taxés avant eux. Les riches,
individus ou entreprises, pas les immigrés ou les chômeurs, les
riches. Certains reprenaient le slogan de François Ruffin « Rend
l’ISF d’abord ». Personne n’était contre l’écologie.
Si on a rencontré quelques climato-sceptiques, la plupart étaient
d’accord d’agir pour la planète, mais pas en étant sanctionné.
Nous sommes
conscient de n’avoir vu qu’un infime échantillon de la
mobilisation. Nous pensons aussi que les gilets jaunes sont
différents d’une région à l’autre, tant dans leur sociologie
que dans la hiérarchie de leurs revendications prioritaires. Le pire
côtoient le meilleur. Il va des fils de putes qui dénoncent des
migrants à Flixecourt jusqu’à la haie d’honneur faite par les
gilets jaunes au cortège contre les violences faites aux femmes à
Montpellier. En fait ceux-ci veulent abandonner les étiquettes
politiques mais les clivages se reforment naturellement. On retrouve
une aile gauche qui veut rétablir l’ISF et une aile droite qui
veut une politique de reconduite aux frontières plus efficace.
Nous sommes
également conscient que c’est un mouvement qu’on nous survend.
Huit mille personnes en manif à Paris le 24 novembre? C’est pas
énorme au regard de ce que peuvent mobiliser les syndicats :le
31 mars 2016 160 000 personnes défilaient à Paris contre la loi
Travail (selon les organisateurs, m’enfin quand même!)
Cependant nous
sommes convaincus que c’est un public compatible avec les
propositions qu’ont exprimé plusieurs syndicats et partis de
gauche, résumé par l’appel des « gilets
verts » : développement et gratuité des transports
en commun, réouverture des petites lignes SNCF, taxation de
marchandises aérien et maritime, développement des circuits courts,
captation de l’évasion fiscale pour financer une transition
sociale et écologique…
A
quoi bon arborer ses médailles d’antifascisme dans des milieux où
il n’y a pas de fachos ?
Quel gâchis alors
de voir une fois de plus l’aristocratie militante faire la
fine bouche sur cette mobilisation. Oui il y a des fachos dans les
rassemblements (on en a croisé) mais pas plus que ce qu’ils
représentent ailleurs. Ce sont les militants politiques de gauche
qui manquent à l’appel. Les gilets jaunes sont un terrain en
friche et au prétexte qu’il y a des mauvaises herbes, les
révolutionnaires puritains refusent de l’investir. C’est
pourtant une ligne de front, c’est là qu’il faudrait pousser les
revendications de justice sociale, de lutte des classes, c’est là
qu’il faudrait faire refluer les expressions de racisme et
d’homophobie.
Ou quand Nuit Debout
rencontrerait les Gilets Jaunes… à condition de ne mépriser
personne.
mercredi 14 novembre 2018
The anticapitalist expendables
Cet
article partait avec des intentions sérieuses. Il devait s’intituler
« De l’outrance »
et traiter des excès de langages de Mélenchon et du populisme de
gauche. On avait même lu un article de Roger Martelli en
entier pour préparer
ce texte. Les trois premiers paragraphes ci-dessous allaient dans ce
sens. Et puis, que s’est-il passé ? Nous nous sommes laissés déborder
par notre imagination puérile...
Voyez
comme nous avons pris le temps avant de réagir à l’actualité
mélenchonnienne. Tourner sept fois ses pouces avant de taper sur son
clavier. Si tous les trolls s’astreignaient à cette discipline,
Internet serait un salon cosy peuplé d’érudits courtois.
Les
coups de gueule du chef de la France Insoumise plaisent à certains
et en heurtent d’autres, en gros elles clivent. Et comme à chaque
fois, le fan-club mélenchionnien cherche à l’imiter et l’on
tombe alors dans
la caricature de la caricature.
Notre
conviction est que les gens vont se lasser de ces personnages
gueulards et outranciers, comme ils se sont lassés des technocrates
lénifiants. L’avenir reviendra peut-être, et c’est notre
souhait, aux vieux sages rassurants, du type Jeremy Corbyn ou Bernie
Sanders. Encore qu’en France des vieux sages à la Bernie Sanders
on en voit pas beaucoup depuis la disparition de Daniel Bensaid.
A
moins que celui-ci n’ait développé des pouvoirs psychiques qui
lui permettent de réapparaître en fantôme comme les Jedis dans Star
Wars.
Ou
alors, oh wait …
Ou
alors, afin de contenter tout le monde, il
faudrait que tous nos stéréotypes
d’hommes et femmes politiques de notre bord fassent équipe. On
appellerait ça la AntiK-Team, l’équipe Anticapitaliste. Il y
aurait :
Le
vieux sergent bourru : toujours de mauvaise humeur, il ne
sait communiquer qu’en râlant. Il tient même des propos parfois
limite sur les élites ou les immigrés mais on l’aime bien quand
même. C’est notre Sergent Hartman ou Tom Highway à nous.
Le
badass : il décapsule avec les dents une bouteille de Kwak,
qu’il engloutit cul-sec avant d’aller retourner tout seul une
sous-préfecture. Il n’a peur de rien, il vaut mieux l’avoir avec
soi que contre soi.
Le
beau gosse : personne d’autre que lui ne sait porter une
casquette de postier avec autant de swag. Il ne veut s’unir avec
personne mais c’est parce qu’il cache une terrible blessure
sentimentale secrète. Ça le rend encore plus craquant. Les filles
sont sous le charme, leurs mères aussi.
Le
side-kick rigolo : il ne peut pas être le héros à lui
tout seul mais il sait se rendre indispensable. C’est le meilleur
copain du Beau Gosse, c’est aussi son faire-valoir. Toujours la
blagounette au coin de la bouche pour détendre une atmosphère, on
se souvient de son « il n’y a pas d’immunité ouvrière!»
.
Le
geek cool : comme un geek, il a son look propre à lui, des
t-shirts militants ou des maillots de foot. A côté de ça, il bosse
ses dossiers à fond. Il écrit et publie son propre journal, il
investit les réseaux sociaux. C’est un bourreau de travail mais
qui a su rester sympa.
La
psycho-rigide : elle est spécialiste en combats rapprochés
rhétoriques. Elle dédit toute sa vie à la lutte. On ne lui connaît
aucune faille ni aucune passion. Le side-kick rigolo est amoureux
d’elle mais se prend régulièrement des gros râteaux, ça en
devient un runing gag.
La
dernière survivante : elle a survécu à tous
ses amis qui ont été éliminés par les curés rouges slashers.
Elle n’a plus peur de rien et saura conseiller son équipe pour
éviter les pièges de la division et du sectarisme. Vous voyez le
lieutenant Ripley ? Eh ben pareil mais en mieux...
Mamie
Gâteau : c’est la pause tendresse qui permet à la
AntiK-Team de souffler un peu entre deux aventures. Elle est pleine
de bon sens et trouve que « le monde ne tourne plus rond ».
Elle dit aussi d’un ton très doux : « quand on voit les
excès du CAC 40 on se dit que les gens sont devenus fous ».
C’est Suzanne Flon dans Les enfants du Marais, on l’aime
bien.
L’apprenti-champion :
il est encore jeune et timide. Il n'ose pas encore gueuler très
fort pendant les perquisitions au siège de son mouvement mais il a
de la passion et beaucoup de potentiel. Il commencera par oublier de
se raser, puis sa chemise sera froissée, bientôt il se mettra à
fumer nerveusement des Gauloises sans filtre. Enfin, il tiendra tête
au Sergent Bourru. Bref il va s’aguerrir au fil des aventures.
La
guerrière amazone : elle balance des coups de boule
polémiques ou des coups de sabre politiques. C’est le pendant
féminin du Badass. La légende raconte qu’elle a des couilles…
plusieurs paires arrachées à ses ennemis qu’elle porterait en
pendentif sous son chemisier. Le personnage de Michonne dans Walking
Dead est directement inspiré d’elle.
L’intello
sexy : « la plume est plus forte que l’épée »,
telle pourrait être sa maxime. Ses combats, elle les mène dans les
colonnes de Regards ou Politis.
Souvent rabrouée par le
Sergent Bourru, il lui en faut cependant
plus pour être
impressionnée.
Le
clown triste : toujours pessimiste, il ne cesse de gémir
que « l’équipe n’y arrivera jamais j’vous aurai
prévenu ». Il se plaint aussi que personne ne l’écoute.
C’est lui qui va mourir en premier.
On
peut enfin terminer par les vieux loups de mer : ils
ont une grande connaissance de l’histoire du mouvement ouvrier mais
ils sucrent un peu les fraises. Les deux passent leur temps à
s’engueuler. Tandis que le premier s’emmêle
les pinceaux avec tweeter, le second se croie encore en 1968. Plus
personne ne les écoute. Ce
sont les Statler et Waldorf de
l’Anti-K Team.
Après
plein d’aventures, on verrait la Cinquième République s’écrouler
dans des geysers de flammes. Nos héros marcheraient au ralenti face
camera sur la chanson
de Back in Black
d’AC/DC.
lundi 8 octobre 2018
Pierre Laurent tournera dans le prochain clip de Benjamin Biolay.
par Albert Bouchignard*
Actualité chargée pour le premier
secrétaire du Parti Communiste Français. Après être entré dans
l'histoire comme le premier dirigeant du PCF à être mis en minorité
dans les textes de congrès, Pierre Laurent se dirige-t-il vers une
nouvelle carrière dans le spectacle ? A l'instar d'Olivier
Besancenot apparaissant aux côtés des rappeurs Joey Starr ou plus
récemment Ous-D-Ous, Pierre Laurent serait attendu en featuring dans
le prochain clip du chanteur mélancolique Benjamin Biolay d'ici la
Toussaint.
« J'ai vraiment découvert
Pierre lors d'une interview sur France Inter » nous
explique Benjamin Biolay. « Il se faisait engueuler par les
journalistes parce que personne comprenait ce qu'il voulait dire, ça
m'a touché. J'aime ces personnages abandonnés et spleenétiques.
J'avais auparavant soutenu François Hollande et Benoît Hamon, c'est
donc une suite logique dans ma recherche esthétique » Le
chanteur poursuit : « Pierre est quelqu'un de très
accessible. J'ai téléphoné un dimanche après-midi place du
Colonel Fabien, c'est lui qui répond au standard. On a tout de suite
sympathisé ».
L'intéressé n'a
pas démenti ce projet. Rencontré sur une aire de repos de l'A71 au
retour d'une visite au musée Soulages de Rodez, Pierre Laurent nous
parle de son nouvel engouement pour la pop-culture, tandis qu'il
mange seul à la cafeteria. « Je pense qu'il faut saisir
toutes les opportunités et je ne m'interdit aucun relais pour
envoyer un message fort. Je veux laisser les portes ouvertes à la
discussion pour rassembler au-delà des simples additions d'appareils
en respectant l'identité propre de chacun...c'est embêtant ça,
j'avais demandé un café allongé à la dame et elle m'a servi un
thé citron, c'est toujours pareil, on m'écoute pas ! »
Le courant
anarcho-droitier exprime tous ses vœux de réussite à cette
nouvelle icône de la chanson française.
* militant
communiste depuis bientôt trente-cinq ans
dimanche 30 septembre 2018
Révélation exclusive : Jean-Luc Mélenchon ne serait pas un révolutionnaire marxiste-léniniste internationaliste !
par Patrick
Coup de tonnerre dans les milieux
d'extrême-gauche français. Plusieurs enquêtes indépendantes sur
les prises de positions politiques du leader de la France Insoumise
conduisent à la même conclusion : Jean-Luc Mélenchon ne
serait pas un authentique révolutionnaire.
« Nous,
ça fait neuf ans qu'on le critique, mais c'est surtout parce qu'il
nous a piqué la moitié de nos adhérents et tous nos électeurs... »
confit Cricri, militant du Nouveau Parti Anticapitaliste. « Si
on avait su que c'était vrai... ». Heureusement,
le NPA peut compter sur des enquêteurs rigoureux. Julien Salingue,
universitaire et membre de l'Observatoire des médias Acrimed, a
publié cet été de jolis petits montages surlignant des
déclarations de Jean-Luc Mélenchon paru dans Le Monde.
« Mélenchon se déclare républicain, précise
le chercheur, républicain ! C'est pas très très
démocratie autogestionnaire, avouez-le ! De plus j'ai remarqué
à plusieurs reprises qu'il se trouvait dans la même pièce -
l'Assemblée Nationale ndlr -que Dupont-Aignan.
Coïncidence ? Je ne crois pas !
« On l'a
jamais vu avec un T-shirt du Che ni même un badge de Lénine,
complète Cassiopée, sortie
quelques minutes du CN du NPA pour faire une pause clope, ça
aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. »
La sidération est de même ampleur du côté du Parti Communiste
Français. Albert Bouchignard, militant communiste depuis bientôt
trente-cinq ans, n'en revient toujours pas. « Au Parti, si
les copains le supportent pas, c'est avant tout parce qu'il a plus de
charisme que nos trois derniers secrétaires généraux réunis. On
était un peu jaloux c'est tout !». Mais là aussi, de
courageux lanceurs d'alertes ont fait leur devoir. Ian Brossat nous
fait une démonstration implacable. « Mélenchon dit que la
France a des frontières. Qui dit frontières dit pays. Qui dit pays
dit nationalisme. Qui dit nationalisme dit nazi, et ça, mon papy il
aurait pas supporté ! ».
| Ces enquêtes ont fait l'effet d'une bombe dans les milieux militants |
Du côté des principaux intéressés, l'heure semble être à la
prudence. Des militants de la France Insoumise, croisés lors de leur
pause sandwich après une distribution de tracts, n'ont pas voulu
commenter ces stupéfiantes découvertes. « Il est pas
marxiste-léniniste révolutionnaire internationaliste
autogestionnaire anti-autoritaire ? Non... sans déconner ? »
s'étonne l'un d'eux, entre deux bouchées dans son
pain-thon-mayonnaise. « Ah ben mince alors ! ricane
pudiquement un autre, et sa cravate rouge ? ça peut pas
compter ? »
Les états-majors des différents partis politiques de gauche se sont
réunis dans l'urgence pour décider de l'attitude à adopter. Nous
pouvons supposer que les listes communes aux élections européennes
qui ne devaient pas se faire, ne se feront finalement pas.
mercredi 8 août 2018
Le minoritaire optimiste
On a rencontré Gérard Filoche en juin
à l'occasion d'une projection commentée du film Le Jeune Marx
(on recommande). Un bonhomme qui s'est fait traiter de droitier
pendant vingt ans à Ligue Communiste Révolutionnaire puis de
gauchiste pendant vingt autres années au Parti Socialiste nous
paraît d'entrée fort sympathique.
Il
nous a filé un de ses bouquins, son autobiographie Le
social au cœur- mai 68 vivant.
Gérard nous y raconte sa vie militante depuis son adhésion au PCF
en 1963, son exclusion, sa participation à la fondation de la Ligue
Communiste, ses années à LCR jusqu'à son adhésion au Parti
Socialiste en 1994.
Pour qui connaît
le personnage, on apprécie sa gouaille, son optimisme militant
inébranlable et son expérience approfondie du droit du travail.
Mais ces atouts sont entachés par cette adhésion trop longue au PS
qui malheureusement bloque de nombreux militants de gauche. Lors de
la soirée mentionnée plus haut, des militants insoumis et PCF ont
boycotté l’événement parce que « Filoche c'est un
social-traitre et gnagnagna.... ». Militants qui parfois n'ont
pas mal au cul à partager des publications autrement plus craignos
venant de Chouard ou l'UPR, « parce que c'est important de
débattre et gnangnangnan...»
Ainsi, pour revenir
au livre, ce qui nous a plu, c'est justement son regard sur
l'extrême-gauche. Lui se veut pragmatique, travaillant pour des
« luttes de masses », un « front unique »,
une unité des syndicats de salariés. Autant dire que les aventures
du type service d'ordre buriné antifasciste ou les débats pour
savoir qui a la plus pure le fatigue rapidement. Ça nous parle.
"conservatisme d'organisation"
Voici quelques
bonnes feuilles qui entrent en échos avec la raison d'être de ce
blog. Ainsi le conservatisme d'organisation qui entravent énormément
de démarches unitaires :
« Il
existe, dans tout petit groupe, petit courant, petit parti, même
« révolutionnaire », un conservatisme d'organisation.
« On » a crée quelque chose, « on » a
souffert pour un sigle, des locaux, une image, pour rassembler des
militants qui se connaissent, s'entendent, « on »ne veut
naturellement pas sacrifier tout cela. Ce conservatisme est très
important à comprendre, car il existe encore plus dans le mouvement
ouvrier que dans les partis émanant de la classe dirigeante.
Pourquoi ? Parce que les travailleurs sont dominés justement,
donc ils s'arc-boutent, s'accrochent à « leurs »
institutions plus fortement encore que les bourgeois aux leurs. »[p
302-303]
Et en matière de
conservatisme, Filoche assiste au congrès de Lutte Ouvrière en
1987. « Je sortis de là, assommé. Estomaqué par la
discipline et le sérieux militant, stupéfait par le degré de
centralisme et, il faut bien le dire, de sectarisme de la direction
réelle... LO obtint plus de 5% des voix en 1995 et 1998, trente ans
après mai 68. Personne ne lit donc le programme réel de Lutte
Ouvrière en matière de démocratie, en matière de suffrage
universel, en matière de gestion de l'économie ? Puritanisme,
ascétisme excessif, sélection terrible des militants sur la base
des tâches effectuées, ouvriérisme prononcé, coupure profonde
avec les rythmes des mouvements sociaux, avec la vie syndicale ou
associative démocratique, propagandisme exacerbé... Nos camarades
de Lutte Ouvrière avaient eu un seul coup de génie : présenter
Arlette Laguiller - « Je suis une femme, une travailleuse, une
révolutionnaire » -, avec un slogan simple et clair, aux
élections présidentielles. Ils avaient aussi l'avantage, mais de
façon étroite et excessive d'avoir les yeux braqués sur les
« ouvriers ».[p413]
Mais à la LCR non
plus, ce n'est pas la fête du slip tous les jours. Filoche et
Krivine ne peuvent pas se blairer*. La majo mène la vie dure à la
tendance « unitaire » de Filoche. Celui-ci, auquel Henri
Weber avait dit : « Tu es irrésistiblement
minoritaire, on dirait que c'est une vocation structurelle chez toi »
[p.339], ce minoritaire donc, donne des conseils pour éviter des
conflits irrémédiables entre tendances lors du Ve congrès de la
LCR en 1981, et ça nous rappelle furieusement des situations bien
moins anciennes dans des milieux similaires :
« La
direction de la LCR était tellement fermée sur elle-même et
soucieuse de ne laisser aucune place à notre minorité qu'elle
refusa les sept petits amendements sur la situation française en
expliquant... qu'elle y était favorable, mais que, la minorité ne
les déposant que pour « se compter », elle les refusait
expressément. Dialogue de sourds. Chacun sait, technique de débat
oblige, qu'une majorité qui intègre des amendements supprime des
polémiques inutiles, surtout si elle se déclare en accord avec, et
qu'une majorité qui les refuse sans raison crée un climat interne
épouvantable en désignant du doigt les minoritaires, en les mettant
au ban de l'organisation, en les méprisant. » [p382]
"gauchisme juvénile"
Filoche – c'est sa version des faits – se lasse de ce gauchisme juvénile (c'est ça qu'on appelle un pléonasme?). Ainsi par exemple, la fameuse attaque du meeting d'Ordre Nouveau du 21 juin 1973 par la Ligue Communiste a contribué à la légende de cette organisation. Voir flics et fascistes défaits ''militairement'' n'est pas pour nous déplaire, certes. L’événement a attiré de nombreux nouveaux militants, séduits par cet aspect aventurier. La Ligue a été quelques temps la « star » des groupes d'extrême-gauche. Mais au delà de çà ? Quel bilan en terme de construction d'un parti tourné vers les masses ? Quel impact dans les débats de la société française ? Pas grand chose...
Filoche –
toujours selon lui – se lasse des blocages de la direction de la
LCR, de ses errements (un coup on drague LO, un coup on veut se
marier avec le PSU, on se présente aux élections puis on ne s'y
présente plus...) et c'est le drame : sa tendance part au PS.
Avant de partir, il écrira ce beau texte qui résonne favorablement
à nos oreilles d'anarcho-droitiers :
« Janvier
74... il a été question de détruire le mausolée de Lénine à
Moscou. Hélas, ce n'est pas encore fait, ils n'ont pas encore
osé.Quel dommage ! La notion même de mausolée, cet
embaumement artificiel transformant le révolutionnaire en icône,
était en soi un crime contre les idées de Lénine. Celui-ci
pressentait ce triste sort lorsqu'il racontait, à propos du destin
de Marx, qu'après leur mort on tente de convertir les chefs
révolutionnaires en momies inoffensives. Lénine était aussi
hostile au changement de nom des villes. Sa femme, Kroupskaïa,
protesta contre ''toutes les formes de révérence externe'',
cérémonies, baptêmes et monuments- et affirma dans La Pravda
que la seule façon d'honorer sa mémoire était de construire « des
crèches, des jardins d'enfants, des maisons, des écoles, des
bibliothèques, des centres médicaux, des hôpitaux, des hospices »
et de mettre ses principes en pratique. Dans Ma vie, Léon
Trotski parle de « mausolée indigne de la conscience
révolutionnaire et offensant pour elle » : « On
cessa de considérer Lénine comme un dirigeant révolutionnaire pour
ne plus voir en lui que le chef d'une hiérarchie
ecclésiastique » [p435-436].
Gérard Filoche a
beau avoir passé vingt ans au PS pour finalement se faire jeter de
manière assez dégueulasse, on ne peut pas lui reprocher d'avoir
renié ses idées pour une place, comme d'autres. Infatigablement, il
répétait ses discours d'une gauche optimiste et radicale au Bureau
National du PS, tandis que les autres membres jouaient à Candy
Crush. Il reste un anticapitaliste qu'il est bon de lire et écouter.
Filoche,
Gérard ; Le social au cœur- mai 68 vivant ;
L'Archipel, 2018
jeudi 19 juillet 2018
Il organise une crémaillère, son parti l'exclut.
Par Jean-Paul
On ne rigole pas
avec les luttes au Nouveau Parti Anticapitaliste. Florian, un de ses
militants depuis 2009, en a fait les frais la semaine dernière après
avoir organisé une crémaillère avec ses amis. Devant une telle
légèreté, le verdict est tombé, le NPA l'a aussitôt exclu de ses
rangs.
Il n'en revient toujours pas. Le jeune
trentenaire revoit encore cette réunion de juillet 2018 : « le
copain chargé des cotisations à demandé à voir ma carte
d’adhérent. Il l'a prise, l'a déchirée en petits morceaux, l'a
jetée par terre et a sauté dessus à pieds-joint en poussant des
petits cris hystériques. » La
raison de cette accès de fureur lui sera expliquée quelques
instants plus tard, en cause : sa pendaison de crémaillère,
deux jours plus tôt. « J'ai pris un studio en
centre-ville, reprend Florian,
et pour remercier les potes qui m'ont aidé à déménager, j'ai
acheté des bières et des chips. On a passé un peu de musique, on a
joué au Time's up et
au Loup Garou, c'était
sympa quoi ? »
Mais cela n'est pas
du goût de la section locale du NPA. Alerté par l’événement
Facebook publié par Florian, les militants sont unanimes : « Ce
type n'a plus rien à faire chez nous, s'indigne Cricri, perdre
son temps à gérer toute une intendance pour un motif aussi futile
pendant qu'on essaie d'organiser les luttes, c'est irresponsable ! ».
Une autre militante renchérit : « on a vu les
photos qu'il a publié sur les réseaux sociaux. Tandis qu'à Gaza
quatre enfants sont encore morts la semaine dernière dans les
bombardements, lui il s'affiche tout sourire, dans son T-shirt Homer
Simpson, avec une bière à la main, c'est indécent ! »
Philosophes, les
militants du NPA tirent des conclusions de cette douloureuse
expérience : « On pensait avoir été
clairs pendant la Coupe du Monde, mais y a toujours des petits malins
qui font de la provocation. Va falloir modifier nos statuts pour
mentionner clairement que nous n'autorisons pas tous ces
débordements : pas de sourires, pas de tenues trop flashy, pas
d'utilisation de smiley joie etc...
La lutte contre le
capitalisme est à ce prix-là.
vendredi 13 juillet 2018
Vérification expérimentale d'une étude en test d'observation scientifico-politique.
Laboratoire du courant
anarcho-droitier
lieu tenu secret
vendredi 8h14
Léandre et Gros Bébert pénètrent
dans une pièce blanche bardée d'appareils électroniques. En son
centre trône une cage en verre. A l'intérieur un homme somnole.
Jean-Paul, en blouse blanche et charlotte sur la tête, se tient dans
l'angle de la salle, compulsant des notes sur son portable.
Jean-Paul relevant la tête :
ah ! Salut Camarades ! Enfilez vos tenues et
rejoignez-moi ! Vous allez m'aider pour la phase 2 de
l'expérience.
Léandre : c'est quoi
l'expérience ?
Gros Bébert : c'est obligé
la charlotte ?
Léandre : c'était quoi la
phase 1 ?
Gros Bébert : sérieux,
c'est vraiment obligé la charlotte, j'suis chauve !
Jean-Paul : nous
travaillons ici, vous le savez, sur les moyens de communication
politique envers les masses. Quel est le meilleur message à
appliquer pour que la classe ouvrière rejoigne notre lutte
émancipatrice et écosocialiste ? J'ai testé sur le patient
que vous voyez ici divers discours qui me semblent les plus
objectivement clairs et fédérateurs. J'ai commencé par lui
expliquer, avec des mots simples, la baisse tendancielle du taux de
profil. Le patient semblait m'écouter car il hochait la tête
poliment, puis il s'est mis à pianoter sur son smartphone :
échec.
Gros Bébert : la blouse
blanche est pas à ma taille, c'est pas grave, j'vais garder mon
Harrington.
Jean-Paul : j'ai donc
poursuis sur un ton un peu plus sportif en lui expliquant le système
des tendances au NPA. Je me disais que cette saine compétition
démocratique émoustillerait son intérêt. Là encore, passé
trente secondes, il a ouvert L’Équipe :
échec.
Léandre :
on peut fumer ici ?
Jean-Paul :
non !
J'ai même essayer l'humour comme le préconisaient les fondateurs de
ce blog. Je lui ai fait une blague qui faisait fureur au dernier
congrès de Lutte Ouvrière. J'vais vous la dire, tenez-vous bien. Il
pouffe.
Monsieur et Madame Gakautsky ont un fils, comment s'appelle-t-il ?
Hein ? Hein ? Comment il s'appelle ?
Gros
Bébert :
Arlette ?
Léandre :
Kevin ?
Jean-Paul :
mais non ! Réné ! Parce que Réné Gakautsky ! Il
éclate de rire et se tape sur les cuisses.
Léandre et Gros
Bébert : …
Jean-Paul :
« le renégat Kautsky », la brochure de Lénine en 1918 !
Léandre
poliment :
aaaah !... et le patient n'a pas ri ?
Jean-Paul :
non, j'y comprend rien : échec !
Gros Bébert
ironique :
en effet c'est curieux !
Jean-Paul :
n'est-ce pas ? C'est pour ça qu'on passe à la phase 2 !
Camarades, le patient est à vous !
Les
deux compères se rapprochent de la cage en verre qu'ils tapotent
doucement. Le patient se réveillent et leur fait un sourire amical.
Léandre :
bon, mon p'tit père, on va pas y aller par quatre chemins, la
semaine prochaine y a une manif pour les cheminots et les services
publiques, tu dois en être...
Gros Bébert :
attend Léandre, regarde un peu ce qu'il porte ce bouffon, un maillot
de l'équipe de France de foot !!! Ah ça me dégoûte, un
supporter !
Léandre :
t'as pas honte d’arborer des symboles nationalistes ?
Le patient :
ben moi j'aime bien le foot …
Gros Bébert :
avec tout le pognon dépensé
dans le foot on pourrait abolir la faim dans le monde. Tu t'en fout
des enfants qui meurent ? Gros Beauf !
Léandre : putain mais
mec ! La coupe du Monde en Russie ! Ça cautionne une
dictature ! Poutine tue des journalistes, ça te choque pas ?!
T'as rien dans le crâne ou quoi ?
Le patient : c'est juste
l'occasion de passer un bon moment avec mes copains. Pour la finale,
j'ai prévu de me déguiser en Astérix et mon pote, lui, il sera en
…
Gros Bébert : et voilà,
ça pense qu'à faire la fête, picoler et manger du Nutella pendant
que Macron va supprimer la Sécu! Pays de merde ! Les français
sont des veaux !
Léandre : du pain et des
jeux ! C'est le pathétique cirque
médiatico-hystéro-nationalo-financier (sic). La bourgeoisie a tout
compris. Et vous, vous êtes tout juste bon à beugler comme des
décérébrés devant la tv et des millionnaires ahuris et des
pseudos matchs truqués organisés et commentés par des blaireaux
mi-racistes, mi-réacs tout juste bon à nettoyer mes chiottes (sic).
Gros Bébert soudain plus
amical : bon alors ? Tu viens à notre manif la semaine
prochaine ?
Le patient : euh... j'vais
y réfléchir. Faut que j'y aille ! Au revoir messieurs !
Il sort de la cage puis de la pièce.
Léandre :
on s'est pris un vent, non ?
Qu'est-ce qu'on a dit de mal ?
Jean-Paul :
vous voyez ? C'est
in-com-pré-hen-sible !
Gros Bébert :
j'comprend pas, tous nos arguments étaient justes ! C'est les
gens qui sont cons ?
Jean-Paul :
courage camarades ! Poursuivons les recherches, un jour
peut-être on trouvera...
mercredi 27 juin 2018
Un aller simple pour Pyramiden
Et ça recommence ! A chaque fois
c'est pareil ! Ils ne peuvent pas s'en empêcher ! Luky
Luke ne va pas sans les Dalton, Spirou sans Zorglub, Astérix sans
les romains, le foot ne va jamais sans les anti-foot.
Nous qui n'aimons ni le foot ni les
aristocrates, subissons la double peine, tabassé d'un côté par les
commentaires sportifs et de l'autre par les jérémiades des copains
militants pourfendeurs du
sport-opium-du-peuple-qui-ferait-mieux-d'aller-en-manif.
Oui sans doute, les coupes du monde
prennent une place disproportionnée dans l'actualité. Oui, y a trop
de pognon qui circulent en haut de l'échelle sportive. Oui, y a des
abrutis qui prennent un peu trop à cœur la compétition au point
d'aller tuer celui qui ne porte pas le même maillot.
Mais on préfère voir le verre à
moitié plein. C'est marrant et touchant à la fois de voir ces gens
s'enthousiasmer, trépigner, pleurer ou s'embrasser à propos des
exploits de leur équipe. C'est rigolo de voir ces individus déguisés
n'importe comment. C'est presque émouvant de remarquer que beaufs et
bobos ont alors une langue commune et se retrouvent dans les stades.
L'anti-foot nous interroge aussi.
Traiter les supporters de moutons,
d'abrutis, de décervelés, n'est-il pas paradoxal quand on prétend
militer pour le peuple. Ce peuple doit-il ressembler trait pour trait
aux militants anticapitalistes et s'épanouir uniquement sur des
textes de congrès de groupuscules révolutionnaires ? Ou bien
ce peuple a-t-il le droit de se rassembler, de s'émouvoir, de se
passionner pour des événements de son choix ? C'est ignorer
également que le foot n'est pas monolithique et a une
histoire populaire et politique d'une grande richesse. D'autres
militants, moins arrogants, se
sont penchés sur cette question.
Pourquoi militer si on méprise le
peuple ?
Oui pourquoi aucune tolérance au
grotesque jovial et inoffensif du foot ? Si tel est le cas, nous
vous proposons d'arrêter d'essayer de rendre le monde meilleur pour
des gens vulgaires qui boivent de la bière en gueulant devant des
matchs. Regroupez-vous et partez sur une île construire votre cité
idéale où les ballons seront proscris. Pas une île tropicale, la
mer chaude et et le sable fin risquerait de détourner certains de
leur sacerdoce. Nous avons pensé pour vous à l'île de Spitzberg en
arctique, dont la ville fantôme de Pyramiden
accueillera vos aigreurs révolutionnaires. Un buste de Lénine
est déjà sur place. C'est le site idéal pour ne pas se mélanger
avec des gens qui n'ont pas les mêmes goûts qu'un fier et noble
curé rouge.
![]() | |
| agadez comme c'est joli Pyramiden ! |
dimanche 13 mai 2018
Va ranger ta chambre p'tit con !
Et c'est valable pour toi aussi
branleuse !
Les facs sont évacuées par les flics
les unes après les autres. La phase suivante, pour les présidents
d'université est de montrer aux médias dans quel état déplorable
les étudiants et les étudiantes ont laissé les lieux afin de
décrédibiliser leur lutte. En découvrant le souk que ça peut être
à Tolbiac ou au Mirail, on peut dire que la manœuvre leur est
souvent facilité.
Alors oui, les dégâts chiffrés sont
très certainement exagérés par les présidences soucieuses de se
poser en victime ; alors oui, les CRS ont certainement pas mis
les patins avant d'entrer dans les amphis ; alors oui le départ
précipité des étudiants ne leur a pas permis de terminer le
ménage ; mais quand même... c'est-quoi-ce-putain-de-boxon dans
les facs ?
On ne voit jamais d'usine occupée
transformée en déchetterie par leurs propres ouvriers en lutte,
peut-être parce que ceux-ci ont terminé leur crise d'adolescence.
Pour leur défense, les étudiants expliquent qu'ils ont « bien redécorés les murs de peintures de textes et d'illustrations »...
Alors, les grugrus regardez bien les images ci-dessous : à
gauche voici un mur redécoré, et ça a de la gueule en effet ;
à droite voici un mur salopé. Prenez tout le temps qu'il vous
faudra pour bien saisir les nuances.
Pourquoi donc donner des arguments au
camp d'en face ? On sait pertinemment que la moindre canette
abandonnée, le moindre graffiti sera exploité pour dévaloriser la
lutte des étudiants et occulter leurs revendications au profit d'une
condamnation larmoyante des « dégradations ». Qu'est-ce
que c'est que cette définition d'une fac ouverte où on peut chier
sur les murs ? Où des branleurs qui vivent chez papa-maman
trouvent enfin un lieu pour s'arsouiller la gueule ?
Ça parle charge mentale et
déconstruction des genres et c'est pas foutu de passer la
serpillière ? On nous rétorquera que c'est la liberté de
chacun, que le désordre c'est la vie, qu'on est pas dans une
caserne, etc... bullshit ! Le problème est similaire aux blacks
blocs. Ceux-ci s'incrustent dans une manif pour imposer leurs
méthodes de lutte et en excluent de fait ceux qui ne veulent pas les
assumer, notamment les familles. Quelques phacochères s'incrustent
dans les facs, imposent leurs mode de vie et en excluent les
étudiants et étudiantes qui n'ont pas envie de vivre dans la crasse
et avoir à gérer des poivrots. Alors qu'il serait aussi simple pour
les premiers d'aller péter des vitrines à l'opposé des manifs, et
pour les seconds d'aller squatter un entrepôt ou des bureaux vides.
Quels sont nos conseils ?
Il se trouve que l'auteur de ces lignes
a participé jadis à l'occupation d'une fac de province, lors de la
glorieuse lutte contre le CPE en 2006. Après une semaine de picoles,
de dégradations et de vols, l'assemblée générale étudiante vota
l'interdiction pure et simple de toute consommation d'alcools et de
drogues à l’intérieur de l'université. Même la loi Evin sur le
tabac devait être respectée, on fumait à l’extérieur des
bâtiments. Punks à chiens, clodos et personnes instables
psychologiquement n'étaient pas acceptés. Certains ont chouiné que
la fac devait être ouverte à tous et que c'est plus sympa de
discuter avec une bière et un p'tit pétard. Si le règlement les
démotivait, c'est que ce n'était pas les militants les plus
intéressants (et les plus motivés).
Eh ben vous savez quoi ? On ne
passait pas pour des guignols même auprès de nos adversaires, et la
fac fut une de celles occupées le plus longtemps (six semaines
d'affilé). Ne pas avoir de gens bourrés à gérer tous les soirs,
c'est vachement reposant et ça laisse du temps pour faire du ménage.
Et le ménage aide à l'introspection, essayez vous verrez. Une heure
de ménage vous procurera une dose d'endorphine similaire à une
activité sportive, vous offrant une sensation de bien-être voir
même d'euphorie. Ceci vous mettra dans d'excellentes conditions pour
élaborer plans de mobilisations, discours et argumentaires en faveur
de vos luttes.
Ainsi une fac occupée et ouverte n'est
pas nécessairement synonyme de vie bordélique. Un étudiant choqué
par les dégradations n'est pas nécessairement un affreux
réactionnaire. Aussi, on prend soin de son lieu de travail et on
l'entretien durant tout le temps où on en a la responsabilité,
c'est à dire durant les occupations. Il n'est pas interdit bien sûr
de faire la fête et de se déchirer la tête si on en a envie, mais
dans ce cas, on rentre chez soi pour le faire, et on revient une fois
qu'on a décuité et qu'on a pris une douche. Chacun doit se sentir à
l'aise et se reconnaître dans la mobilisation. L'objectif, en manif
comme en occupation, n'est-il pas de rassembler le plus de monde
possible et de ne pas offrir de failles à nos adversaires ?
Ainsi se gagne la bataille de l'opinion.
Alors au boulot et n'oubliez pas les
chiottes.
samedi 5 mai 2018
Le système capitaliste profondément ébranlé après la destruction de la vitrine du McDo de Paris Austerlitz.
Vent de panique dans les milieux
d'affaires du monde entier. La redoutable attaque des Blacks Blocks
contre l'un des symboles de l'exploitation capitaliste et de la
mal-bouffe a fait l'effet d'une bombe thermonucléaire. Bourgeoisies
et gouvernements semblent tétanisés par cette vague
révolutionnaire.
Le Palais de l’Élysée a des allures
de Versailles au lendemain de la fuite de Varennes. Le président
Macron a en effet préféré mettre le plus de distance possible
entre lui et les forces rebelles, telle est la seule explication
plausible à sa présence en Australie. « Si ça suffit pas,
il nous reste notre base en Terre Adélie » nous confiait
en ricanant nerveusement une source anonyme.
Même inquiétude parmi le grand
patronat. M B..... chef d'entreprise et membre du Medef tentait
d'oublier dans l'alcool l'écroulement de son monde. « Un
concessionnaire Renault attaqué, vous imaginez ?! »
s'indignait-il en descendant une nouvelle coupe de champagne. « Ça
commence comme ça et ça finit avec les chars vénézuéliens qui
remontent les Champs Élysées, bou là là j'ai peur !»
Comment les Blacks Blocks vivent-ils
leur vie de combattants de la Liberté ? Nous avons retrouvé deux
de ces valeureux guérilleros des temps modernes en train de
reprendre des forces attablés dans un KFC. Léandre et Gros Bébert
faisaient partie de la première vague d'assaut, celle qui neutralisa
un guichet automatique boulevard Saint-Marcel.
« Faut faire vachement gaffe
au début – nous explique Gros Bébert – comme la vitre
est encore solide, les pavés risquent de rebondir dessus et on peut
se les prendre dans la gueule, plus d'un bleu-bite s'est fait avoir
comme ça, c'est chaud ! »
« Faut pas partir non plus la
fleur au fusil – conseille Léandre- la guérilla urbaine ça
demande une préparation physique et un minimum d'équipement.
Combien de camarades ont dû abandonner le champs de bataille parce
qu'ils avaient oublié leur ventoline ! »
L'un comme l'autre récuse tout effet
de mode.
« Ça fait très longtemps que
je suis engagé dans les luttes radicales, nous raconte Léandre.
Déjà au lycée je gravais sur les tables des A cerclés et des
gros zizis. Je m'étais d'ailleurs fait coller par Madame Chombier,
la CPE. J'avais dû décoller tous les chewing-gums sous les chaises.
C'est là que j'ai pris conscience de la violence de la répression
des institutions bourgeoises. Plus tard j'ai longuement étudié la
fiche Wikipédia sur la Guerre Populaire Permanente de Mao, j'ai
politisé ma colère... »
« Moi j'ai commencé à me
battre dans les tribunes entre supporters de foot, se
souvient pour sa part Gros Bébert. Cette adrénaline
qu'est-ce que c'était bon ! Et puis, allez savoir, j'ai dû
vieillir. Finalement les coups de tonfa, maniés par des
professionnels, ça fait mal mais c'est moins dangereux qu'une barre
de fer ou un tesson de bouteille manié par un type bourré. »
Tous deux réfutent
également l'idée de parasiter les mouvements sociaux.
« On est
sur deux stratégies différentes, il faut se garder de tout
jugement de valeur. Les syndicats c'est juste des gros mous qui
cassent les luttes explique Léandre mais nous on est
solidaires des autres... là... les routiers. On voulait pas masquer
leurs revendications, on voulait juste que les médias parlent de
nous en priorité »
Ces récits sont captivants mais seront
bientôt de l'histoire ancienne. Encore quelques abris-bus à
détruire et le modèle de domination capitaliste sera
irrémédiablement mis à terre.
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