dimanche 24 septembre 2017

Asselineau et le néant

En 2011, on était affligé par ces militants qui étouffaient toute initiative par leur catéchisme et leur folklore révolutionnaire. Aujourd'hui c'est l'inverse qui pourrait nous atterrer, signe peut-être qu'on vieillit. Désormais étaler sa dépolitisation est vue comme un signe de vertu, de pureté politique. Il n'y a plus d'ennemis, c'est trop sectaire, il n'y a que des adversaires dont on pourrait apprendre des choses. Et ceux qui penseraient encore en terme de lignes politiques, de camps, voir même -horreur - en terme d'organisations structurées, sont des vieux cons. Et les vieux cons en ressentent une douleur à l'entrejambe qui ne peux pas déjà être la prostate.

La tarte à la crème du « moi-je-parle-avec-tout-le-monde-parce-que-y-a-de-bonnes-idées-partout » a trouvé une nouvelle illustration avec cette Radio Insoumise qui invite cette vielle baudruche d'Asselineau.

Ce genre d'épisodes est une des raisons du retour du Courant Anarcho-droitier. La suite de ce billet est une synthèse des discussions entreprises sur différents réseaux sociaux au sujet de Radio Insoumise.

Traiter les nouveaux de « dépolitisés » c'est pas très très respectueux.
Quand on parle de dépolitisation on parle de cette idée reçue qu'il y aurait une égalité entre les idées et que l'on pourrait alors interagir de la même façon quelque soit l’interlocuteur qu'on a en face . Dans notre vieux modèle politique à nous, il y a des familles politiques qui ont une origine idéologique commune, il y a des camps qui ont les mêmes objectifs mais avec des stratégies différentes. On discute ensemble le plus souvent possible, voir on agit ensemble quand c'est possible. Et puis il y a les ennemis politiques, ils te boufferont si tu ne les bouffes pas avant. Ce n'est pas être sectaire que de dire cela, c'est une question de survie politique. Refuser de voir qu'il y a du conflit en politique c'est ça être dépolitisé.

Mais Asselineau il veut sortir de l'Europe, ça nous fait une position commune.
Sortir de l'Europe ? Pourquoi faire ? Asselineau veut abolir l'exploitation capitaliste ? Il va accueillir des réfugiers ? combattre les ligues d'extrêmes-droites ?

Mais on va le débunker. Il fera moins son malin après.
Honnêtement, un pépère qui prétend que l'Union Européenne est un projet des nazis réactivé par la CIA, y a besoin de deux heures pour le débunker ?

Mais si on convainc ses électeurs, ça fera peut-être la différence aux prochaines élections.
Au moment où il y a 50% du corps électoral qui s'abstient, on va chercher 0,92% d'électeurs. Autant commencer à  draguer les raéliens.

Si on a plus le droit de discuter avec tous ceux qui nous ressemblent pas, on avancera jamais.
Tu peux évidement (et même tu dois quand t'es militant) débattre avec ton pote, ton cousin raciste, ou un passant lors d'une distribution de tract avec lesquels, bien sûr, tu vas discuter, écouter ses arguments et ensuite exposer tes positions politiques de la façon plus respectueuse possible (en somme tu dragues). C'est tout à fait différent d'inviter sur ton terrain le représentant d'un courant d'idées ennemies des tiennes (et "ennemie" n'est pas un gros mot sectaire, c'est un état de fait concret, voir ci-dessous) pour lui permettre de développer son raisonnement, voir tenter de trouver des points de convergence. C'est alors un affaiblissement de tes positions.

Prenons un cas concret.
On a pas fait que des blogs depuis 2012. On a aussi fait de la radio, sur une chaîne locale. On parle politique en buvant des bières. On invite les syndicalistes, les militants politiques et associatifs du coin qui viennent nous parler de leur boulot. On raconte des conneries, on passe de la musique cool. La question s'est posée au sein de l'équipe d'animateurs : « et si on invitait des militants de droite ou des fachos pour débattre avec eux à l'antenne ? » Cela voulait dire d'abord que sur cinquante minutes tous les quinze jours dont nous disposions nous devions céder une part de ce rare capital temps à un ennemi politique. Ensuite on courait deux risques. Soit, avec le ton de l'émission, on pouvait tomber sur un malin qui se la joue aussi décontracté que nous et on finissait par rigoler ensemble en se chambrant gentiment en buvant des canons, on installait alors une connivence qui nous aurait décrédibilisé; soit on tombait sur un méchant qui connaissait à fond ses dossiers et qu'on aurait pas su contrecarrer et on passait pour des charlots, là encore perte de crédibilité. Donc on ne fait pas entrer d'ennemis politiques sur nos terrains.

Parler d'ennemis c'est vraiment agressif, moi j'ai que des adversaires (à part le FN)
Un adversaire c'est quelqu'un avec qui on fait la course, l'un des deux gagne et on se serre la main après. Un ennemi c'est quelqu'un dont le projet (politique) vise à détruire nos vies. On pas mal d'ennemis politiques.

Et puis eux, c'est pas la radio de la FI, c'est la radio "libre et indépendante" née du discord insoumis.
C'est vrai. La radio officielle s'appelle Les jours heureux. On attend donc leur avis, eux et les instances de la France Insoumise, avec gourmandise.
coïncidence? certainement pas...


vendredi 22 septembre 2017

Résurrection

Une chambre d’hôpital. Seul le bruit régulier d'un moniteur trouble le calme du lieu. Guillaume, anarcho-droitier historique, est allongé sur un lit, inconscient, branché à des tuyaux. Quatre personnages se tiennent devant lui.

Léandre : ça fait combien de temps qu'il est dans le coma ?

Jean-Paul : depuis septembre 2013.

Gros Bébert: qu'est-ce qui l'a foutu dans cet état ?

Patrick : on sait pas très bien, certains disent que c'est suite à une chute brutale... des visites sur son blog.

Jean-Paul : … ou un impact trop violent... avec la réalité du terrain.

Gros Bébert : on peut pas le laisser comme ça, surtout dans cette période !

Léandre : vous pensez à ce que je pense ?

Les trois autres en chœur : ouais !!!

Léandre : alors c'est parti !

Aussitôt, Jean-Paul jette un seau d'eau glacée au visage de Guillaume. Ce dernier sursaute et se redresse sur son lit. Gros Bébert ne lui laisse pas le temps de respirer et lui assène un terrible coup de batte de base-ball entre les jambes. Le choc le projette au sol. Patrick se jette alors sur lui et lui enroule le sommet du crâne de ruban aluminium.

Pendant ce temps, Léandre qui roulait un joint assis dans l’unique fauteuil de la pièce, s’interrompt, surprit.

Léandre : ah non ! en fait on pensait pas du tout la même chose.

Gros Bébert : c’est pas grave, depuis le temps qu’on rêvait de le défoncer.

Gros Bébert et Jean-Paul se shakent juste avant que ce dernier ne reçoive un stroboscope médical dans la figure. Guillaume, à nouveau conscient, se tient devant ses personnages, armé d'une potence de lit.

Guillaume : alors les curés rouges ? On veut encore tâter de la critique ironique et percutante ?

Les quatre andouilles restent un instant muet de stupéfaction, puis perdent toute raison. Ils crient de joie et de peur mélangées, s'arrachent des touffes de cheveux, pleurent, rient, se griffent le visage, se font tourner le joint, prennent de la ventoline, reprennent du joint. Tous parlent en même temps.

Guillaume en gueulant : du calme les aristo de gauche, j'comprend rien. On est en quelle année d'abord ?

Jean-Paul : cent ans après la révolution bolchév... PAF ! La potence médicale se fracasse contre son visage.

Guillaume : en 2017 si je traduis bien... bordel à queue ! Je dors depuis 2013 ! Voyons... qu'est-ce qui s'est passé ? … ah oui je me souviens, j'étais au NPA... on s'est embrouillé à cause des présidentielles... j'ai fait la campagne à Méluche... eh mais au fait c'est qui le président maintenant ? Hollande ? Valls? Juppé ?

Léandre : Macron

Guillaume : connaît pas ! Et Mélenchon il a fait combien cette fois ?

Patrick : 19,58%

Guillaume : dix neuf virgule... Nom de dieu de nom de dieu !!! J'vous l'avez dit que le Front de Gauche ça marcherait !

Jean-Paul se tenant la mâchoire : f'a exifte plus, f'est la Franfre Infoumize maintenant...

Guillaume : qu'est-ce qu'il raconte le moine-soldat ? Et le NPA ? Ils ont présenté qui à la place de Poutou cette fois-ci ?

Gros Bébert : bon ok c'était encore Poutou mais je t'arrête tout de suite, Guillaume ! De l'avis de tous, il a fait une super campagne. Tu l'aurais vu au débat télé, il a atomisé Le Pen et Fillon...

Guillaume : et concrètement ? Combien ?

Gros Bébert : ben euh... 1,09 %... c'est euh... presque aussi bien que la dernière fois...

Patrick : il a été battu par Jean Lassalle, je pense que cette info te plaira.

Guillaume : ce nom me dit quelque chose...

Patrick : c'est un monsieur qui porte un béret et qui a chanté Aqueros Mountagnos à l'Assemblée Nationale...

Guillaume :... et il a fait plus qu'un parti révolutionnaire constitué de militants infaillibles, en effet l'info me plaît, je la garde.

Un léger malaise plane dans la chambre. Léandre tente alors une diversion :

Léandre : et hum... sinon, maintenant que tu es de retour... tu... tu vas reprendre le courant anarcho-droitier ?

Guillaume : Bof...je me voyais plutôt monter un groupe de rock... pour draguer les filles c'est mieux qu'un obscure blog. Je sors de quatre ans de coma si vous voyez ce que je veux dire...

Gros Bébert : c'est pourtant pas les sujets qui manquent...

Guillaume qui ne l'écoute pas : ou un groupe de jazz manouche ? Ça dépend du public-cible que j'veux pécho...

Léandre, Gros Bébert et Jean-Paul se regardent, préoccupés.

Léandre : si j'ai bien saisi le principe de ton courant, il s'agissait – entre autre – de dénoncer les comportements individuels des militants propres à se couper des masses, comme le folklore, le langage hermétique, le moralisme etc … n'est-ce pas ?

Guillaume : mouais... en gros c'était ça !

Léandre : et ça, c'est pas un comportement propre à décourager les masses ?

Sur ce, il désigne Patrick en train de lire des articles d 'Arretsurinfo.ch sur son smartphone. Guillaume se penche au-dessus du Neuneu conspirationniste. Il fronce les sourcils puis arrache le portable à son propriétaire. Il consulte la page, remonte l'historique, clique sur des liens, se perd dans des commentaires facebook... les minutes passent...

Patrick : évite de troller mon profil insoumeetic, s'te plait, j'ai mis du temps à le créer !

Certaines publications plongent notre héros dans un état d’hébétement qui fait craindre au groupe une rechute dans le coma.

Léandre : alors ? Tu reviens ?

Guillaume tend une feuille au groupe

Guillaume : voici une liste de matériel dont j'ai besoin.

Les quatre camarades se penchent dessus et lisent à haute voix : un code wifi, une cafetière, un compte tweeter, un mortier M224 de 60 mm et … 12 kg de chouquettes !!! Putain Guillaume ! Où tu veux qu'on trouve 12 kg de chouquettes ?!!!

Guillaume : le matin faut que je mange ! Et au beurre les chouquettes ! Pour le courant anarcho-droitier, j'suis un peu rouillé mais on va voir ce qu'on peut faire...




jeudi 4 mai 2017

Communiqué du Courant Anarcho-droitier

Quelle semaine, chers camarades, quelle semaine ! L'hystérie militante semble avoir vaincu un nouveau sommet de l'irrationalité et de la médiocrité dépolitisée, macronistes et abstentionnistes se faisant la courte-échelle pour y parvenir ensemble.

De notre côté, on a l'impression d'avoir été réveillé d'un coup de seau d'eau glacée, suivi d'un coup de pied dans les roubignoles. On attrape donc le premier objet contondant à notre portée et on tape sur le premier pignouf qui passe.

Aussi avant d'en venir à l'actualité, rappelons en deux mots qui nous sommes et comment nous travaillons. Militants de gauche, nous pratiquons l'auto-critique des pratiques militantes de gauche. Nous dénonçons le folklore, les postures, les positions sectaires qui parasitent une activité militante saine en lien avec la réalité. Pour ce faire nous utilisons l'humour : on est drôle quand on est inspiré, narquois le reste du temps.

Nous n'inventons rien de ce que l'on dénonce. Nous observons la vie militante dans nos villes respectives, nous suivons des amis-facebook curés rouges ou noirs, nous parcourons des forums de la gauche radicale. Notre démarche n'est cependant pas scientifique, nous ne prétendrons pas le contraire, nous ne quantifions pas le nombre de conneries sectaires que l'on voit ou entend, nous sommes dans le témoignage.

Ce qui nous agaçait lors de notre époque au NPA était le snobisme militant, l'excès de théorie, le marxisme verbeux déconnecté du quotidien. En évoluant vers le Front de Gauche mais surtout vers la France Insoumise c'est l'inverse qui nous inquiète : le manque de culture politique, l'absence de recul historique, le confusionnisme politique, un anti-PS/anti-Hollande émotionnel complètement dépolitisé … les partages de publication sur notre page Facebook témoignent de cette évolution de nos préoccupations.

Ce qui nous amène à ce deuxième tour whatthefuckesque où les curés rouges et certains militants de la France Insoumise (que nous appellerons provisoirement les  « puceaux de la FI », en attendant de trouver un terme plus précis) se retrouvent. Nous prétendons que le choix de ne pas appeler à voter contre Le Pen n'est pas politique mais une posture.

Soit on ne vote pas en calculant que Le Pen ne passera pas, ce qui est hypocrite et égoïste. Le militant pourra ainsi continuer à faire la leçon en étalant sa virginité électorale: posture.

Soit on ne vote pas en considérant que l'extrême-droite et l'ultralibéralisme sont équivalent. C'est à la fois une erreur historique et une faute politique qui contribuent à banaliser l'extrême-droite. « Nous contre le reste du monde »: posture.

Soit on a conscience qu'on prend le risque de faire passer l'extrême-droite. On prend donc le risque de sacrifier ses organisations qui auront beaucoup de mal à justifier leur position passive d'entre-deux tours. On prend également le risque de sacrifier les populations les plus vulnérables à un pouvoir d'extrême-droite. C'est le sens d'une de nos publications. Beaucoup de camarades ont gueulé contre celle-ci, se sentant insultés, mais nous n'avons reçu aucune réponse politique qui pourrait démentir ce que nous affirmons, aucune ! Preuve que cette posture est gênante, même pour ceux qui la revendique.

On ne parlera pas ici des débiles profonds qui espèrent une victoire du FN en pensant que cela entraînera une révolution sociale, on leur réserve un article rien que pour eux.

Et nous on fait quoi dimanche ? 

Qu'y a-t-il de plus anarcho-droitier que de prendre un banquier pour taper sur une facho ? A la différence de militants qui semblent avoir intégré la défaite à chacune de leur démarche, nous pensons pouvoir avoir un impact sur le résultat (les électeurs de gauche, hein, pas le courant anarcho-droitier). Nous avons encore conscience qu'un mot d'ordre politique dépend d'une conjoncture et est éphémère.

Et puis, entre nous, ce n'est qu'un vote ! Depuis quand les révolutionnaires, les insoumis, les rebelles, fétichisent le système électoral bourgeois ? Nous, on est tellement anars qu'on va voter Macron !
 

samedi 22 octobre 2016

Pour une sécurité de gauche

Une terrasse de café en centre-ville. Léandre, petitanarchistecassecouillepourvieux, repose sa tasse de cappuccino vide et recommence à téter sa cigarette électronique. Trois ou quatre personnes sont attablées en sa compagnie. Comme Léandre leur coupe systématiquement la parole, de guerre lasse, celles-ci le laissent discourir, hochant la tête de temps à autre, afin de lui laisser croire qu'elles l'écoutent.

Léandre : … Nan c'est vrai que cette histoire de policier découpé à la tronçonneuse peut choquer la frange de population dépolitisée et lobotomisée par TF1 mais n'oublions pas qu'au delà de l'individu se cache une institution sécuritaire dévouée à réprimer toutes les révoltes populaires. La violence est le résultat du chômage et de la disparition des services publics, donc ce n'est pas en donnant plus de moyens à la police comme le réclament les policiers grévistes, qui sont de toute évidence manipulés par l'extrême-droite, que cela résoudra les problèmes.

Il s'interrompt quelques secondes pour retweeter un article de Révolution Permanente sur son smartphone.

Léandre reprenant : ça m'énerve ces flics qui manifestent cagoulés et qui sont même pas réprimés alors que nous, la dernière fois, on s'est pris plein de gaz qui pique les yeux...

Une des convives, perdant patience s'exclame : Mais tu proposes quoi toi pour lutter contre l'insécurité ? Aussitôt elle regrette sa question. Elle cherche à détourner son regard mais il est déjà trop tard, notre aristocrate de gauche embraye.

Léandre : Il faut plus de social et moins de pénal ! Il faut faire de la pé-da-go-gie. Nous avons besoin de plus d'éducateurs, d'enseignants. « Quand vous ouvrez une école, vous fermez une prison » disait Victor Hugo ou Lénine, je sais plus... au lieu de ça, l’État continue sa mutation fasciste avec l'état d'urgence et ses politiques sécuritaires. La preuve : moi-même j'ai perdu trois point sur mon permis, tout ça parce que j'avais dépassé la limite de vitesse de seulement …

Soudain une camionnette freine brusquement devant la terrasse, deux hommes en noir en jaillissent, ceinturent Léandre et le jettent à l’intérieur du véhicule. Ils remontent aussitôt et le camion redémarre en trombe. Tout s'est passé en quelques secondes. Les amis du casse-couille marxiste sont tout d'abord estomaqués, puis ils poussent des soupirs de soulagement, s'allument des cigarettes et commandent des pressions. Pendant ce temps, dans la camionnette :

Léandre : Enculés de fascistes, relâchez-moi tout de suite, je ne parlerai jamais... Oups ! J'ai dit une insulte homophobe, pardon je retire !

Le premier homme en noir : Pardonnez-nous cette démarche un peu brusque, je suis l'agent G et voici l'agent R, ''camarade'' Léandre, nous avons besoin de vous !

Léandre : Qui ça nous ?

L'agent R : La France, ''camarade'', et la sécurité intérieure !

Léandre : Vous êtes du gouvernement ? Et qu'est-ce je... quoi où ?

L'agent G : On est pressés donc on va vous briffer rapidement. En ce moment même, un groupe de terroristes armés jusqu'aux dents, les Trépanneurs du Prophète, retiennent en otage cent-trente personnes à l'autre bout de la ville. Vous devez intervenir !

Léandre : Vous avez dû me confondre avec quelqu'un d'autre, moi je suis vacataire en Arts Plastiques au collège des Mimosas...

L'agent R : C'est bien vous qu'il nous faut. Entre les sous-effectifs dans la police, les arrêts maladies et les agents grévistes, on a plus personne à mettre sur l'affaire. Le Président a donc décidé de tester vos méthodes à vous, l'extrême-gauche, on a lu vos commentaires sur les réseaux sociaux, vous êtes un spécialiste !

Léandre : QUOI ! Mais quelles méthodes ? J'ai arrêté le judo en cinquième parce que je faisait de l'asthme !

L'agent G : La pé-da-go-gie Léandre ! Puisque le tout sécuritaire ne marche pas, vous allez nous faire une démonstration de pédagogie. Voici votre paquetage : on vous a mis des crayons de couleurs, un cahier à spirales, des bouquins de Françoise Dolto et l'anthologie des poèmes surréalistes. Tachez de savoir d'où ils viennent, le Président est prêt à rouvrir un ou deux bureaux de poste dans leurs quartiers.

L'agent R : On est sur place ! Faut y aller maintenant GO GO GO ! L'agent G projette Léandre hors du véhicule.

Léandre, s'avançant les mains en l'air vers un bâtiment barricadé : Euh camarade djihadiste... sous ton prolétaire il y a un uniforme... non merde c'est l'inverse... sous ta cagoule il y a un prol... La suite est masquée par des détonations d'armes automatiques...

….......................................................... 

Nous pourrions êtres découragés devant l'incapacité de notre camp politique à penser les questions de sécurité au-delà du sempiternel sermon soixante-huitard « gnagnagna la pédagogie parce que CRS=SS ». Il ne serait même pas question d'espérer que des militants de gauche se mettent à la place de fonctionnaires de police, mais ne serait-ce qu'imaginer la mentalité d'une population réclamant un peu de sécurité dans ses quartiers, sur ses routes, ceci semble au-dessus des capacités d'un révolutionnaire... Et puis nous avons trouvé l'article suivant, c'est intelligent, c'est réfléchi, c'est une pensée construite autour de ce que pourrait être une sécurité de gauche, comme quoi il ne faut jamais désespérer :


Acab or not acab ?


mercredi 28 septembre 2016

Qu'est-ce qu'on était cons !


par GH


La parution du livre La Fachosphère et sa couverture médiatique ont déclenché chez moi un désagréable flasback me renvoyant à mes premières années militantes. L'enquête des journalistes de Libé et des Inrock, sous-titrée « Comment l'extrême-droite remporte la bataille du net » me rappelle comment moi et les autres militants des groupes gauchistes que je fréquentait à la fin des années 1990/ début 2000, avons abordé à la fois internet et l'extrême-droite. Connaissant l'évolution politique de ces vingt dernières années, j'ai comme un goût aigre et franchement caca-beurk qui me reste dans la gorge.

Certes je ne regrette pas mes engagements de l'époque. A partir de 18 ans, et durant les dix années qui ont suivies, j'ai traversé un univers passionné, furieux et riche, taré pour le meilleur comme pour le pire. Mais qu'est-ce qu'on était cons !

Notre conception du militantisme s'inspirait des récits des générations précédentes et de la littérature s'y rapportant. Nous fantasmions pêle-mêle les communards de 1870, les bolchéviks de 1917, la guerre d'Espagne, l'age d'or du PCF municipal et les groupes gauchistes des années 1960-70... autant dire qu'internet n'entrait pas dans notre schéma de pensée.

Nous prétendions être des « militants de terrain ». Distribuer des tracts tôt le matin (pour montrer notre vaillance au travail), tenir des stands ou des permanences en journée (où on ne foutait pas grand chose) et coller des affiches la nuit en mode commando (sur les campus où on ne risquait rien), tel était notre ''terrain''. Ceux qui adoptaient cet emploi du temps en y ajoutant de temps à autre des postures de tribuns d'amphithéâtres étudiants, ceux-là avaient le droit au grade aristocratique de « vrais militants » ou « militants de terrain ». A l'opposé, il y avait d'une part « les bureaucrates », qui faisaient finalement le même travail que nous, mais dans des orga plus étoffées et surtout plus modérées et d'autre part « ceux qui militaient sur internet ». « Celui-ci, il milite sur internet » était une sentence déclamée avec le plus grand mépris et la plus grande condescendance dont nous étions capable. Puisqu'internet était du « virtuel », aucun travail militant digne de ce nom ne pouvait à nos yeux avoir un quelconque impact sur « le terrain ». Qu'est-ce qu'on était cons !

Alors que le Front National a été le premier parti politique à avoir son site internet, dès 1996, comme le racontent les auteurs de La Fachosphère, au début des années 2000, nous éditions encore des fanzines sur papier. Objets généralement bien écrit et joliment mis en page avec toute l'adresse et la foi du petit artisan, nous en étions très fiers... et nous les imprimions à deux cent exemplaires. Et lorsque, enfin, nous avons créé des pages web... c'était uniquement pour être un support publicitaire pour nos fanzines.

« Nous n'avons rien à craindre d'eux -en parlant de groupuscules facho- ils se sont réfugiés sur internet » est une phrase que j'ai certainement prononcée à cette époque. De toute façon, les fachos on ne les croisait pas et on ne les combattait pas. Nous étions bien trop occupés à nous affronter entre groupuscules gauchistes ou à harceler les organisations dites « sociale-traîtres ». Si certains bureaucrates méritaient effectivement de se faire mettre le nez dans leurs magouilles, nous ne faisions aucun discernement dans leurs rangs. Combien de jeunes sincèrement de gauche qui, pour avoir voulu un jour rendre service en distribuant un tract des MJS ou de l'Unef, avons-nous définitivement écœuré de la politique en les traitant comme des moins que rien ? Nous urinions sur leurs locaux, nous y balancions à l'intérieur du melon pourri (et même une fois un crâne de chèvre). Quels résultats espérions-nous ? Combien également de jeunes de notre bord, qui ne partageaient pas nos délires, se sont éclipsés sur la pointe des pieds ? « Ce ne sont pas des militants de terrain » décrétions-nous. Qu'est-ce qu'on était cons !

Néanmoins, petit à petit, certains d'entre nous ont commencé à prendre conscience de l'inefficacité de nos comportements et du vide sidéral de nos folklores. Un soir de concert, tandis que nous pogotions le poing levé en beuglant des slogans en espagnol pour faire la démonstration à la fois de notre antifascisme et de notre virilité, un militant plus lucide que les autres s'est exclamé près de moi : « Et pendant ce temps-là, Unité Radicale organise des camps d'entraînement !»

Avec le développement des réseaux sociaux, nous avons été de plus en plus surpris de voir des proches ou des sympathisants partager en toute bonne foi des publications d'extrême-droite. La gueule de bois a été complète et sévère lorsque nous sommes allés nous-mêmes voir les vidéos postées par la fachosphère et que nous avons découvert le nombre hallucinant de vues. Nous perdions la bataille des idées depuis des années et on s'en rendait compte seulement maintenant. Qu'est-ce qu'on avait été cons !

Depuis, on se réorganise, nous changeons nos pratiques et notre vocabulaire. On s'ouvre à d'autres courants politiques, on s'est fâché avec d’indécrottables curés rouges, on tâtonne, on copie, on expérimente... Ce qui me désole, c'est que beaucoup de militants de gauche continuent à se complaire dans ces traditions débiles et préfèrent se foutre sur la gueule avec leurs voisins politiques ou la tendance d'à côté, plutôt que de trouver des solutions pour combattre nos vrais ennemis. Leur utilisation d'internet se résume alors à des polémiques sans fin, compréhensible seulement par eux. C'est un flagrant aveu de leur impuissance à peser sur le réel. Le pire, c'est que beaucoup n'ont même plus l'excuse de l'inconsciente jeunesse.

Qu'est-ce qu'ils sont cons ! 


un futur anarcho-droitier est à droite sur cette photo (évidement)




jeudi 18 août 2016

Où il est question de vikings cabotins, de nonnes militantes et de quelques autres élèments pseudo-historiques. 3/3

Le navire viking se rapproche à présent de la haute mer. Les hommes doivent opérer différentes manœuvres. Tandis que la plupart rangent les rames et obturent les trous de nage à l'aide de bouchons, d'autres relèvent l'espar afin de déployer la grande voile carrée.

Erlendur et Varg restent interdits quelques secondes devant l'assurance de la nonne qui vient de les interpeller. C'est une jeune beauté originaire des marches chrétiennes d'Ibérie. Erlendur reprend ses esprits le premier.

Erlendur : plaît-il ?

La jeune nonne, appelons-la Sœur Maria-Paola, prénom fort courant à l'époque, Sœur Maria-Paola donc, semble se rappeler qu'elle n'est qu'une otage. Elle reprend d'un ton moins autoritaire.

Sœur Maria-Paola : enfin...quand je dis «manger dans la main » c'est une image, vous serez pas obligés de le faire réellement... cela dit, embrasser la chevalière de l'évêque c'est plutôt bien vu.

Erlendur : et pourquoi devrions-nous faire ça ? Il désigne Sœur Marie-Arlette qui égrène son chapelet Pour ressembler à celle-ci ? Tu crois qu'elle fait envie ?

Sœur Maria-Paola qui oublie à nouveau sa position de captive et s'énerve: Mais non ! Faites pas attention à cette tarée ! Elle se croit encore à l'époque des premiers martyres.

Varg tout en parlant, il tente d'évaluer le vin restant à travers l'orifice du tonnelet : et pourquoi alors ? Odin, Thor, Locki et tous les autres sont des dieux moins exigeants que le seul que vous avez. Une chèvre égorgée par-ci, un banquet par-là et quelques crânes d'adversaires bien défoncés c'est tout ce qu'ils demandent. Vous, les hommages à rendre c'est tous les jours et en tirant la gueule. Si j'étais roi par-ici j'te ferai dégager tout ça...

Sœur Maria-Paola : parce que tu crois que c'est avec quelques chèvres que tu vas prendre le pouvoir ? Je dis pas que pour faire quelques coups ici ou là, vos groupuscules de guerriers c'est pas efficace, non. Pour occuper une place forte et rester une nuit debout à faire l'inventaire de ses richesses, vous vous en sortez pas mal, mais de là à pérenniser vos succès, c'est pas encore gagné !

Varg tout en parlant, à l'aide d'un corporal brodé, s'éponge le visage du vin qu'un ressac a propulsé hors du tonneau : on est peut-être pas nombreux mais chacun de nos hommes en vaut dix des vôtres...

Sœur Maria-Paola qui l'ignore et regarde Erlendur : ça veut prendre le pouvoir et ça n'a même pas d’Église ? Non mais à l'eau ! Oh hé les mecs ! Faudrait se réveiller, on sera bientôt en l'an mille !

Erlendur : si vous n'avez pas d'armée, vous avez quoi à nous proposer ?

Sœur Maria-Paola : l'hégémonie sur toutes les sociétés d'Europe, excusez du peu ! Chez vous, si un fjord égale un royaume, vos petits groupes de combattants y sont adaptés, mais chez nous c'est différent. Si vous voulez vraiment le pouvoir, faut s'en donner les moyens. Je vous parle pas d'occuper un lopin de terre ou une forteresse, je vous parle d’État. Ici, l’Église forme les cadres. L'éducation, la diffusion des informations et des idées, la gestion des patrimoines, ce sont les clercs qui gèrent tout ce bouzin. Soit vous passez encore mille ans à constituer une organisation qui puisse concurrencer la nôtre sur tous ces niveaux, soit vous vous emparez des bons outils. Et puis... elle désigne d'un coup de menton sœur Marie-Arlette on a une emprise pas dégueu sur les esprits des simples, des paysans, des artisans. J'vous garantie que c'est carrément plus facile de racketter les prolos en leur expliquant que c'est normal, Dieu le veut, plutôt qu'avec vos bateaux à tête de serpents...

Varg : de dragons... c'est des têtes de dragons. Il s'aperçoit que personne ne l'écoute. Jusqu'à présent je trouvais ça hyper badass mais je saurais pas dire pourquoi, depuis qu'elle parle, la gamine, j'me sens un peu con...

Soeur Maria-Paola : ...la tactique doit s'adapter aux situations réelles, peu importe le folklore des anciens, les textes sacrés ou les prières.

Erlendur-le-penseur est resté silencieux. Tout en se caressant la barbe, son regard se porte alternativement sur cette jeune nonne belle et perspicace, sur ses hommes robustes et énergiques et sur son crucifix inversé. Il soupire et reprend :

Erlendur : nous avons deux jours de navigation jusqu'à notre prochaine base, viens t’asseoir près de moi, chère... sœur, tu vas avoir le temps de développer tes idées. 
 


mercredi 17 août 2016

Où il est question de vikings cabotins, de nonnes militantes et de quelques autres élèments pseudo-historiques. 2/3

Le navire d'Erlendur s'éloigne de la côte. Au loin on aperçoit d'épaisses fumées s'élevant de l'endroit où se situe le couvant. L'incendie n'est pas un acte gratuit, c'est une vieille technique de pillards : tandis que les autochtones s'empressent de lutter contre les dégâts du feu, personne ne s’occupe de poursuivre les responsables.

Les hommes rament vigoureusement, tout surpris encore de la facilité avec laquelle ils se sont emparés des richesses du couvent. En plus d'or et d'argent, les hommes du nord rapportent des victuailles et quelques tonneaux de vin. Un groupe de nonnes, assises entre les bancs de rames, figurent également au butin. Avec d'autres vêtements que ces austères bures, on en tirera un bon prix comme esclaves de maison. Pour le moment, les vikings, restés de grands enfants, leurs chantent des chansons paillardes apprises dans les ports de Francie.

Erlendur-le-penseur et Varg-le-fougueux se sont installés à la poupe du langskip. Erlendur s'est approprié un crucifix en or. Mis à l'envers en pendentif, cela fait un très joli Marteau de Thor. Varg, quelque peu éméché, sirote du vin dans un calice incrusté de gemmes.

Varg : sans déconner ! J'ai jamais vu un raid aussi facile que celui-là ! Au moins quand on attaque un village, les bouseux prennent la peine de courir dans tous les sens. Ici rien ! Une fois la porte défoncée, les gonzesses étaient à genoux les mains jointes à chanter des trucs en latin. Y en a qu'ont résisté de ton côté ?

Erlendur : je sais pas si on peut appeler ça « résister », y a une vieille qui m'a jeté des gouttes d'eau avec un goupillon, j'ai pas compris...

Varg : on a beau être riche, c'est pas avec ces faits d'armes qu'on ira au Valhalla.

Varg se penche vers une nonne un peu plus âgée que les autres, qui marmonne des prières depuis le départ du couvent.

Varg : ta gueule la vioque ! T'en a pas marre d'invoquer un dieu qui t'a pas défendue ! Comment on peut encore être chrétien de nos jours ?

Sœur Marie-Arlette : je suis chrétienne depuis mon baptême, la vérité m'a été révélée, ce crucifix que je porte jour et nuit en atteste. Si vous êtes trop brutes pour comprendre qu'il n'y a qu'un Dieu unique, tant pis pour vous, vous brûlerez en enfer !

Varg pouffant: qu'est-ce que c'est que ce charabia ?

Sœur Marie-Arlette : comment osez-vous rire après le sacrilège que vous venez de commettre ? Vous avez volé l'or que de braves chrétiens avaient épargnés après de longues années de labeur pour racheter leurs péchés. La souffrance de votre prochain ne vous émeut pas ? Notre Église, elle, est miséricordieuse !

Varg : tu parles ! L'or stocké dans ton temple ne servait à rien. Il n'avait aucune valeur. Nous avec ça, nous allons acheter des armes, du tissus et des lingots d'argent. Et on va les acheter à tes braves chrétiens francs et saxons. Donc ton or va circuler à nouveau, donc ton pays s'enrichira. Grâce à ton dieu ? Non, grâce à bibi !

Sœur Marie-Arlette : ce qui est vénal est diabolique, c'est écrit dans la Bible. Vous devriez la lire au lieu de vous enivrer, il n'est peut-être pas trop tard pour sauver votre âme !

Varg : ça me servirait à quoi? Moi je suis riche, toi t'es moche, triste et pauvre !

Sœur Marie-Arlette : j'ai fait vœux de pauvreté. J'ai une vie riche et cela vaut mieux qu'une vie de riche.

Varg : tu doutes jamais toi ?

Sœur Marie-Arlette : non car je sais que j'ai raison. Peu importe ce qu'il va advenir de moi. Qu'il soit marqué sur ma tombe que « toute ma vie j'ai eu la foi, même si les barbares l'ignorent ». Le royaume de Dieu sera un jour instauré sur Terre. Ce sera pour votre bien, même si vous ne le savez pas. Jésus est notre sauveur.

Varg se tape sur les cuisses en riant à gorge déployée devant l'inflexibilité de la religieuse. Elle lui rappelle sa vieille tante constipée. Amusé, Erlendur a suivi la conversation. Curieux, il veux encore éprouver le fanatisme de cette bigote.

Erlendur : Jésus ? Combien de cavalerie lourde ?

Sœur Marie-Arlette est brièvement déstabilisée par cette association entre détachement spirituel et pragmatisme militaire. Cela ne rentre pas dans son schéma de pensée. Elle réfléchit à toute vitesse pour trouver une citation de la Bible propre à embrouiller ce païen. Elle va répondre lorsqu'une toute jeune nonne assise à ses côtés lui coupe la parole :

La jeune sœur : on a pas besoin de cavalerie lourde, on aura bientôt la vôtre. Si vous êtes pas la moitié de deux abrutis, vous viendrez d'ici peu manger dans la main de nos évêques.

à suivre …



mardi 16 août 2016

Où il est question de vikings cabotins, de nonnes militantes et de quelques autres élèments pseudo-historiques. 1/3

Quelque part dans une bourgade côtière de la Francie, aux environs de l'an 900. Deux hommes, Erlendur-le-penseur et Varg-le-fougeux, sont attablés dans une auberge. Malgré le fait qu'ils soient les seuls à parler et comprendre le norrois, inconsciemment, ils échangent à voix basse. Ces deux hommes sont des « hommes du nord », les fameux vikings, mais ce soir, aucun attribut guerrier ne se laisse deviner. Erlendur et Varg font partie d'une expédition commerciale. Ils longent les côtes du continent pour vendre de l'ambre, des fourrures et du bois. Accessoirement, ils étudient aussi les régions traversées : ressources, accessibilités et surtout systèmes de défense. L'information étant une marchandise comme une autre, les éléments intéressants seront revendus aux Jarls danois pour de futures expéditions de pillages. Mais ces dernières semaines, ces récoltes sont pauvres.

Varg : beuuurk ! Mais avec quoi ils le font leur cidre ? de la pisse d’âne fermentée ? Ils ont vraiment rien pour eux ces crevards de francs !

Erlendur : il est vrai que les ressources de ce pays sont quelque peu … restreintes. Ce qui n'arrange pas nos affaires.

Varg: Quelque peu restreintes ? C'est mort oui ! Tout pue la misère dans ce bled ! Regarde ces connards autour de nous comment qu'ils sont maigres ! Porter des objets en métal ça les essoufflerait ! Un raid ici, à tout casser, ça rapporterait un demi-sac de grains et quelques poules malades... parce que moi j'embarque pas leur picole !

Erlendur : reste la bâtisse qu'on a aperçu sur la côte, à deux lieues d'ici.

Varg : mouais... faudrait voir...

L'aubergiste s'est approché de nos deux compères. Ayant flairé des clients fortunés, il tente de les retenir en posant d'autorité un nouveau pichet de cidre sur la table.

L'aubergiste : cadeau de la maison ! Tout va comme vous voulez, messieurs les touristes ? Est-ce que je peux vous être utile à quelque chose ?

Erlendur lève son broc plusieurs fois en direction de l'aubergiste, mais sans jamais le porter à sa bouche.

Erlendur parlant en franc : merci pour ce vigoureux breuvage. Mon ami me disait tout le bien qu'il en pensait. Allez Varg ! Fait honneur à notre hôte ! Cul sec ! Varg avale le cidre en laissant échapper des larmes. Puisque vous nous proposez votre aide, vous allez arbitrer notre différent. Mon camarade prétend que la bâtisse au nord du village est une garnison, moi je pense que c'est une ferme fortifiée, qui de nous deux a raison ?

L'aubergiste : aucun d'entre vous ! Vous devez parler du couvent.

Erlendur : et qu'est-ce donc qu'un Kou-Ven ?

L'aubergiste bombant le torse : c'est le lieu sacré où reposent les reliques de Saint-Léon, tué d'un coup de pieu par le diable lui-même. Ses ossements sont désormais gardés dans un merveilleux coffre incrusté d'or et de diamants.

Les deux vikings se regardent, soudain plus attentif.

Erlendur : et... hum !... les habitants du …. Kou-Ven seraient-ils intéressés par la venue de deux honnêtes commerçants ? Pensez-vous qu'ils auraient quelques piécettes à troquer contre des produits de qualité garantie ?

L'aubergiste hilare : des piécettes ? On voit que vous n'êtes pas d'ici ! Sachez messieurs que le couvent de Saint-Léon recèle le plus grand trésor de la région ! Tout homme qui en a les moyens rachète ses péchés en donnant de l'or. Mais ne vous faites pas d'espoir, cet or n'est plus en circulation, il est désormais pour Notre Seigneur Jésus.

Varg : nomdedieudenomdedieudenomdedieu !

Erlendur : mais un tel trésor doit être sous bonne garde je présume ?

L'aubergiste : évidement ! Il est sous la protection des nonnes.

Erlendur : des nonnes ?

L'aubergiste : des nonnes. Des religieuses, une quarantaine de femmes. Ça va des novices qui ont seize ans jusqu'à la mère supérieure, 60 ans cette année.

Erlendur : serait-ce des guerrières surentraînées ? Des porteuses de boucliers, des skjalmös comme on dit chez nous ?

L'aubergiste : non ! La violence est bannie ! Elles ont fait vœux de chasteté et de pauvreté... mais leurs prières sont très puissantes !

Varg : par la pine de fer d'Odin ! Erlendur lui donne des coups de pieds sous la table.

L'aubergiste : … sans parler de leurs connaissances des textes sacrés, elles sont incollables pour vous justifier la consubstantialité du Père et du Fils...

Erlendur : voui voui voui... mais mettons que des gens mal intentionnés veuillent quand même s'en prendre aux richesses du Kou-Ven – on voit de ces choses par les temps qui courent -il y a bien une garnison à proximité, prête à intervenir ?

L'aubergiste : Pas la peine puisque je vous dis qu 'elles prient ! C'est IM-PO-SSIBLE d'attaquer le couvent! Un homme assez fou pour le faire serait aussitôt excommunié par le Pape, banni de l’Église ! Vous vous rendez compte ?

Erlendur : oh ben oui alors... merci pour tous ces éclaircissements mon brave, faites donc porter un tonneau de ce... délicieux cidre aux hommes restés sur notre bateau.

L'aubergiste s'éloigne, ravi de son affaire. Erlendur se retourne vers son compagnon qui dissimule mal son excitation.

Erlendur : si je résume calmement la situation, nous avons un bâtiment isolé, plein à craquer d'or, occupé par des femmes vierges désarmées...

Varg : quand on va raconter ça aux copains, on va pas pouvoir les tenir. On y va s'te plaît ! S'te plaît ! S'te plait !

Erlendur se passe la main sur la barbe, pensif. Il soupire et reprend :

Erlendur : Pas d'alcool pour Gunnar et Roddrik, ce soir c'est eux qui conduiront le drakkar. On sort les haches de sous les bancs de rames et on va rendre visite à ces nanas qui sont si fortes en textes sacrés !

À suivre...

dimanche 10 juillet 2016

Et si on foutait la paix au foot ?

On aurait besoin d'un historien des mouvements sociaux pour qu'il puisse nous dire à partir de quand les gens tristes et chiants ont pris le pouvoir dans les organisations de gauche. Plus l'équipe de France de foot progresse dans le tournoi de l'Euro, plus les réseaux sociaux sont envahis par les jérémiades de militants aigris de ce succès. « Ouiiiin, couinent-ils, peuple de moutons, au lieu d'aller aux matchs soutenir des millionnaires, i'feraient mieux d'aller en manif ! ».

Les curés rouges prétendent qu'il y a plus de monde mobilisé pour suivre les bleus que pour lutter contre la loi travail, ceci sans avancer de source ou de chiffre. Et d'opposer ainsi chevaliers blancs allant en manif (eux évidement) aux sombres incultes qui ont le tord d'oublier la grisaille ordinaire dans les extraordinaires tirs de Griezmann (les vilains beaufs bien sûr).

Des militants de gauche se retrouvent à ricaner de concert avec les grands bourgeois, invoquant d'un air entendu la maxime romaine « du pain et des jeux ». Ils oublient que le système leur injecte à eux aussi leur dose de « pain et de jeux ». Game of Thrones ou le festival d'Avignon sont un peu plus raffinés mais pendant qu'on se demande qui va se faire bouffer par les dragons, on est pas présent à Nuit Debout...

Pourtant quel mal y a-t-il à se retrouver entre potes, faire la fête et avoir un motif, aussi futile soit-il, de bonheur et d'euphorie ? Ce sera interdit sous la Sixième République éco-socialiste ? Qu'est-ce qu'on va se faire chier quand on sera émancipé par les curés rouges anticapitalistes !

D'où cette question non résolue : de quand date le putsch des pisses-froid dans les organisations de gauche ? Ça n'a pas toujours été le cas. Les grévistes de juin 36 faisaient bien des bals dans les usines, en suivant le Tour de France. En mai 68, ça ramonait furieusement derrière les amphi entre deux manif. Et pourquoi décréter deux camps entre les manifestants contre la loi travail et les supporter des bleus ? Ne peut-on pas faire les deux ? Pourquoi ce manque d'imagination d'un esprit binaire affligeant ?

On peut défendre le code du travail et aimer le foot.

On peut être pour l'écologie et aimer les barbecues.

On peut être féministe et raconter des blagues de cul (vous connaissez la différence entre un Ricard et un 69 ? *)

On peut lutter contre l'homophobie et penser que le gouvernement et le Medef sont des gros enculés.

Il n'y a aucune raison logique de mettre sur le même plan et opposer un divertissement et une lutte politique. Un militant de gauche pas trop con doit pouvoir comprendre que supporter et non-supporter, beaufs et bobos sont une seule et même classe populaire et c'est jouer contre son camp que de tenter d'opposer les uns aux autres.

Et puis on se marre bien dans les tribunes de foot...




* avec un Ricard on sent l'anis

jeudi 7 avril 2016

Interview de Philippe Poutou

Philippe Poutou tenait une réunion publique à deux cent mètres de chez moi en février dernier. Il était donc dit que nous nous rencontrions... En vérité, j'ai d'abord cru que c'était Bill Murray mais le gars était trop souriant pour être l'acteur de Lost in Translation. Une fois ce malentendu dissipé, on a causé de sujets qui intéressent ce blog : les rapports entre militants, les façons de militer, le fonctionnement d'une orga, les formes de communications...

Ton départ du comité exécutif du NPA, en novembre 2014 n'est pas passé inaperçu. Ta lettre de démission s'est retrouvée dans Mediapart, était-elle destinée à être publique ?

Non. Elle a ''fuité''. Je l'ai envoyée à la liste du Conseil Politique National du NPA qui comporte une centaine de mail, elle a ensuite circulé parmi les militants. Quelqu'un a fini, peut-être sans mauvaise intention, par la passer à un journaliste. C'est comme ça, c'est pas non plus bien grave, on aime bien quand les journalistes s’occupent des conneries de l'UMP ou du PS, donc faut accepter que nos problèmes soient débattues publiquement. En soi c'est pas un vrai problème.

Dans cette lettre, tu disait que tu avais l'impression d'être un fantôme au sein du CE, que tu ne te sentais pas utile et tu reprochais aussi un manque de respect de certains camarades. Comment ça se traduisait par exemple ?

Le problème [de cette mauvaise ambiance] c'est le contexte politique et social qui est dur pour les organisations et les syndicats. On voit qu'on a pas trop la main, qu'on ne peut pas agir comme on veut, qu'on est marginalisé. Tout ça crée un contexte très particulier dans les organisations et ça a des conséquences, celles de détériorer les relations en interne. Il y a une sorte de résignation ou de désespérance qui se met en place et les combats que l'on ne peut mener à l'extérieur, on les mène à l'intérieur de l'orga. Du coup les relations entre militants se détériorent et moi, étant bordelais dans un milieu très parisien, je deviens l’élément extérieur à qui il est facile de répondre « t'as qu'à venir » alors que tous les autres sont sur place. Ces exemples datent d'il y a deux ans mais ça n'a pas beaucoup changé aujourd'hui.

A part être parisien, c'est quoi le profil d'un membre du CE du NPA ?

Je crois que c'est ''enseignement publique'' et puis vieillissant aussi. C'est un problème qu'on a depuis longtemps. On a beaucoup de jeunes dans l'organisation mais les cadres restent des anciens.

Ça fonctionnait mieux du temps de la LCR ?

Moi je ne peux pas comparer parce que je suis arrivé à la direction suite aux élections [présidentielles de 2012] mais je sais qu'il y avait déjà des situations difficiles en interne. Alors on peut penser que ça se dégrade à cause de la situation sociale et aussi parce qu'on est moins nombreux. Du coup les mauvaises relations entre certaines personnes apparaissent plus vite et de façon plus flagrante et pèsent plus sur l'organisation. C'est ce qui arrive quand un groupe rétrécit.

Tu racontes que le NPA subit aussi des ambitions personnelles. C'est quoi les ambitions personnelles quand on est au NPA ? Pas être élu sénateur ou député ?

L'ambition personnelle c'est pas forcément avoir des postes. Comme dans un syndicat ou une entreprise, on a des gens qui aiment bien jouer les petits chefs, même à un tout petit niveau, qui aiment décider à la place des autres et faire preuve d'autoritarisme. On pourrait espérer construire un parti à l'abri de ça, mais non, c'est comme partout. Alors demandons-nous comment on peut isoler ces défauts.

Justement, tu as des solutions pour corriger tout ça ?

Non, je n'en ai pas. Après on se dit que si jamais demain on arrive à revivre des mouvements sociaux, qu'on a ça comme aliments au quotidien, ça paraît logique que la vie interne progresse parce qu'on se libérera des conflits internes. De la même manière que dans une entreprise, on peut voir des conflits entre collègues, des jalousies entre les carrières des uns et des autres, les relations tendues avec les chefs, si un conflit social survient, ces conflits sont relégués au second plan. Des groupes et des liens collectifs de solidarité vont naître. Nous [le NPA] on est un peu dans cette situation là, ça dépend de l'extérieur. En attendant comment on fait ? En tout cas discuter de ça c'est compliqué.

Tu racontes que comme les autres porte-paroles, tu décides seul des déplacements que tu vas faire. C'est le cas ce soir ?

Oui, c'est les camarades qui me sollicitent pour venir dans leurs villes, je fais en fonction de mon emploi du temps. Ce n'est pas dramatique en soi parce que c'est mon boulot aussi. Mais c'est dommage qu'on ne puisse pas en discuter collectivement.

Ça veut peut-être dire que le CE te fait confiance ?

Non, c'est pas une marque de confiance, c'est une habitude qui a été prise. Chacun bosse dans son coin. C'est vrai que ce serait plus confortable si ça fonctionnait différemment. Il vaut mieux se le dire, on ne devrait pas fonctionner comme ça.

A quoi la direction du NPA devrait-elle servir, mise à part ça ?

Le rôle d'une direction n'est pas seulement de dire ce qu'il faut faire. Elle doit être à l'écoute de la base militante. Donc quand on décide d'une campagne nationale, comment peut-on donner aux équipes locales les moyens d'agir ? Ça veut dire avoir un regard sur les autres et pas juste sur ce qui se passe à Paris. Ça pose la question de comment on homogénéise un parti afin de gagner du temps, d'économiser de l'énergie militante. Entre le Gers où l'on a cinq militants et Paris où il y en a plusieurs centaines, ce ne sont pas les mêmes conditions de travail – on peut employer ce terme là – on doit donc savoir comment répondre aux besoins particuliers des uns et des autres. Pour l'instant on est loin de pouvoir maîtriser cette situation-là.

Il n'y pas de commission sur les questions de fonctionnement au NPA ?

Non, il y a des commissions thématiques (anti-racisme, féministe, écologie...). On a essayé de mettre en place des groupes pour l'amélioration du fonctionnement de l'orga mais on a jamais réussi à instaurer des choses qui soient collectives (au niveau de la direction).

Quand tu as été candidat, tu avait bien une équipe derrière toi ?

Oui, mais c'était fragile.

Un militant du NPA local disait dans la presse que « les partis désormais c'était cramé », tu es d'accord avec lui ?

Globalement oui, on peut le dire, il y a un discrédit énorme. Mais je ne crois pas qu'on souffre de ça, nous. De toute façon, la politique en elle-même a toujours été étrangère à la plupart des gens. Beaucoup votent et point barre. C'est vrai qu'on dit qu'il y a une crise de l'engagement politique. Beaucoup de militants, à la gauche de la gauche, se découragent, se mettent en retrait mais si on compare à une échelle de temps plus large, moi j'ai jamais connu des moments où il y avait plein de militants, ni dans les partis, ni dans les syndicats. C'est peut-être plus flagrant aujourd'hui parce que le patronat est à l'offensive et on voit qu'on n'est pas assez nombreux pour riposter. L'associatif est cramé, les syndicats sont cramés... comme les partis. C'est l'idée de résistance collective qu'il n'y a pas ou plus dans la tête des gens.

Qu'est-ce que tu penses alors des nouvelles formes de militantisme hors-partis du type « collectifs citoyens » ou les « indignés » ?

On peut parler aussi des zadistes. Ce sont des embryons de nouvelles formes de luttes et c'est pas mal, mais on voit bien qu'eux aussi manquent de force. Ces mouvements se développent mais en méfiance des milieux qui militaient déjà et c'est un handicap pour tout le monde. Ça fonctionne bien à Notre Dame des Landes, on a là un bon exemple où agriculteurs et zadistes, sans toujours faire les mêmes choses, discutent et agissent ensemble. A Sivens ça n'a pas pu prendre. Entre les zadistes, les associations du Testet, le collectif des Bouilles, ce n'était pas tout les jours la bonne ambiance. Après, nous, on est pour que les gens s'organisent eux-mêmes quelques soient les formes que ça prendra.

Pour faire écho aux précédents articles du blog, qu'est-ce que tu penses de Chouard et du tirage au sort en politique ?

Je ne connais pas Chouard, mais le tirage au sort, à mon avis, c'est bidon. Ça fait un peu tâtonnement : « on sait pas quoi faire, donc si on disait ça ». Ce qui nous manque c'est que des tas de gens s'investissent. A partir de là on pourra envisager de comment se structurer, et certains éléments deviendront peut-être pertinents à ce moment-là. On est tous en attente de quelque chose qui nous botte. C'est comme les formes de lutte. Les manif, on sait tous que c'est hyper-chiant. Toutes les villes ont leurs habitudes, on refait le même trajet de telle place à telle rue depuis des années. Mais on se dit qu'il vaut mieux ça que rien. C'est quand ça explosera qu'on trouvera de nouvelles formes de luttes. Mai 68 ça ne s'est pas préparé avant. En attendant, le fait qu'il n'y ait plus qu'un seul type de discours sur l'immigration, le chômage, l'économie, tout cela entretient une grosse confusion sur les lignes politiques. Ça profite d'abord au gouvernement, dont tous les membres sont aussi nuls les uns que les autres mais qui arrivent quand même à faire passer leurs réformes à coup de 49.3. Ça profite ensuite à pas mal de mouvances qui entretiennent cette confusion et sont des passerelles vers l'extrême-droite.


Question à la manière des Inconnus qui demandaient la différence entre un bon chasseur et un mauvais chasseur, c'est quoi la différence entre bon militant et un mauvais militant ?

J'ai pas envie de classer les choses comme ça. Je pense que dans les milieux militants, parce qu'on arrive pas à mener les combats comme on voudrait et que nous sommes des militants, des combattants donc, on va se battre contre n'importe qui. En interne ça donne des situations problématiques. C'est la même chose dans les boîtes avec les batailles inter-syndicales. Il y a trop de divisions, d'esprit boutiquier. On est formé par ça et on croit parfois que militer c'est combattre FO, la CFDT et mettre ça en avant. Le rapport de force étant défavorable, on mène les combats qu'on peut mener, et les combats qu'on peut mener facilement c'est contre celui d'à côté. En interne au NPA, on dépense une telle énergie à combattre la tendance d'à côté qu'on finit par croire que la priorité ça devient ça. On finit par croire que militer c'est ça, avec un rapport parfois très viriliste, très musclé. C'est le cas au NPA, c'est le cas aussi dans tous les courants du Front de Gauche et dans tous les syndicats.

Comment peut-on sortir de ces combats stériles ?

On devrait avoir le droit de douter. Pour l'instant le doute est vu comme une faiblesse par ceux qui n'ont que des certitudes. Il faudrait vraiment arriver à ce que nos points de désaccords deviennent des points de débats et pas systématiquement des points de conflits. En plus ça ne donne pas envie de nous rejoindre. Les gens ont suffisamment de conflits dans leur vie pour s'en rajouter d'autres au sein d'une orga.

Dernière question : les clips de campagne pour les présidentielles de 2012 étaient vraiment géniaux. Comment l'idée vous est venue ?

C'est le réalisateur des films, Hugo, qui est toujours militant au NPA, qui a écrit les scénarios avec ce côté culotté et osé. Au début ça passait pas bien auprès de certains camarades, mais on a pu le faire parce que justement je débarquais de nul part. Quand Hugo m'a vu et a discuté avec moi ça a dû le conforter dans l'idée de faire les choses de cette manière. Quand je passe pour la première fois chez Ruquier, je ne maîtrise rien mais on a retourné cette situation en notre faveur. Il fallait surtout pas tenter d'imiter Olivier Besancenot. Si on repart en 2017 (on décidera en mars), on ne refera pas exactement la même chose.

C'est pas ingrat d'être reconnu dans la rue ?

Non, c'est pas chiant, c'est même rassurant. Même à ma petite échelle, avec mon petit score d'il y a cinq ans, les gens viennent me voir et discuter, c’est fraternel et chaleureux parce qu’ils se reconnaissent dans quelqu’un comme eux qui s’exprime comme eux. François Ruffin expliquait dans un débat que les gens ont besoin d'incarnation. Olivier surtout mais moi aussi incarnons un certain combat, la parole des gens d’en-bas. On reste dans la délégation mais dans ce contexte c'est pas mal d'avoir des repères, ça fait espérer.