Il fut un temps où nous n'étions pas
anarcho-droitier. Nous avons même eu, nous pouvons maintenant
l'avouer, notre propre période curé rouge. C'était il y a
longtemps il y a prescription et nous nous sommes défroqués.
Il y a dix ans nous étions étudiants.
Bon, on était plus souvent dans les couloirs que dans les salles de
TD et on découvrait les amphi au moment des assemblées générales.
Car oui, nous avions les cheveux plus longs et nous étions
syndicalistes étudiants.
Ah! Le syndicalisme étudiant...
(soupir)
C'est tout un poème
raté qui parlerait d'une usine à gaz.
Tout le paysage
politique est représenté en modèle réduit sur les campus :
quelques fafs, plutôt discret excepté quelques fac; quelques
étudiants de droite membres de l'UNI / MET, caricatures d'eux-mêmes;
beaucoup d'étudiants et d'étudiantes membres d'associations plus ou
moins droitières, plus ou moins fines et une galaxie d'étudiants de
gôche.
Dans cette galaxie,
il y a le poids lourd: l'UNEF. L'union nationale des étudiants de
France. Organisation centenaire, dont soixante ans en tant que
syndicat. Son histoire suit les méandres de l'histoire des partis de
gauche. L'UNEF est allé de scission en contre-scission, de putsch en
contre-putsch, d'UNEF Canal Historique en UNEF Véritable. Les
étudiants du PCF, du PSU, de la LCR, de la SFIO et du PS s'y sont
croisés, affrontés, alliés, trahis, réconciliés et retrahis. Au
début des années 2000, l'UNEF-ID (tendance PS) s'est réunie avec
l'UNEF-SE (tendance PCF), du moins avec la poignée de petits cadres
fidèles à la ligne de Marie-George Buffet, c'est à dire peu de
chose, un logo en somme.
Le reste
s'éparpille dans une myriade de petites structures : SUD Étudiant,
FSE, CNT, AGEN, FSEUL, Fac Verte, Coordination machin chose, Comité
pour un vrai syndicat étudiant parce que les autres c'est des faux,
étudiants basques, étudiants occitans, étudiants bretons,
Organisation des étudiants inorganisés, etc, etc …
Remarquons aussi la
Confédération Étudiante, qui après s'être atrophié l'amour
propre, a eu l'audacieuse idée de devenir une CFDT étudiante. Il y
a des jeunes qui savent nous faire rêver.
Pour revenir à
l'UNEF, les combats de poussins parmi les cadres n'ont rien à envier
aux compétitions de leurs ainés PS ou PCF. Beaucoup fantasment de
brillants plans de carrière et se dépensent sans compter dans le
syndicalisme, au détriment de leurs études, en espérant être
remarqué. Ils expérimentent alors maladroitement pour la première
fois l'adage '' la fin justifie les moyens''. Leur engagement
oscille donc entre paillasson dévoué et apprenti mafieux. Mais il
y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. De toute façon, les futurs
chefs de partis, les futurs ministres se recrutent dans les grandes
écoles, pas à l'université publique. Eux seront au mieux
assistants parlementaires, conseillers municipaux, secrétaires de
fédération ou permanents de mutuelle étudiante.
A l'autre bout de
la galaxie étudiante de gôche, les gauchistes restent fidèles à
eux-mêmes. Aux appels à l'unité et à la création d'un grand
syndicat étudiant de lutte, régulier comme les marronniers,
répondent les scissions et les querelles de théoriciens en herbe.
Ils compensent leur sous-effectifs par un activisme intense, et
compromettent eux-aussi souvent leurs études. Le sectarisme le
dispute parfois à la naïveté des premiers engagements politiques.
Repêché au fond
de nos archives personnelles, voici ce que l'on écrivait il y a un
peu moins de dix ans pour expliquer aux étudiants gnan-gnan ce
qu'est un syndicat étudiant ( nous avons corrigé les fautes
d'orthographes et nous vous avons épargné la mise en page
d'autiste) :
[…] notre engagement vient
principalement d’un ras-le-bol: ras-le-bol de voir nos potes
salariés échouer à leurs examens, ras-le-bol de voir les prix du
RU et des cités-U augmenter sans pouvoir protester, ras-le-bol de
découvrir par hasard que des réformes se font à notre détriment
sans qu’aucun étudiant ne soit au courant. Que
fait-on alors pendant une année universitaire quand on est
syndicaliste? Suivre d’abord nos cours, parce que nous sommes avant
tout étudiants. Puis informer des réformes en cours et des
décisions prises dans les conseils de l’université. Défendre les
étudiants confrontés à des difficultés. Enfin nous
organiser, c’est à dire créer des rapports de force entre les
administrations ou le ministère, seul moyen efficace pour défendre
nos intérêts collectifs et gagner de nouveaux droits
…
L'ensemble
garde une certaine sincérité excepté, vous l'aurez compris le ''
suivre d'abord nos
cours '' qui est plus
une méthode Coué que la réalité. C'était aussi une façon de
rassurer l'étudiant lambda, qui bien que sympathisant de nos idées
et de nos méthodes, n'osait jamais franchir le pas de peur de nous
ressembler un jour. Pensez-y lecteurs et lectrices syndicalistes
étudiants : pour recruter du monde il ne suffit pas d'avoir les
meilleurs idées, il faut faire envie et rassurer le candidat.
Ce qui est encore excusable à la fac ne l'est plus quelques années
plus tard.
![]() |
table d'information syndicale, en fin de soirée vers 2003, archives personnelles |
6 commentaires:
L'Unef est sans doute un peu surestimée, mais j'ai beau être un curé noir, définitivement, j'aime.
Le syndicalisme étudiant restera toujours un souvenir fort, un peu comme les années de séminaire pour un curé orthodoxe. C'est tellement vrai ces descriptions, il manque plus qu'un récit de blocage.
tiens oui ! pourquoi pas ?
Curés rouges, ne vous perdez pas dans des fausses chapelles voici votre Église !
Priez l'Église de la Très Sainte Consommation !
Tous ensemble reprenons en coeur : Travaille ! Obéis ! Consomme !
http://youtu.be/HE3MDSTaK2o
Trubolol le table et l'alentour :D
Le pire quand même dans le syndicalisme étudiant c'est quand on a pas la chance d'y gouter...
Donc pas de fac et même lycée professionnel...
Quand même hein?
Cela dit ce qui est bien pendant les "études" c'est que tu vois déjà tout de la societé.
Très vite qui est ou peut etre , résistant, rebelle, en vrai, larbin, collabo...
Toussa.
Même a minima, ya toujours moyen de connaitre des situations plutot démonstrative.
Juste pour faire chier je vous dirais je vous emmerde...
SE oui FSE encore plus, syndicat étudiant a une particularité, être très fortement politisé... faire la comparaison entre la FSE et la CNT c'est pas bien piger le système car sans balancer la CNT elle n'existe pas
Sans vouloir jouer les anciens combattants, je pense que Guillaume ou moi avons grenouillé suffisamment de temps dans le microcosme pour "piger le système"...
Soit dit en passant, la comparaison entre la CNT et la FSE, tout le monde s'en contrefout, et c'est pas l'objet de l'article.
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