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John Reed et Louise Bryant |
John Silas Reed était un journaliste
américain et militant communiste du début du XXème siècle. Il
couvre d'abord les grèves de mineurs menées par le syndicat IWW,
dont il faudra un jour qu'on vous dise tout le bien qu'on en pense.
Puis il suit les armées de Pancho Villa pendant la révolution
mexicaine. Fort d'une notoriété de correspondant de guerre, il
effectue plusieurs voyages en Europe pour relater la guerre mondiale
en cours.
A chaque fois, John Reed ne se contente
pas de rapporter des faits, il prend partie. Pour avoir soutenu les
syndicalistes emprisonnés il fera quelques jours de prison. Il
dénoncera l'intervention américaine au Mexique puis militera avec
le camps pacifiste pour s'opposer à l'entrée en guerre de son pays.
Il arrive à Pétrograd avec son
épouse, la militante féministe Louise Bryant, en septembre 1917
quelques jours après la tentative de coup d'État réactionnaire du
général Kornilov. Ils sont donc aux premières loges pour assister
à la Révolution d'Octobre. John Reed rassemble ses notes prises au
jour le jour et publie presque aussitôt ce récit qui le rendit
mondialement célèbre, 10 jours qui ébranlèrent le monde.
Il meurt
malheureusement en 1920 à l'âge de 32 ans du typhus. Il est alors
enterré sur la Place Rouge à Moscou avec les révolutionnaires
russes. C'est top la classe.
Lénine a adoré
son livre, qu'il préfaça. Trotsky aussi, vu qu'il y est présenté
comme le héros de la révolution. Curieusement Staline l'a moins
apprécié, contrarié sans doute de n'être cité que deux fois, à
titre anecdotique. Rancunier, il fit interdire l'ouvrage lorsqu'il
arriva au pouvoir.
Les 10 jours
sont donc un reportage à chaud des dix premiers jours de pouvoir des
bolchéviques. ''Ce livre est de l'histoire sous pression,
telle que je l'ai vue'' prévient
l'auteur dans sa préface. C'est un très bon document pour découvrir
cette période. N'hésitez donc pas à vous engager dans cette
lecture, facile à aborder car rythmée au pas des évènements.
On s'aperçoit que
les bolchéviques ont quand même eu un gros paquet de chance. Leur
prise de contrôle de Pétrograd et leur maintien au pouvoir les ont
surpris eux-mêmes. Une anecdote qui n'est pas dans le livre de Reed
raconte que les bolchéviques ont fait une nouba d'enfer le jour où
ils ont dépassé en longévité la Commune de Paris, tellement cela
semblait improbable pour tout le monde.
Deuxième constat,
la prise de pouvoir par les gardes rouges, à la lecture de Reed,
s'apparente bien à un coup d'État et non pas à une mobilisation
des masses. Celles-ci soutiendront les putschistes par la suite, mais
les premiers jours sont marqués par la condamnation de l'acte par
d'autres formations révolutionnaires que l'on peut difficilement
accuser de complaisance avec la bourgeoisie ou l'ancien régime. De
nombreuses protestations verbales et écrites de révolutionnaires
non-bolcheviques, contre le coup de force unilatéral des
bolcheviques sont retranscrites par Reed. Le puissant syndicat des
cheminots condamne également l'action et bloque les trains autour de
Pétrograd. Les fonctionnaires quittent leurs postes et le conseil
municipal concurrence quelques jours le soviet pour la légitimité
du pouvoir.
Dernière
remarque, la lecture de ce classique du grand reportage permet de
nous éclairer sur la mentalité de nombreux militants gauchistes
contemporains gavés de lectures sur cette période. On sent
l'identification : des militants à la ligne inflexible, seuls contre
tous, qui finissent par triompher de tous leurs adversaires
politiques, et tellement qu'ils ont raison ils reçoivent le soutien
populaire. L'histoire de la Révolution d'Octobre apprendrait donc
que ne faire aucune concession et adopter une stratégie à
contre-courant des autres mouvements révolutionnaires et/ou
démocratiques serait payant si on applique bien la méthode. Petit
Gauchiste, Curé Rouge ou Aristocrate de Gauche se moquent donc des
critiques, les accusations de sectarisme ne les touchent pas,
puisqu'à la fin c'est eux qui vont gagner, c'est écrit dans le
livre de John Reed. Ceci expliquerait cet air de condescendance
présomptueuse qu'abordent certains : eux ils savent.
C'est ne pas tenir
compte, répétons-le, des facteurs aléatoires de tout événement.
Octobre 1917 aurait pu finir en charnier à révolutionnaires comme
la Commune de Paris ou Dublin lors de Pâques 1916.
La lecture de John
Reed apporte donc de bonnes connaissances de cet événement majeur,
majeur autant pour tous les militants de gauche que pour l'histoire
du monde en général. Mais prenons ce texte pour ce qu'il est, un
document qui nous servira d'appui pour comprendre la révolution
russe et pour faire taire les révisionnistes de droite (pas nous,
les vrais). Après, nous ne sommes pas des bolcheviques et nous ne
sommes pas en Russie en 1917. Ne vivons pas dans la nostalgie d'un
hypothétique âge d'or des révolutions qui n'a jamais existé, et
n'ayons pas honte de suivre nos propres expériences militantes.
Quand au livre, une
fois lu, rapportez le à la médiathèque ou rangez le dans votre
bibliothèque mais ne le brûlez pas, on disait ça pour coller à
notre image de branleurs irrespectueux et provocateurs.
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Trotsky punissant les militants sceptiques - ill.de www.lecridupeuple.org |
9 commentaires:
Il y a un débat historique pour déterminer si c'est un coup d'Etat ou une révolution, et une brochure a été éditée par l'IIRE d'Amsterdam à ce sujet. (disponible à la brèche je crois)
Sinon, pour le truc des militants inflexibles avec tellement la bonne ligne qu'ils ont jamais eu besoin de s'expliquer, c'est un gros mythe reconstruit par derrière. Des scènes de la prise du pouvoir, et surtout du moment juste avant, des discussions entre Lénine, Trotsky, et Kamenev&Zinoviev on peut apprendre que les hésitations sont présentes et ils ont tous respectivement dit plein de conneries à ce moment là (et ils continuent avant, et après, heureusement pas tous en même temps). Le bouquin de Victor Serge, Vie et mort de Léon Trotsky est très bien pour ça parce qu'il a été écrit par Victor Serge mais il écrit en fait ce que lui dicte Natalia Sedova, qui était en très bonne position pour savoir tout ce qui se passait.
Coup d'état ou pas.
A priori c'est mieux "pas", mais selon le contexte et la gueule du truc, si on enchaîne et peut enchaîner rapidement derrière par des elections enfin un forme démocratique et tout, pourquoi pas.
Quand au coté risque de bain de sang, commune de paris et tout, pareil faut voir.
C'est marrant hier je me re mater la 2e parti de l’Atlantide une histoire du communisme et vient le moment ou on parle de 68 et ou ca dit qu'ils avaient entre autre peur de pas savoir ou cela pouvait mené (un bordel étudiant a la base etc) et craignaient un fameux risque de guerre civil etc.
Alors... de ce coté là, faut il jouer les "prudents" ou frileux au risque de rater des occasions ou les vaille que vaille ca passe ou ca casse mais on essaye.
Quand a pouvoir juger concrètement des risques, ca...
Le fait est il me semble qu'a partir du moment ou dans l'action on doute et surtout qu'on commence a justement etre frileux, c'est mort d'une facon ou d'une autre.
Mais je dis bien, "dans l'action" et évidemment pas là, quand curé nous fait son numero par exemple toussa toussa.
Ya une chose de plutot certaine, jusqu'a preuve du contraire en tout cas, c'est que si on veut gagner, nous n'avons comme arme principal que la non violence et la masse (une masse critique en tout cas).
Parce qu'il est clair que si on doit en passer par l’armement, on sera toujours moins fort et là oui, guerre civil et gros n'imp gâchis et compagnie.
Donc oui, encore une fois, la lutte armée on oublis.
La chose la plus puissante en cas de coup de chaud collectif c'est d'etre le plus nikel, irréprochable possible et les plus fort mentalement de manière général.
De facon a pouvoir toucher les gens de "l'autre coté de la barricade", arriver a percer la carapace et a réveillé ou/et faire appelle a ce qu'il y a de mieux en eux.
Et puis c'est juste ultra puissant comme truc, bien plus que n'importe quel bombe.
Et accessoirement ca a de la gueule comme pas deux de faire changer de camps quelqu'un dans une situation pareil(même en temps normal, même si c'est moins frappant on va dire).
D'ou l'extrême importance de toujours aller de l'avant.
Et même quand c'est pas facile, la meilleurs défense reste l'attaque.
Offensif.
Conquérant mais pas suicidaire.
En parlant de masse critique, il faudra probablement quelque chose comme 10 15 voir 20 millions de gens en mouvement pour espérer faire bouger significativement les choses.
Après un calcul effectué à partir des données récupérées dans les archives soviétiques sur la révolution de 1905, j'ai le plaisir de vous dire que la masse critique a été déterminée et est de 8 273 467 personnes (et ce pour tout pays et sans date limite). C'est donc beaucoup plus facile que ce que disait l'anonyme précédent. Super non ?
Merci pour le clin d'oeil les amis.
Vous êtes chous.
John Reed, c'est le méchant dans "Mentalist" non ?
S"il a participé à la révolution russe, on peut comprendre qu'il soit super-balèze dans la série...
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2593
Révolution!
Passionnant et pas mal du tout.
«Des "informations" sorties de l'imagination fertile de Mark Kennedy, par exemple. La nouvelle doctrine dit ceci : l'engagement politique, dès qu'il dépasse le cadre inoffensif de la manifestation ou de l'interpellation des "dirigeants", sort du cadre démocratique pour entrer dans le domaine criminel, dans le "préterrorisme". Ceux qui sont susceptibles de sortir de ce cadre sont repérables à l'avance. Plutôt que d'attendre qu'ils commettent un crime, comme occuper une centrale à charbon ou bloquer un sommet européen ou un G8, il suffit de les arrêter dès qu'ils en forment le projet, quitte à susciter soi-même le projet.»
[...]
«Comme toujours, la prose policière ne contient de vérité qu'à condition de l'inverser terme à terme : lorsque la police dit : "Les euro-anarchistes sont en train de tisser un réseau pré-terroriste européen pour attaquer les institutions", il faut évidemment lire : "Nous, policiers, sommes en train de doubler les institutions par une vaste organisation européenne informelle afin d'attaquer les mouvements qui nous échappent." Le ministre de l'intérieur, Manuel Valls, a déclaré à Rome que, face aux "processus de radicalisation dans de nombreux pays", il importait d'accentuer la coopération au sein d'Interpol contre les "formes de violence provenant de l'ultra-gauche, de mouvements anarchistes ou d'autonomes".»
La suite ici:
http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/14/le-secret-le-mieux-garde-de-l-affaire-de-tarnac_1790316_3232.html
http://www.lesinrocks.com/2012/11/13/actualite/la-paranoia-face-a-lislam-augmente-11321149/
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