lundi 8 octobre 2018

Pierre Laurent tournera dans le prochain clip de Benjamin Biolay.

par Albert Bouchignard*

Actualité chargée pour le premier secrétaire du Parti Communiste Français. Après être entré dans l'histoire comme le premier dirigeant du PCF à être mis en minorité dans les textes de congrès, Pierre Laurent se dirige-t-il vers une nouvelle carrière dans le spectacle ? A l'instar d'Olivier Besancenot apparaissant aux côtés des rappeurs Joey Starr ou plus récemment Ous-D-Ous, Pierre Laurent serait attendu en featuring dans le prochain clip du chanteur mélancolique Benjamin Biolay d'ici la Toussaint.


« J'ai vraiment découvert Pierre lors d'une interview sur France Inter » nous explique Benjamin Biolay. « Il se faisait engueuler par les journalistes parce que personne comprenait ce qu'il voulait dire, ça m'a touché. J'aime ces personnages abandonnés et spleenétiques. J'avais auparavant soutenu François Hollande et Benoît Hamon, c'est donc une suite logique dans ma recherche esthétique » Le chanteur poursuit : « Pierre est quelqu'un de très accessible. J'ai téléphoné un dimanche après-midi place du Colonel Fabien, c'est lui qui répond au standard. On a tout de suite sympathisé ».

L'intéressé n'a pas démenti ce projet. Rencontré sur une aire de repos de l'A71 au retour d'une visite au musée Soulages de Rodez, Pierre Laurent nous parle de son nouvel engouement pour la pop-culture, tandis qu'il mange seul à la cafeteria. « Je pense qu'il faut saisir toutes les opportunités et je ne m'interdit aucun relais pour envoyer un message fort. Je veux laisser les portes ouvertes à la discussion pour rassembler au-delà des simples additions d'appareils en respectant l'identité propre de chacun...c'est embêtant ça, j'avais demandé un café allongé à la dame et elle m'a servi un thé citron, c'est toujours pareil, on m'écoute pas ! »

Le courant anarcho-droitier exprime tous ses vœux de réussite à cette nouvelle icône de la chanson française.


* militant communiste depuis bientôt trente-cinq ans

dimanche 30 septembre 2018

Révélation exclusive : Jean-Luc Mélenchon ne serait pas un révolutionnaire marxiste-léniniste internationaliste !

par Patrick

Coup de tonnerre dans les milieux d'extrême-gauche français. Plusieurs enquêtes indépendantes sur les prises de positions politiques du leader de la France Insoumise conduisent à la même conclusion : Jean-Luc Mélenchon ne serait pas un authentique révolutionnaire.

« Nous, ça fait neuf ans qu'on le critique, mais c'est surtout parce qu'il nous a piqué la moitié de nos adhérents et tous nos électeurs... » confit Cricri, militant du Nouveau Parti Anticapitaliste. « Si on avait su que c'était vrai... ». Heureusement, le NPA peut compter sur des enquêteurs rigoureux. Julien Salingue, universitaire et membre de l'Observatoire des médias Acrimed, a publié cet été de jolis petits montages surlignant des déclarations de Jean-Luc Mélenchon paru dans Le Monde. « Mélenchon se déclare républicain, précise le chercheur, républicain ! C'est pas très très démocratie autogestionnaire, avouez-le ! De plus j'ai remarqué à plusieurs reprises qu'il se trouvait dans la même pièce - l'Assemblée Nationale ndlr -que Dupont-Aignan. Coïncidence ? Je ne crois pas !

« On l'a jamais vu avec un T-shirt du Che ni même un badge de Lénine, complète Cassiopée, sortie quelques minutes du CN du NPA pour faire une pause clope, ça aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. »

La sidération est de même ampleur du côté du Parti Communiste Français. Albert Bouchignard, militant communiste depuis bientôt trente-cinq ans, n'en revient toujours pas. «  Au Parti, si les copains le supportent pas, c'est avant tout parce qu'il a plus de charisme que nos trois derniers secrétaires généraux réunis. On était un peu jaloux c'est tout !». Mais là aussi, de courageux lanceurs d'alertes ont fait leur devoir. Ian Brossat nous fait une démonstration implacable. « Mélenchon dit que la France a des frontières. Qui dit frontières dit pays. Qui dit pays dit nationalisme. Qui dit nationalisme dit nazi, et ça, mon papy il aurait pas supporté ! ».

Ces enquêtes ont fait l'effet d'une bombe dans les milieux militants


Du côté des principaux intéressés, l'heure semble être à la prudence. Des militants de la France Insoumise, croisés lors de leur pause sandwich après une distribution de tracts, n'ont pas voulu commenter ces stupéfiantes découvertes. « Il est pas marxiste-léniniste révolutionnaire internationaliste autogestionnaire anti-autoritaire ? Non... sans déconner ? » s'étonne l'un d'eux, entre deux bouchées dans son pain-thon-mayonnaise. « Ah ben mince alors ! ricane pudiquement un autre, et sa cravate rouge ? ça peut pas compter ? »

Les états-majors des différents partis politiques de gauche se sont réunis dans l'urgence pour décider de l'attitude à adopter. Nous pouvons supposer que les listes communes aux élections européennes qui ne devaient pas se faire, ne se feront finalement pas.

mercredi 8 août 2018

Le minoritaire optimiste

On a rencontré Gérard Filoche en juin à l'occasion d'une projection commentée du film Le Jeune Marx (on recommande). Un bonhomme qui s'est fait traiter de droitier pendant vingt ans à Ligue Communiste Révolutionnaire puis de gauchiste pendant vingt autres années au Parti Socialiste nous paraît d'entrée fort sympathique.

Il nous a filé un de ses bouquins, son autobiographie Le social au cœur- mai 68 vivant. Gérard nous y raconte sa vie militante depuis son adhésion au PCF en 1963, son exclusion, sa participation à la fondation de la Ligue Communiste, ses années à LCR jusqu'à son adhésion au Parti Socialiste en 1994.

Pour qui connaît le personnage, on apprécie sa gouaille, son optimisme militant inébranlable et son expérience approfondie du droit du travail. Mais ces atouts sont entachés par cette adhésion trop longue au PS qui malheureusement bloque de nombreux militants de gauche. Lors de la soirée mentionnée plus haut, des militants insoumis et PCF ont boycotté l’événement parce que « Filoche c'est un social-traitre et gnagnagna.... ». Militants qui parfois n'ont pas mal au cul à partager des publications autrement plus craignos venant de Chouard ou l'UPR, « parce que c'est important de débattre et gnangnangnan...»

Ainsi, pour revenir au livre, ce qui nous a plu, c'est justement son regard sur l'extrême-gauche. Lui se veut pragmatique, travaillant pour des « luttes de masses », un « front unique », une unité des syndicats de salariés. Autant dire que les aventures du type service d'ordre buriné antifasciste ou les débats pour savoir qui a la plus pure le fatigue rapidement. Ça nous parle.

"conservatisme d'organisation" 

Voici quelques bonnes feuilles qui entrent en échos avec la raison d'être de ce blog. Ainsi le conservatisme d'organisation qui entravent énormément de démarches unitaires :

« Il existe, dans tout petit groupe, petit courant, petit parti, même « révolutionnaire », un conservatisme d'organisation. « On » a crée quelque chose, « on » a souffert pour un sigle, des locaux, une image, pour rassembler des militants qui se connaissent, s'entendent, « on »ne veut naturellement pas sacrifier tout cela. Ce conservatisme est très important à comprendre, car il existe encore plus dans le mouvement ouvrier que dans les partis émanant de la classe dirigeante. Pourquoi ? Parce que les travailleurs sont dominés justement, donc ils s'arc-boutent, s'accrochent à « leurs » institutions plus fortement encore que les bourgeois aux leurs. »[p 302-303]

Et en matière de conservatisme, Filoche assiste au congrès de Lutte Ouvrière en 1987. « Je sortis de là, assommé. Estomaqué par la discipline et le sérieux militant, stupéfait par le degré de centralisme et, il faut bien le dire, de sectarisme de la direction réelle... LO obtint plus de 5% des voix en 1995 et 1998, trente ans après mai 68. Personne ne lit donc le programme réel de Lutte Ouvrière en matière de démocratie, en matière de suffrage universel, en matière de gestion de l'économie ? Puritanisme, ascétisme excessif, sélection terrible des militants sur la base des tâches effectuées, ouvriérisme prononcé, coupure profonde avec les rythmes des mouvements sociaux, avec la vie syndicale ou associative démocratique, propagandisme exacerbé... Nos camarades de Lutte Ouvrière avaient eu un seul coup de génie : présenter Arlette Laguiller - « Je suis une femme, une travailleuse, une révolutionnaire » -, avec un slogan simple et clair, aux élections présidentielles. Ils avaient aussi l'avantage, mais de façon étroite et excessive d'avoir les yeux braqués sur les « ouvriers ».[p413]

Mais à la LCR non plus, ce n'est pas la fête du slip tous les jours. Filoche et Krivine ne peuvent pas se blairer*. La majo mène la vie dure à la tendance « unitaire » de Filoche. Celui-ci, auquel Henri Weber avait dit : « Tu es irrésistiblement minoritaire, on dirait que c'est une vocation structurelle chez toi » [p.339], ce minoritaire donc, donne des conseils pour éviter des conflits irrémédiables entre tendances lors du Ve congrès de la LCR en 1981, et ça nous rappelle furieusement des situations bien moins anciennes dans des milieux similaires :

« La direction de la LCR était tellement fermée sur elle-même et soucieuse de ne laisser aucune place à notre minorité qu'elle refusa les sept petits amendements sur la situation française en expliquant... qu'elle y était favorable, mais que, la minorité ne les déposant que pour « se compter », elle les refusait expressément. Dialogue de sourds. Chacun sait, technique de débat oblige, qu'une majorité qui intègre des amendements supprime des polémiques inutiles, surtout si elle se déclare en accord avec, et qu'une majorité qui les refuse sans raison crée un climat interne épouvantable en désignant du doigt les minoritaires, en les mettant au ban de l'organisation, en les méprisant. » [p382]

"gauchisme juvénile"

Filoche – c'est sa version des faits – se lasse de ce gauchisme juvénile (c'est ça qu'on appelle un pléonasme?). Ainsi par exemple, la fameuse attaque du meeting d'Ordre Nouveau du 21 juin 1973 par la Ligue Communiste a contribué à la légende de cette organisation. Voir flics et fascistes défaits ''militairement'' n'est pas pour nous déplaire, certes. L’événement a attiré de nombreux nouveaux militants, séduits par cet aspect aventurier. La Ligue a été quelques temps la « star » des groupes d'extrême-gauche. Mais au delà de çà ? Quel bilan en terme de construction d'un parti tourné vers les masses ? Quel impact dans les débats de la société française ? Pas grand chose...

Filoche – toujours selon lui – se lasse des blocages de la direction de la LCR, de ses errements (un coup on drague LO, un coup on veut se marier avec le PSU, on se présente aux élections puis on ne s'y présente plus...) et c'est le drame : sa tendance part au PS. Avant de partir, il écrira ce beau texte qui résonne favorablement à nos oreilles d'anarcho-droitiers :

« Janvier 74... il a été question de détruire le mausolée de Lénine à Moscou. Hélas, ce n'est pas encore fait, ils n'ont pas encore osé.Quel dommage ! La notion même de mausolée, cet embaumement artificiel transformant le révolutionnaire en icône, était en soi un crime contre les idées de Lénine. Celui-ci pressentait ce triste sort lorsqu'il racontait, à propos du destin de Marx, qu'après leur mort on tente de convertir les chefs révolutionnaires en momies inoffensives. Lénine était aussi hostile au changement de nom des villes. Sa femme, Kroupskaïa, protesta contre ''toutes les formes de révérence externe'', cérémonies, baptêmes et monuments- et affirma dans La Pravda que la seule façon d'honorer sa mémoire était de construire « des crèches, des jardins d'enfants, des maisons, des écoles, des bibliothèques, des centres médicaux, des hôpitaux, des hospices » et de mettre ses principes en pratique. Dans Ma vie, Léon Trotski parle de « mausolée indigne de la conscience révolutionnaire et offensant pour elle » : « On cessa de considérer Lénine comme un dirigeant révolutionnaire pour ne plus voir en lui que le chef d'une hiérarchie ecclésiastique » [p435-436].

Gérard Filoche a beau avoir passé vingt ans au PS pour finalement se faire jeter de manière assez dégueulasse, on ne peut pas lui reprocher d'avoir renié ses idées pour une place, comme d'autres. Infatigablement, il répétait ses discours d'une gauche optimiste et radicale au Bureau National du PS, tandis que les autres membres jouaient à Candy Crush. Il reste un anticapitaliste qu'il est bon de lire et écouter.


*Dans sa propre biographie, Ça te passera avec l'âge, Krivine n'évoque Filoche qu'une fois, en un paragraphe lapidaire : « Malgré ses qualités, Gérard Filoche a, par fractionnisme exacerbé, détérioré les débats partout où il est passé. Nos rapports personnels étaient très mauvais... »
 
Filoche, Gérard ; Le social au cœur- mai 68 vivant ; L'Archipel, 2018

jeudi 19 juillet 2018

Il organise une crémaillère, son parti l'exclut.

Par Jean-Paul

On ne rigole pas avec les luttes au Nouveau Parti Anticapitaliste. Florian, un de ses militants depuis 2009, en a fait les frais la semaine dernière après avoir organisé une crémaillère avec ses amis. Devant une telle légèreté, le verdict est tombé, le NPA l'a aussitôt exclu de ses rangs.


Il n'en revient toujours pas. Le jeune trentenaire revoit encore cette réunion de juillet 2018 : « le copain chargé des cotisations à demandé à voir ma carte d’adhérent. Il l'a prise, l'a déchirée en petits morceaux, l'a jetée par terre et a sauté dessus à pieds-joint en poussant des petits cris hystériques. » La raison de cette accès de fureur lui sera expliquée quelques instants plus tard, en cause : sa pendaison de crémaillère, deux jours plus tôt. « J'ai pris un studio en centre-ville, reprend Florian, et pour remercier les potes qui m'ont aidé à déménager, j'ai acheté des bières et des chips. On a passé un peu de musique, on a joué au Time's up et au Loup Garou, c'était sympa quoi ? »

Mais cela n'est pas du goût de la section locale du NPA. Alerté par l’événement Facebook publié par Florian, les militants sont unanimes : « Ce type n'a plus rien à faire chez nous, s'indigne Cricri, perdre son temps à gérer toute une intendance pour un motif aussi futile pendant qu'on essaie d'organiser les luttes, c'est irresponsable ! ». Une autre militante renchérit :  « on a vu les photos qu'il a publié sur les réseaux sociaux. Tandis qu'à Gaza quatre enfants sont encore morts la semaine dernière dans les bombardements, lui il s'affiche tout sourire, dans son T-shirt Homer Simpson, avec une bière à la main, c'est indécent ! »

Philosophes, les militants du NPA tirent des conclusions de cette douloureuse expérience :  « On pensait avoir été clairs pendant la Coupe du Monde, mais y a toujours des petits malins qui font de la provocation. Va falloir modifier nos statuts pour mentionner clairement que nous n'autorisons pas tous ces débordements : pas de sourires, pas de tenues trop flashy, pas d'utilisation de smiley joie etc...

La lutte contre le capitalisme est à ce prix-là.

vendredi 13 juillet 2018

Vérification expérimentale d'une étude en test d'observation scientifico-politique.

Laboratoire du courant anarcho-droitier

lieu tenu secret

vendredi 8h14

Léandre et Gros Bébert pénètrent dans une pièce blanche bardée d'appareils électroniques. En son centre trône une cage en verre. A l'intérieur un homme somnole. Jean-Paul, en blouse blanche et charlotte sur la tête, se tient dans l'angle de la salle, compulsant des notes sur son portable. 



Jean-Paul relevant la tête : ah ! Salut Camarades ! Enfilez vos tenues et rejoignez-moi ! Vous allez m'aider pour la phase 2 de l'expérience.

Léandre : c'est quoi l'expérience ?

Gros Bébert : c'est obligé la charlotte ?

Léandre : c'était quoi la phase 1 ?

Gros Bébert : sérieux, c'est vraiment obligé la charlotte, j'suis chauve !

Jean-Paul : nous travaillons ici, vous le savez, sur les moyens de communication politique envers les masses. Quel est le meilleur message à appliquer pour que la classe ouvrière rejoigne notre lutte émancipatrice et écosocialiste ? J'ai testé sur le patient que vous voyez ici divers discours qui me semblent les plus objectivement clairs et fédérateurs. J'ai commencé par lui expliquer, avec des mots simples, la baisse tendancielle du taux de profil. Le patient semblait m'écouter car il hochait la tête poliment, puis il s'est mis à pianoter sur son smartphone : échec.

Gros Bébert : la blouse blanche est pas à ma taille, c'est pas grave, j'vais garder mon Harrington.

Jean-Paul : j'ai donc poursuis sur un ton un peu plus sportif en lui expliquant le système des tendances au NPA. Je me disais que cette saine compétition démocratique émoustillerait son intérêt. Là encore, passé trente secondes, il a ouvert L’Équipe : échec.

Léandre : on peut fumer ici ?

Jean-Paul : non ! J'ai même essayer l'humour comme le préconisaient les fondateurs de ce blog. Je lui ai fait une blague qui faisait fureur au dernier congrès de Lutte Ouvrière. J'vais vous la dire, tenez-vous bien. Il pouffe. Monsieur et Madame Gakautsky ont un fils, comment s'appelle-t-il ? Hein ? Hein ? Comment il s'appelle ?

Gros Bébert : Arlette ?

Léandre : Kevin ?

Jean-Paul : mais non ! Réné ! Parce que Réné Gakautsky ! Il éclate de rire et se tape sur les cuisses.

Léandre et Gros Bébert : …

Jean-Paul : « le renégat Kautsky », la brochure de Lénine en 1918 !

Léandre poliment : aaaah !... et le patient n'a pas ri ?

Jean-Paul : non, j'y comprend rien : échec !

Gros Bébert ironique : en effet c'est curieux !

Jean-Paul : n'est-ce pas ? C'est pour ça qu'on passe à la phase 2 ! Camarades, le patient est à vous !

Les deux compères se rapprochent de la cage en verre qu'ils tapotent doucement. Le patient se réveillent et leur fait un sourire amical.

Léandre : bon, mon p'tit père, on va pas y aller par quatre chemins, la semaine prochaine y a une manif pour les cheminots et les services publiques, tu dois en être...

Gros Bébert : attend Léandre, regarde un peu ce qu'il porte ce bouffon, un maillot de l'équipe de France de foot !!! Ah ça me dégoûte, un supporter !

Léandre : t'as pas honte d’arborer des symboles nationalistes ?

Le patient : ben moi j'aime bien le foot …

Gros Bébert : avec tout le pognon dépensé dans le foot on pourrait abolir la faim dans le monde. Tu t'en fout des enfants qui meurent ? Gros Beauf !

Léandre : putain mais mec ! La coupe du Monde en Russie ! Ça cautionne une dictature ! Poutine tue des journalistes, ça te choque pas ?! T'as rien dans le crâne ou quoi ?

Le patient : c'est juste l'occasion de passer un bon moment avec mes copains. Pour la finale, j'ai prévu de me déguiser en Astérix et mon pote, lui, il sera en …

Gros Bébert : et voilà, ça pense qu'à faire la fête, picoler et manger du Nutella pendant que Macron va supprimer la Sécu! Pays de merde ! Les français sont des veaux !

Léandre : du pain et des jeux ! C'est le pathétique cirque médiatico-hystéro-nationalo-financier (sic). La bourgeoisie a tout compris. Et vous, vous êtes tout juste bon à beugler comme des décérébrés devant la tv et des millionnaires ahuris et des pseudos matchs truqués organisés et commentés par des blaireaux mi-racistes, mi-réacs tout juste bon à nettoyer mes chiottes (sic).

Gros Bébert soudain plus amical : bon alors ? Tu viens à notre manif la semaine prochaine ?

Le patient : euh... j'vais y réfléchir. Faut que j'y aille ! Au revoir messieurs !

Il sort de la cage puis de la pièce.

Léandre : on s'est pris un vent, non ? Qu'est-ce qu'on a dit de mal ?

Jean-Paul : vous voyez ? C'est in-com-pré-hen-sible !

Gros Bébert : j'comprend pas, tous nos arguments étaient justes ! C'est les gens qui sont cons ?

Jean-Paul : courage camarades ! Poursuivons les recherches, un jour peut-être on trouvera...


mercredi 27 juin 2018

Un aller simple pour Pyramiden

Et ça recommence ! A chaque fois c'est pareil ! Ils ne peuvent pas s'en empêcher ! Luky Luke ne va pas sans les Dalton, Spirou sans Zorglub, Astérix sans les romains, le foot ne va jamais sans les anti-foot.

Nous qui n'aimons ni le foot ni les aristocrates, subissons la double peine, tabassé d'un côté par les commentaires sportifs et de l'autre par les jérémiades des copains militants pourfendeurs du sport-opium-du-peuple-qui-ferait-mieux-d'aller-en-manif.

Oui sans doute, les coupes du monde prennent une place disproportionnée dans l'actualité. Oui, y a trop de pognon qui circulent en haut de l'échelle sportive. Oui, y a des abrutis qui prennent un peu trop à cœur la compétition au point d'aller tuer celui qui ne porte pas le même maillot.

Mais on préfère voir le verre à moitié plein. C'est marrant et touchant à la fois de voir ces gens s'enthousiasmer, trépigner, pleurer ou s'embrasser à propos des exploits de leur équipe. C'est rigolo de voir ces individus déguisés n'importe comment. C'est presque émouvant de remarquer que beaufs et bobos ont alors une langue commune et se retrouvent dans les stades.

L'anti-foot nous interroge aussi.

Traiter les supporters de moutons, d'abrutis, de décervelés, n'est-il pas paradoxal quand on prétend militer pour le peuple. Ce peuple doit-il ressembler trait pour trait aux militants anticapitalistes et s'épanouir uniquement sur des textes de congrès de groupuscules révolutionnaires ? Ou bien ce peuple a-t-il le droit de se rassembler, de s'émouvoir, de se passionner pour des événements de son choix ? C'est ignorer également que le foot n'est pas monolithique et a une histoire populaire et politique d'une grande richesse. D'autres militants, moins arrogants, se sont penchés sur cette question.



Pourquoi militer si on méprise le peuple ?

Oui pourquoi aucune tolérance au grotesque jovial et inoffensif du foot ? Si tel est le cas, nous vous proposons d'arrêter d'essayer de rendre le monde meilleur pour des gens vulgaires qui boivent de la bière en gueulant devant des matchs. Regroupez-vous et partez sur une île construire votre cité idéale où les ballons seront proscris. Pas une île tropicale, la mer chaude et et le sable fin risquerait de détourner certains de leur sacerdoce. Nous avons pensé pour vous à l'île de Spitzberg en arctique, dont la ville fantôme de Pyramiden accueillera vos aigreurs révolutionnaires. Un buste de Lénine est déjà sur place. C'est le site idéal pour ne pas se mélanger avec des gens qui n'ont pas les mêmes goûts qu'un fier et noble curé rouge.

agadez comme c'est joli Pyramiden !


Pour notre part, même si un coup-franc ou un hors-jeu ressemblent à des mystères ésotériques, on tentera de se taper l'incruste dans un bar ou chez des copains, pour l'ambiance, l'alcool et les blagues graveleuses sur les adversaires. On va se marrer et ce sera toujours ça de pris.

dimanche 13 mai 2018

Va ranger ta chambre p'tit con !

Et c'est valable pour toi aussi branleuse !

Les facs sont évacuées par les flics les unes après les autres. La phase suivante, pour les présidents d'université est de montrer aux médias dans quel état déplorable les étudiants et les étudiantes ont laissé les lieux afin de décrédibiliser leur lutte. En découvrant le souk que ça peut être à Tolbiac ou au Mirail, on peut dire que la manœuvre leur est souvent facilité.

Alors oui, les dégâts chiffrés sont très certainement exagérés par les présidences soucieuses de se poser en victime ; alors oui, les CRS ont certainement pas mis les patins avant d'entrer dans les amphis ; alors oui le départ précipité des étudiants ne leur a pas permis de terminer le ménage ; mais quand même... c'est-quoi-ce-putain-de-boxon dans les facs ?

On ne voit jamais d'usine occupée transformée en déchetterie par leurs propres ouvriers en lutte, peut-être parce que ceux-ci ont terminé leur crise d'adolescence. Pour leur défense, les étudiants expliquent qu'ils ont « bien redécorés les murs de peintures de textes et d'illustrations »... Alors, les grugrus regardez bien les images ci-dessous : à gauche voici un mur redécoré, et ça a de la gueule en effet ; à droite voici un mur salopé. Prenez tout le temps qu'il vous faudra pour bien saisir les nuances. 


Pourquoi donc donner des arguments au camp d'en face ? On sait pertinemment que la moindre canette abandonnée, le moindre graffiti sera exploité pour dévaloriser la lutte des étudiants et occulter leurs revendications au profit d'une condamnation larmoyante des « dégradations ». Qu'est-ce que c'est que cette définition d'une fac ouverte où on peut chier sur les murs ? Où des branleurs qui vivent chez papa-maman trouvent enfin un lieu pour s'arsouiller la gueule ?

Ça parle charge mentale et déconstruction des genres et c'est pas foutu de passer la serpillière ? On nous rétorquera que c'est la liberté de chacun, que le désordre c'est la vie, qu'on est pas dans une caserne, etc... bullshit ! Le problème est similaire aux blacks blocs. Ceux-ci s'incrustent dans une manif pour imposer leurs méthodes de lutte et en excluent de fait ceux qui ne veulent pas les assumer, notamment les familles. Quelques phacochères s'incrustent dans les facs, imposent leurs mode de vie et en excluent les étudiants et étudiantes qui n'ont pas envie de vivre dans la crasse et avoir à gérer des poivrots. Alors qu'il serait aussi simple pour les premiers d'aller péter des vitrines à l'opposé des manifs, et pour les seconds d'aller squatter un entrepôt ou des bureaux vides.

Quels sont nos conseils ?

Il se trouve que l'auteur de ces lignes a participé jadis à l'occupation d'une fac de province, lors de la glorieuse lutte contre le CPE en 2006. Après une semaine de picoles, de dégradations et de vols, l'assemblée générale étudiante vota l'interdiction pure et simple de toute consommation d'alcools et de drogues à l’intérieur de l'université. Même la loi Evin sur le tabac devait être respectée, on fumait à l’extérieur des bâtiments. Punks à chiens, clodos et personnes instables psychologiquement n'étaient pas acceptés. Certains ont chouiné que la fac devait être ouverte à tous et que c'est plus sympa de discuter avec une bière et un p'tit pétard. Si le règlement les démotivait, c'est que ce n'était pas les militants les plus intéressants (et les plus motivés).

Eh ben vous savez quoi ? On ne passait pas pour des guignols même auprès de nos adversaires, et la fac fut une de celles occupées le plus longtemps (six semaines d'affilé). Ne pas avoir de gens bourrés à gérer tous les soirs, c'est vachement reposant et ça laisse du temps pour faire du ménage. Et le ménage aide à l'introspection, essayez vous verrez. Une heure de ménage vous procurera une dose d'endorphine similaire à une activité sportive, vous offrant une sensation de bien-être voir même d'euphorie. Ceci vous mettra dans d'excellentes conditions pour élaborer plans de mobilisations, discours et argumentaires en faveur de vos luttes.

Ainsi une fac occupée et ouverte n'est pas nécessairement synonyme de vie bordélique. Un étudiant choqué par les dégradations n'est pas nécessairement un affreux réactionnaire. Aussi, on prend soin de son lieu de travail et on l'entretien durant tout le temps où on en a la responsabilité, c'est à dire durant les occupations. Il n'est pas interdit bien sûr de faire la fête et de se déchirer la tête si on en a envie, mais dans ce cas, on rentre chez soi pour le faire, et on revient une fois qu'on a décuité et qu'on a pris une douche. Chacun doit se sentir à l'aise et se reconnaître dans la mobilisation. L'objectif, en manif comme en occupation, n'est-il pas de rassembler le plus de monde possible et de ne pas offrir de failles à nos adversaires ? Ainsi se gagne la bataille de l'opinion.

Alors au boulot et n'oubliez pas les chiottes.


samedi 5 mai 2018

Le système capitaliste profondément ébranlé après la destruction de la vitrine du McDo de Paris Austerlitz.

Vent de panique dans les milieux d'affaires du monde entier. La redoutable attaque des Blacks Blocks contre l'un des symboles de l'exploitation capitaliste et de la mal-bouffe a fait l'effet d'une bombe thermonucléaire. Bourgeoisies et gouvernements semblent tétanisés par cette vague révolutionnaire.

Le Palais de l’Élysée a des allures de Versailles au lendemain de la fuite de Varennes. Le président Macron a en effet préféré mettre le plus de distance possible entre lui et les forces rebelles, telle est la seule explication plausible à sa présence en Australie. « Si ça suffit pas, il nous reste notre base en Terre Adélie » nous confiait en ricanant nerveusement une source anonyme.

Même inquiétude parmi le grand patronat. M B..... chef d'entreprise et membre du Medef tentait d'oublier dans l'alcool l'écroulement de son monde. « Un concessionnaire Renault attaqué, vous imaginez ?! » s'indignait-il en descendant une nouvelle coupe de champagne. « Ça commence comme ça et ça finit avec les chars vénézuéliens qui remontent les Champs Élysées, bou là là j'ai peur !»

Comment les Blacks Blocks vivent-ils leur vie de combattants de la Liberté ? Nous avons retrouvé deux de ces valeureux guérilleros des temps modernes en train de reprendre des forces attablés dans un KFC. Léandre et Gros Bébert faisaient partie de la première vague d'assaut, celle qui neutralisa un guichet automatique boulevard Saint-Marcel.

« Faut faire vachement gaffe au début – nous explique Gros Bébert – comme la vitre est encore solide, les pavés risquent de rebondir dessus et on peut se les prendre dans la gueule, plus d'un bleu-bite s'est fait avoir comme ça, c'est chaud ! »

« Faut pas partir non plus la fleur au fusil – conseille Léandre- la guérilla urbaine ça demande une préparation physique et un minimum d'équipement. Combien de camarades ont dû abandonner le champs de bataille parce qu'ils avaient oublié leur ventoline ! »

L'un comme l'autre récuse tout effet de mode.

« Ça fait très longtemps que je suis engagé dans les luttes radicales, nous raconte Léandre. Déjà au lycée je gravais sur les tables des A cerclés et des gros zizis. Je m'étais d'ailleurs fait coller par Madame Chombier, la CPE. J'avais dû décoller tous les chewing-gums sous les chaises. C'est là que j'ai pris conscience de la violence de la répression des institutions bourgeoises. Plus tard j'ai longuement étudié la fiche Wikipédia sur la Guerre Populaire Permanente de Mao, j'ai politisé ma colère... »

« Moi j'ai commencé à me battre dans les tribunes entre supporters de foot, se souvient pour sa part Gros Bébert. Cette adrénaline qu'est-ce que c'était bon ! Et puis, allez savoir, j'ai dû vieillir. Finalement les coups de tonfa, maniés par des professionnels, ça fait mal mais c'est moins dangereux qu'une barre de fer ou un tesson de bouteille manié par un type bourré. »

Tous deux réfutent également l'idée de parasiter les mouvements sociaux.

« On est sur deux stratégies différentes, il faut se garder de tout jugement de valeur. Les syndicats c'est juste des gros mous qui cassent les luttes explique Léandre mais nous on est solidaires des autres... là... les routiers. On voulait pas masquer leurs revendications, on voulait juste que les médias parlent de nous en priorité »

« Après faut pas nous emmerder précise Gros Bébert, y a un mec de la CGT qui m'a traité de facho violent, ça m'a trop vexé, j'lui ai collé une tarte. Plus tard, vu que j'y voyais pas grand chose avec mes lunettes de ski, c'était plus facile de viser les syndicalistes avec leurs chasubles rouges ou fluo... c'est vrai que je me suis fait plaisir...


Ces récits sont captivants mais seront bientôt de l'histoire ancienne. Encore quelques abris-bus à détruire et le modèle de domination capitaliste sera irrémédiablement mis à terre.

black block

dimanche 29 avril 2018

Attention aux courants d'air

Ding-Dong !

Flanders : Voili-voilà... ah ! Monsieur Van Houten entrez je vous prie.

Van Houten : merci... mais dites-moi c'est très mignon chez vous, je ne pensais pas que des gens de gauche étaient aussi ordonnés.

Flanders : nous ne sommes pas tous des punks à chiens comme peut le dire votre présidente.

Van Houten : allons allons, vous savez bien que ce n'est que de l'invective politique... je vous ai apporté des bonbons... il fait un clin d’œil...les fleurs c'est périssable.

Flanders : et il cite le Grand Jacques Brel ! Nous voilà un point commun.

[TWEET voilà un point commun entre nos deux formations]

Van Houten : peut-être en trouverons-nous d'autres d'ici la fin du débat ?

Flanders : Ne croyez pas que nous serons indulgents même si vous êtes notre invité. Nous allons démonter sans concessions vos arguments. Après Asselineau sur la Radio Insoumise et Marianne Duranno dans Le Média, c'est à votre tour de passer dans Le Blog Mutin...

Van Houten s'installant dans un canapé sans y avoir été invité : ouais ouais ! Mais dites, j'espère que ça ne vous a pas causé d'embêtements ce ''débat contradictoire''.

Flanders : pensez donc ! Comme je dis toujours, il vaut mieux débattre qu'exclure. Et puis vous êtes le seul invité de ce bord pour cinq chroniqueurs de gauche, alors hein bon quoi voilà...

Gros Bébert : quatre chroniqueurs, moi j'me casse ! On peut pas se faire péter la gueule dans un amphi de Montpellier et ''débattre'' entre esthètes quinze jours plus tard... Vous avez beau rester majoritaire, quand y a une merde sur un tapis, y a plus de tissus que de matière fécale mais c'est l'étron qui retient notre attention ! No Pasaran ! Il sort et croise Léandre accompagné d'un autre individu.

Léandre : Salut la compagnie !

L'individu : Salut bande de kouffars !

Flanders : Léandre ? Qui est ce monsieur ?

Léandre : ben j'fais comme toi, j'invite des gens avec qui j'suis pas d'accord sur tout, pour le débat, l'ouverture, tout ça, donc voici Kermit Abou Teldja

Kermit : et naturellement rien dans votre ordre du jour sur l'impérialisme gay ! Ça c'est bien l'extrême-gauche blanche obsédée par son lexique anticapitaliste !

Flanders : Que... qu'est-ce à dire ?

Kermit : mais enfin ouvrez-les yeux ! C'est évidement que l'Occident tente d'importer son idéologie homosexuelle pour transformer nos fiers mâles indigènes montés comme des poneys en artisans coiffeurs.

Van Houten : j'aime bien cette idée d'Occident décadent !

[TWEET discussion très intéressante sur l'impérialisme gay]

Kermit : allez les toubabs on se détend ! Il se dirige vers la chaîne hi-fi et y branche sa clé USB. Une musique retentit bientôt

« Shoananas ! Sho Sho Sho ananas.. ! »

[TWEET chaude ambiance sur le blog #humour]

Flanders : alors je ne comptais pas faire le censeur mais là ça va trop... il est interrompu par l'arrivée d'une autre personne

Krystel : Krystel avec un K !Moi j'suis désolée mais si les deux gugusses ont le droit à la parole, moi aussi j'exige un droit de réponse ! Regardez-moi cet aréopage patriarcal ! Pour commencer, moi j'crois que le plus urgent c'est de continuer ce débat en écriture inclusive et bilingue, sinon moi j'me casse !

Flanders : bah, au départ on vous avait pas invité mais bon, puisque vous êtes là... c'est quoi ce bruit dans le couloir ?

Léandre : c'est les voisins et Gros Bébert qui font une manif anti-fa. Ils disent que ça pue ici.

Flanders : mais... ils sont pénibles...

[TWEET Les anti-fa sont pénibles, ils gênent la bonne tenue des débats démocratiques]
[TWEET Les fascistes d'aujourd'hui seront les antifascistes de demain #churchill #ouvrezlesyeux]

Flanders : mais... Patrick ? C'est toi qui tweete toutes ces conneries ?

Patrick : ben quoi ? Tu m'as dis de faire des comptes-rendus. On a vachement de succès !

Les gens continuent à entrer. Un brouhaha couvre le moindre ''débat'' :

- y sont vegans les bonbons ? 
- oui mais attention y a des morceaux de gluten dans la bière...
- toi avec ta moustache qui sent la bite tu dois être un agent de l'homo-racialisme...
- salut ! C'est ici le squat des punks à chiens ? Couché Anarkia !
- Tarik Ramadan est un prisonnier politique... 
- E que s'appelerio Quezac
- Bonjour ! Vous connaissez l'UPR ?
- Nous on nous a dit que c'était une soirée déguisée...
- Vous pouvez m'indiquer où sont les toilettes sèches transgenres ?
- Qui n'a pas signé la pétition contre le 80 km/h ?
- et les vaccins ? On en parle des vaccins ?
- Poutine ça c'est un mec qui me fait bander !
- un peu de silence s'il vous plaît ! y en a qui réécrivent la constitution ici !
- si les cheminots mangeaient moins de viande, on en serait pas là...
- mais arrêtez de tout mélanger !
- Non toi arrête de m'oppresser !

Sur le balcon, Guillaume et Léandre sont sortis fumer :

Léandre : on t'a pas entendu. Ça t'inspire une conclusion ?

Guillaume : ben là comme ça je dirais... qu'à trop ouvrir, faut faire attention aux courants d'air.

Léandre : tu peux me repasser ton feu s'te plaît ?


lundi 19 mars 2018

Les petites victoires : savoir fermer sa gueule (2ème partie)

par Guillaume

Le deuxième souvenir se passe un an plus tard et est assez similaire au premier. J'ai changé d'établissement scolaire. Je bosse dans un lycée général et mon emploi du temps me confère la surveillance de l'internat la nuit du vendredi. Ça nous bouffe notre début de week-end mais c'est tranquille car il reste peu d'élèves. Je sors généralement le jeudi soir, je me couche vers 4-5 heures du matin, et me réveille à 14h. Ainsi quand j'embauche à 18h, je fais mon premier repas de la journée au réfectoire.

Je mange avec deux collègues surveillantes. Ce sont des Best Friends Forever. Cela fait des années qu'elles sont en poste dans ce bahut. Elles se sont autoproclamées depuis longtemps cheffes adjointes de la vie scolaire. Elles clament à qui veut l'entendre qu'elles sont rebelles et contestataires mais elles n'ont jamais fait un seul jour de grève.

Nous sommes vers la fin mai 2002. Le mois qui vient de s'écouler a été bien chargé politiquement. BFF 1 s'adresse à BFF 2, faisant comme si je n'étais pas là :

- fallait pas être très très malin pour pas voter Chirac au deuxième tour !

- oh oui alors ! T'imagine si l'extrême-droite avait gagné ? Ce serait la dictature maintenant !

Elles savent ce que j'ai fait et dit pendant deux semaines sur le campus. Je ne les ai pourtant pas vu en AG. Avec mon syndicat de gauchistes, on y a défendu la ligne que peu importe ce qu'on votera au deuxième tour, les idées racistes se combattent qu'elles viennent du FN ou du PS...  mais que pour notre part, fallait pas nous chercher dans un bureau de vote au deuxième tour des présidentielles.

Les deux pépettes continuent de tendre des perches grossières : « Il faut savoir mettre ses étiquettes politiques de côté pour sauver la démocratie, et puis Chirac il a fait des trucs bien aussi quand on y pense... ». Elles attendent que j'intervienne pour me faire la morale, pour me prouver par a+b que c'est bien la preuve que les extrêmes se rejoignent etc...

Là encore à quoi bon lutter ? Pas de témoins à convaincre, les enjeux sont passés, mes collègues ne veulent pas échanger, elles veulent m'enfoncer. Là encore j'esquive, je souris poliment en hochant la tête et je reprend une troisième fois des bolognaises pour caler ma fringale post-cuite.

Elles savaient que je savais qu'elles savaient et elles comprirent par mes silences que j'avais compris. Elles saisirent que je me foutais d'elles. Victoire sans prononcer un mot !

Un curé rouge critiquerait sans doute mon comportement, disant que chaque occasion doit être saisie de défendre LA Cause, qu'il en va de notre crédibilité, qu'il faut battre le fer tant qu'il est chaud … Pourtant, dans les deux cas présentés, je m'imaginais tel le général Koutouzov reculant stratégiquement devant l'avancée des troupes napoléoniennes. Pourquoi se fatiguer à polémiquer avec un militant d'en face alors que celui-ci peut s'avouer vaincu tout seul ?

Bien sûr qu'ouvrir sa gueule fait partie des missions que se donnent les militants, on en a parlé ici-même il y a fort longtemps. Encore faut-il que ça serve à quelque chose. Parfois on peut se contenter d'un simple « je ne suis pas d'accord » afin de poser les frontières avec son collègue relou ou son beauf réac. Stanislas et les deux BFF étaient droit dans leurs bottes. Il et elles connaissaient mes positions. Peut-être que la suite de leurs vies aura ébranlé leurs certitudes et alors seulement les discussions avec d'autres militants de gauche les feront peut-être changer d'avis. Il et elles n'auront pas eu le plaisir de renforcer leur sentiments de supériorité à mon détriment.

Dans quinze jours je pars une semaine en voyage scolaire avec un collègue qui vote Front National (une idée de notre chef d'établissement qui est une grande blagueuse). Il va y avoir beaucoup de silence.

Général Koutouzov 1745-1813



dimanche 18 mars 2018

Les petites victoires : savoir fermer sa gueule (1ère partie)

par Guillaume

Raconter ses mémoires d'ancien combattant commence à faire vieux con mais c'est aussi comme ça qu'on apprend. Ainsi deux souvenirs qui me reviennent me conduisent à la même conclusion : il n'est pas toujours nécessaire de défendre ses convictions politiques. Des fois ça sert à rien.

Le premier souvenir remonte à 2001. Je suis à l'époque surveillant dans un lycée professionnel. Nous sommes alors le mercredi après-midi, le lycée est désert, les élèves étant partis en centre-ville se biturer la tête. Nous sommes deux pions poireautant à la vie scolaire, attentant comme chaque semaine le rush de 17h30, lorsqu'il faudra gérer les gamins malades, énervés, excités ... J'ai depuis oublié le prénom de mon collègue, appelons-le Stanislas, car c'est un prénom de droite comme chacun sait. Stanislas prépare une maîtrise en droit des entreprises, il joue pilier dans l'équipe de rugby de l'université et est faluchard (les étudiants comprendront). C'est un mec cool.

Pour ma part je n'ai jamais eu besoin de mettre en avant mes engagements politiques sur mes lieux de travail, ils m'ont toujours suivi voir précédé. C'est d'ailleurs parfois assez mystérieux : le copain d'un pote qui me connaît ? ma tête sur une affiche ? mon nom dans un article de presse ? Toujours est-il que ce jour-là Stanislas se fait chier et décide de me brancher :

« - l'autre jour y a un prof qui nous expliquait qu'il n'y a pas plus d'éléments d'économie chez Marx que dans le Coran, et c'est vrai parce que quand tu regardes bien blablabla...blablabla... »

Quel intérêt à engager une joute oratoire ? Stan est sûr d'avoir raison sur tout. Il énonce ses idées pré-conçues avec l'aplomb du gars qui ne doute jamais. Il n'a absolument pas envie de débattre, il veut me montrer que j'ai tort. De plus, il peut très bien me coincer, moi l'étudiant en deuxième année de Lettres, sur des concepts économiques qu'il maîtrise mieux que moi. Enfin, il n'y a aucun témoin qui pourrait être à convaincre. Stan est un ultra-libéral qui profite d'un emploi aidé de la fonction publique pour financer son mémoire expliquant que le privé c'est mieux. Un grand classique.

J'hoche la tête poliment et je me contente de rectifier les erreurs historiques qu'il ânone parfois :« - Non, Castro n'était pas médecin, il était docteur en droit, tu confonds avec le Che... ». Stanislas finit par bifurquer sur une critique du keynésianisme qui me laisse complètement indifférent :  « Tu sais que Keynes, à la fin de sa vie, s'est retiré en Inde et a totalement déconstruit ses propres théories ? ».

Je ne lui laisse aucune prise. Ses attaques ne rencontrent que du vide. Il finit par s'épuiser. Je souris intérieurement. Finalement l'esquive a été la défense la plus adaptée face à ce sympathique gros con.

« - et sinon... tu la trouves comment la p'tite stagiaire prof d'anglais ? »

Ah ! Voilà un sujet qui va nous rapprocher !

à suivre...


dimanche 11 mars 2018

La Syrie c'est plus compliqué que ça.

Par Patrick

Nous lisons ici ou là des analyses de la situation en Syrie d'un manichéisme déconcertant. Il y aurait, d'après les médias mainstream, d'un côté un horrible dictateur sanguinaire qui massacre son peuple et de l'autre de gentils rebelles biens sous tout rapport. On ne saurait se contenter d'une telle caricature. C'est bien entendu plus compliqué que ça.



Rappelons déjà que les médias tenant ce discours sont tous aux mains de milliardaires. Donc ils mentent c'est évident.

Avant de poursuivre notre analyse, je tiens à préciser que nous ne minimisons aucune vie humaine. Toutes les victimes d'une guerre ont droit à notre compassion, qu'elles soient victimes d'Assad ou des « rebelles » mais surtout celles qui sont victimes de l'impérialisme américain.

Car il s'agit bien de cela. Comme le dit si bien Jean-Luc Mélenchon avec le génie géo-politique qui le caractérise « Si on veut comprendre ce qui se passe au Moyen-Orient, il ne faut pas regarder les guerres de religions : il faut suivre les pipelines. » Et les pipelines arrivent comme par hasard dans la poche des États-Unis.

Alors certes, peut-être que Bachar El-Assad a eu un peu la main lourde dans des moments d'agacements (que nous condamnons avec la plus grande fermeté, sommes-nous obligés de le rappeler pour ne pas subir les attaques moralisatrices des bobos-bien-pensants) mais les États-Unis eux-mêmes n'ont-ils pas bombardé le Japon avec deux bombes atomiques ?

Il est ainsi curieux de reprocher quelques massacres au président légitime de la Syrie et de taire les génocides de l'Empire américain tel celui des indiens. Les adversaires de Bachar El-Assad ne sont pourtant pas des enfants de chœurs : on trouve dans la Ghouta des groupes salafistes djihadistes comme Jaysh al Islam, Jabhat al Nusra  ou Boko Haram. Groupes qui, non seulement sont des terroristes islamistes, mais qui en plus n'ont aucune gratitude envers un régime qui les avait libérés de prison dès 2011.

Ainsi, peut-être qu'au début du printemps arabe le soulèvement populaire syrien méritait quelques soutiens, même s'ils étaient très certainement financés par les américains (comme au Chili en 1973 pour renverser Allende), désormais la révolution a été confisquée par des fascistes religieux financés par le Qatar et l'Arabie Saoudite eux-mêmes financés par les États-Unis (comme en Afghanistan en 1979 pour chasser les communistes).

On m'objectera que ce serait le même raisonnement que les partisans d'Israël légitimant le siège de Gaza : le combat des palestiniens pouvait être juste au départ, mais celui-ci a été confisquée par des religieux réactionnaires. Cela n'a rien à voir bien entendu puisque les agresseurs de Gaza sont des sionistes qui sont, rappelons-le, des nazis juifs alliés aux américains.

Nous apportons donc tout notre soutien à Le Média en ajoutant que...

- Monsieur Patrick ! On avait dit cinq minutes de connexion ! Faut retourner dans votre chambre maintenant ! 

- Laissez-moi tranquille ! Vos déguisements d'infirmiers sont ridicules, je sais très bien que vous êtes des agents du Mossad ! 

- Mais oui mais oui... oh non ! Il a encore chier un article sur internet ! C'est dégueulasse ! Jean-Philippe aide-moi s'il te plaît et coupe la Wifi, il en met partout !

- J'vous dénoncerai dans mon prochain billet ! Ouvrez-les yeux bande de moutons !

- Si vous continuez comme ça, on va être obligé de vous faire une piqûre !

- Non pas les vaccins !!!!!!!
...



dimanche 18 février 2018

Pour clarifier le congrès du NPA

Par Jean-Paul



Nos camarades du NPA ont achevé leur 4e congrès au début de ce mois de février. Comme les règles démocratiques inscrites dans leurs statuts le permettent, plusieurs plates-formes s’étaient constituées. Si le fait qu'il y en avait sept ait pu faire ricaner des éléments droitiers et petits-bourgeois qui ne comprennent rien à la démocratie révolutionnaire, nous y voyons au contraire un signe de dynamisme démocratique. Et force est de constater que le NPA est de plus en plus dynamique.

Néanmoins nous admettons que les comptes-rendus du congrès exprimés par les différents courants peuvent paraître un peu obscures pour le lecteur lambda, étourdi par tant de dynamisme. Nos camarades anticapitalistes ont fait preuve d'une légèreté qui trahit leur manque d'expérience en matière de dialectique à l'intention des masses. Aussi, dans un geste de solidarité fraternelle entre révolutionnaires, je vais vous clarifier les débats de ce 4e congrès du NPA. Vous allez voir, c'est  « bête comme choux. »

Chaque plate-forme (Pf) était représentée par une lettre de l'alphabet à partir de Z en remontant donc jusqu'à T pour en compter sept. Nous pouvons simplifier en considérant qu'il y avait d'un côté la PfU représentant un potentiel dangereux virage réformiste aux dires de l'autre côté représenté par les six autres Pf. Pourquoi alors sept plate-formes et pas deux ? N'étant plus au NPA, nous ne pouvons que supputer des hypothèses objectives qui nous semblent les plus probables.

Durant les travaux préparatoires au congrès, l'ex-PfA a certainement proposé une motion pour changer le nom du parti en « parti du communisme de lutte anticapitaliste prolétarien internationaliste révolutionnaire » pour une plus grande clarté auprès des travailleurs. Comme c'est une modification statutaire, il fallait obtenir une majorité des deux tiers pour défendre cette proposition. Ce qui aurait pu être obtenu si un plaisantin qui lit encore notre blog, n'avait formulé une contre-proposition avec le nom « La Horde Sauvage », ce qui a plus de gueule que le parti du Clapir, reconnaissons-le.

Les 2/3 des 49% de la Pfa n'étant pas atteint à un septième près, celle-ci éclata donc en quatre tendances : la P, la F, la A ainsi que la X qui voulait rester anonyme. La P, dite « unitaire » refusait toute alliance avec les autres forces de la gauche tandis que la F dite « tous ensemble » privilégiait une campagne politique et sociale du NPA seul. La A exclut à juste titre un groupe de militants qui avaient dénommé les portes-parole de la PfX « les stars du X », preuve pathétique des résidus patriarcales et sexistes que l'on trouve encore dans nos organisations.

Selon un sondage Ipsos sur les pratiques sexuelles en France, paru en 2015, 70% des sondés avaient déjà essayé la fellation et 42% la sodomie. Ces chiffres n'ont aucun rapport ni avec le sujet de cet article ni avec mes propres pratiques mais de nombreuses études en psychologie ont prouvé que l'on rendait un auditoire plus attentif en évoquant des sujets sexuels.

Pour revenir à nos moutons, les exclus de la A fondèrent une sixième tendance avec des éléments dissidents de la U pour une question de co-voiturage plus rationnel depuis la province.

Dans un souci d'apaisement, et pour former une coalition permettant d'emporter la majorité sur ces déviationnistes droitiers de la U, il était convenu que la B' (ex-A rebaptisée S puis B' lors des apports de la minorité de la P) s'abstienne pour moitié, moins huit votant, sur le texte de la F définissant la position du NPA vis-vis du Parti des Travailleurs du Sud-Kiboulsthan. Cette position fondamentale aurait à coup sûr permis d'impulser une nouvelle dynamique pour relancer la construction du NPA dans le monde du travail et de la jeunesse.

C'était sans compter sur les manœuvres de la direction qui a refusé d'attendre que deux camarades soient revenus de leur pause-clope. Comme près d'un tiers de la moitié qui devait s'abstenir a mal compris les consignes et n'a pas pris part au vote (NPPV), la U a pu produire une minorité de blocage au 4/5ème. Les délégués fautifs, vexés de s'être fait engueuler comme, je cite, « du poisson pourri », ont constitué une fraction au sein de la F, rapidement transformée en septième plate-forme.

La situation aurait pu rester bloquée à ce stade mais les camarades du Finistère ont fait intervenir un copain druide qui a tranché en faveur de la P'W après consultation du vol des corbeaux.

Ainsi nous pouvons espérer une majorité stable pour une direction WTF.